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Fernando Moraleda, secrétaire général à l’Agriculture espagnol Le recouplage obéit à un principe de prudence

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Alors que la France s’interroge sur le bien-fondé du recouplage, l’Espagne affiche clairement les raisons qui l’ont poussé à faire le choix du recouplage maximum autorisé par Bruxelles, dans le cadre de la réforme de la Pac. C’est ce qu’a expliqué Fernando Moraleda, Secrétaire général à l’agriculture, numéro deux du ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation espagnol, devant un groupe de journalistes membres de l’Afja, association française des journalistes agricoles, à Madrid. Fernando Moraleda affirme sa volonté d’une « profonde amitié » avec la France, mais affiche un désaccord total quant à la question de l’OCM sucre.

Comme la France, vous allez appliquer la réforme de la Pac en 2006, et comme la France vous avez fait le choix du découplage partiel. Pourquoi ?

Nous avons en effet décidé d’appliquer un recouplage maximum autorisé dans tous les secteurs. Nos rendements en céréales sont les plus faibles de l’UE à 15. Elles sont cultivées dans des zones à très faible niveau de population, par des agriculteurs âgés. Le recouplage va permettre de maintenir une activité économique et une densité de population. De plus, nous avons obéi à un principe de prudence : il nous sera possible d’opter pour le découplage total au bout de quelques années, après une évaluation, ce qui nous laisse une marge de manoeuvre. Mais l’inverse n’est pas possible.

Vous misez beaucoup sur l’utilisation de l’article 69 du réglement européen sur les droits au paiement unique. De quoi s’agit-il ?

L’article 69 permet à l’Etat membre que 10 % des aides directes soient destinées à la mise en place de programmes spécifiques permettant de répondre à des préoccupations environnementales, sur la qualité agroalimentaire ou sur la commercialisation. Nous expertisons les possibilités d’utiliser cet article par exemple pour les productions méditéranéennes telles que l’olive, le coton ou le tabac.

Quelle est votre position sur les perspectives financières 2007-2013 de la Pac ?

Le fait d’intégrer prochainement la Roumanie et la Bulgarie impose de respecter l’accord de 2002 qui prévoit une augmentation du budget de la Pac. Il faut bien garder à l’esprit que ces deux pays représentent 50 % du total de l’élargissement en matière agricole. La Roumanie a une activité agricole extrêmement importante. Nous sommes convaincus que si nous limitons le budget à 1 % du PIB, nous ne pourons pas gérer l’élargissement.

La France et l’Espagne ont une position radicalement opposée sur l’OCM sucre. Avez-vous aujourd’hui l’impression d’être entendu ?

Ce dossier est majeur pour nous. J’espère que l’on va comprendre la position espagnole, surtout dans la mesure où nous avons renoué une profonde amitié avec la France. C’est la première fois qu’une proposition communautaire ne repecte pas l’équilibre entre les Etats membres. On ne peut pas se limiter à une simple analyse de la compétitivité de chaque pays. Si on appliquait ce principe de compétitivité à toutes les organisations communes de marchés, ce serait dévastateurs.

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Etes-vous favorable à une baisse du prix du sucre ?

Il est vrai que les prix internes au sein de l’UE doivent se rapprocher des prix mondiaux, mais sans laisser de blessure. Il ne faut pas être grand devin pour prévoir que nous allons perdre le panel contre le groupe de Cairns sur les restitutions aux exportations de sucre. J’espère que les pays exportateurs de quota C (ndlr : surtout la France) n’auront pas l’idée de vendre sur le marché intérieur !

Des différends existent aussi entre nos deux pays dans le secteurs des fruits et légumes.

Y aura-t-il un terrain d’entente sur la future OCM fruits et légumes ?

Les relations se sont améliorées. Nous ne devons pas tomber dans un discours réductionniste qui constiterait à monter la France contre l’Espagne sue la question des fruits et légumes et monter l’Espagne contre le France sur la question du lait. Nous devons, au contraire travailler ensemble pour anticiper sur les crises, d’ou la création d’un comité mixte France-Espagne fruits et légumes. Je peux vous annoncer par ailleurs que nous construisons conjointement un document commun sur la future OCM fruits et légumes.