Le marché international du vin et des spiriteux n’échappera pas à un ralentissement en 2009. Tel est le sentiment des exportateurs français de vins et spiritueux dont les ventes ont reculé au dernier trimestre 2008 suite à l’onde de choc de la crise économique et financière mondiale. Si les professionnels s’attendent donc à une année difficile, le recul attendu intervient après plusieurs années de hausse.
«En 42 ans d’activité, j’ai dû connaître sept crises. Celle de 2008 est plus violente, plus soudaine et plus sévère ». Claude de Jouvencel, président du FEVS (Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français) n’a pas caché son inquiétude en présentant le 18 février le bilan de l’année écoulée. Car si 2008 avait commencé sur de bonnes bases, les trois derniers mois ont été marqués par un net recul des exportations (-11% en valeur). Une baisse qui s’explique principalement par une baisse des ventes sur le champagne (-6,3% en valeur, -7,8% en volume) et les spiritueux aussi bien en volume (-3,8%) qu’en valeur (-3,5%).
« Pas de panique »
L’heure n’est toutefois pas à la panique. Le chiffre d’affaires réalisé à l’export (9,31 milliards d’euros) ne diminue que de 0,3% par rapport à 2007. « On a longtemps craint un recul plus important », précise, soulagé, Claude de Jouvencel. En outre, le ralentissement observé intervient après un record historique en 2007, à l’image du champagne ou du cognac dont le tassement des ventes (-2% en valeur) fait suite à plusieurs années de croissance ininterrompue. Côté champagne, « les réactions du marché ont été très violentes pour ceux qui ont augmenté fortement leurs prix » en 2008, indique Ghislain de Montgolfier, président de l’union des maisons de champagne. En volume, les deux principaux marchés export que sont le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont respectivement réduit leurs importations de 11 et 20% sur l’année écoulée. Pour le porte-parole des Champenois, le 1 er trimestre va être « dur ». Jean-Marc Olivier, président du Syndicat des maisons de cognac, se dit quant à lui inquiet face au repli des marchés américain, européen et russe, même si les bons résultats des dernières années – notamment en Asie – ont renforcé l’assise des producteurs.
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Le marché « est là »
Pour les vins de Bourgogne, l’heure n’est pas non plus à l’affolement. « On a certes eu une baisse de 11,7% des ventes en valeur, mais à relativiser au regard de notre performance en 2006-2007 », indique Louis-Fabrice Latour, président de l’union des maisons de vin de Bourgogne. De fait, les ventes de Bourgogne avaient progressé de 21% en valeur en 2006-2007, en raison notamment d’un engouement pour le pinot noir et des ventes de grands crus classés du millésime 2005. « On peut encore baisser de 10% en valeur à l’export en 2009, estime Louis-Fabrice Latour, ce qui remettrait la Bourgogne à son niveau de fin 2006 ». Pour le représentant des maisons de Bourgogne, « on sent que le marché est là ». Louis-Fabrice Latour préconise d’arriver sur le marché avec des prix « un peu plus compétitifs », ce qui nécessiterait en particulier « une baisse des prix à la propriété pour le meursault, le puligny ou le chablis ».
Le recul de l’export fin 2008 augure-t-il d’une année difficile ? Les filières françaises le craignent. Aux dires des professionnels, le niveau des stocks de vins et spiritueux chez les grossistes – anglo-saxons notamment – conditionneront une bonne partie des résultats de l’année 2009.