Le réchauffement climatique est déjà là, selon les experts. L’agriculture est et continuera à être une de ses premières victimes. « Dans un contexte où vont se multiplier pics de températures et sécheresses, il faut envisager le déplacement des zones de production », alertent les scientifiques. Quid dans ce contexte de l’irrigation ? La Confédération paysanne, qui organisait un colloque sur le thème les 24 et 25 août, se prononce pour une utilisation mesurée de l’irrigation à l’avenir : « Elle doit être utilisée comme secours ou comme assurance et non comme facteur de production ».
« Le réchauffement climatique va imposer des changements dans les productions agricoles », a alerté Bernard Seguin, directeur de recherches à l’INRA, lors d’un colloque organisé par la Confédération paysanne, à Niort, les 23 et 24 août 2006. Aujourd’hui, le réchauffement climatique est bien une réalité, si l’on en croit les experts. Conséquences de cela, « il est nécessaire d’envisager le déplacement des zones de production », a-t-il déclaré, tout en prévenant que sur le vin, cela allait poser de nombreux problèmes. Selon lui, le degré alcoolique devrait augmenter et la maturation des raisins devrait être plus précoce. « L’augmentation des températures va déclencher l’apparition de nouvelles maladies et d’insectes à des périodes différentes », a-t-il par ailleurs ajouté. Selon les prévisions de Météo France, la température moyenne devrait augmenter de 3 à 4 degrés au cours du XXIe siècle. « A chaque augmentation de 1°c de la température moyenne, on estime que l’on fait un bond de 150 à 200 kilomètres vers le Sud en termes de climat», explique Bernard Seguin. Selon lui, si l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère pourrait accélerer la photosynthèse des cultures tempérées, elle ne devrait avoir que peu de conséquences pour les cultures tropicales.
L’eau : facteur essentiel pour l’avenir
« La grande interrogation pour l’avenir restera l’eau », a ajouté Bernard Seguin. Sans eau, même avec davantage de CO2, les plantes ne pourront pas augmenter leur photosynthèse. Selon Nathalie Bleuse de Météo France, « on devrait assister à une intensification du cycle de l’eau. Les hivers vont devenir plus doux et plus humides dans l’Hexagone, mais les étés seront plus chauds et plus secs ; il faudra alors changer nos modes de consommation ». Les périodes de sécheresses et de canicules estivales devraient donc augmenter dans les prochaines années, limitant de fait les prélèvements d’eau. « Le réchauffement devrait être plus important sur l’hémisphère Nord, où il y a beaucoup de zones continentales, que sur l’hémisphère Sud, où il y davantage d’océans », précise Nathalie Bleuse.
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« L’irrigation à utiliser comme secours »
Dans ce contexte de plus en plus difficile de gestion de l’eau dans le futur, quelle place peut conserver l’agriculture pour ses besoins et notamment en irrigation ? « Entre usages domestique et agricole, l’accès à l’eau est primordial», estime de son côté Régis Hochart, porte-parole de la Confédération paysanne. « Est-il cohérent d’installer des cultures, lorsque l’on sait à l’avance, soit à cause de la culture elle-même, soit à cause du type de sol, qu’elles ne pourront se développer sans apports massifs d’eau ? » s’interroge-t-il. Selon lui, « ce n’est pas le principe de l’irrigation qui est aberrant, mais son utilisation comme facteur de production d’une agriculture intensive ». Pour la Confédération paysanne, « l’irrigation doit être utilisée comme secours ou comme assurance et non comme facteur de production ». « Aujourd’hui, il est nécessaire de prendre en compte les impacts de nos productions sur la consommation d’eau, la consommation d’énergie, l’effet de serre et les modifications climatiques qu’elles peuvent engendrer », estime Régis Hochart.