Malgré une bonne récolte de céréales à paille, le revenu des producteurs est « toujours en berne », a indiqué le 27 août l'AGPB, qui s'associe à l'appel à manifester le 3 septembre. La hausse de production est contrebalancée par des baisses sur les prix, les volumes de maïs, les aides Pac. Principale revendication : un moratoire sur les normes et une fiscalité innovante.
« Les revenus ne seront pas au rendez-vous », a déclaré le président Philippe Pinta, en dénonçant « des normes superflues qui font exploser les charges ». L'AGPB réclame un gel à 5 % du prélèvement des aides au profit de la surprime aux premiers hectares, un déblocage de la mesure agroenvironnementale et climatique (MAEC) Grandes cultures en zones intermédiaires. Elle reprend le mot d'ordre de la FNSEA pour un moratoire sur les normes et une fiscalité innovante.
« Je suis extrêmement inquiet pour le revenu 2015 » des producteurs spécialisés en céréales et oléoprotéagineux, a confié Philippe Pinta, évoquant un niveau voisin des 16 400 euros dégagés en 2014. Les prix ont en effet chuté en un mois et demi de 40 euros par tonne de blé tendre à moins de 140 euros/t départ ferme, d'après ses chiffres. Une mauvaise récolte est annoncée en maïs (-28 %). Les aides Pac diminuent pour cause de redistribution vers l'élevage. « Les pouvoirs publics ne cessent de pénaliser les céréaliers dans leurs arbitrages nationaux sur la Pac et en multipliant les normes environnementales superflues ou émotionnelles qui freinent la production », d'après un communiqué de l'AGPB.
Les zones intermédiaires mal en point
La récolte « très abondante et de qualité » en céréales à paille est donc à relativiser. D'autant plus qu'elle cache de grandes disparités, estime le syndicat. « Pour certains, c'est la récolte du siècle, a noté Philippe Pinta. Mais en zones intermédiaires, les rendements décrochent comme l'an dernier et encore auparavant. Il faut donner un coup de main » à ces régions en bordure du grand bassin parisien, dans un croissant situé entre Lorraine, Bourgogne et Poitou-Charentes. L'idée est de rendre la MAEC Grandes cultures plus accessible. « Le cahier des charges de la MAE en zones intermédiaires est impossible à appliquer », a déploré Philippe Pinta, en citant le critère de baisse de fréquence des traitements phytosanitaires. « Aucun agriculteur ne peut y rentrer sans mettre en difficulté son exploitation. »
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« Faites confiance aux producteurs ! »
Sur le plan fiscal, l'AGPB réclame de nouveaux assouplissements du régime de Dotation pour aléas (DPA). Au niveau législatif et réglementaire, « des textes fondés sur une vision ni émotionnelle, ni idéologique ou dogmatique en matière de produits phytosanitaires (néonicotinoïdes, glyphosate, Ecophyto), de fertilisation, de biotechnologies, de biodiversité (tendance à la sanctuarisation de terres agricoles), d'irrigation (difficulté à créer des réserves d'eau) ». L'AGPB demande un régime fiscal des intrants qui contribue à un allègement des coûts, une accélération des procédures concernant les bâtiments d'élevage, « l'adoption d'attitudes et positions réalistes quant à l'utilisation de cultures énergétiques en méthanisation et aux biocarburants de première génération ».
« On ne veut pas que les pouvoirs publics nous étouffent, a lancé Philippe Pinta. Faites confiance aux producteurs : ce sont des gens responsables. » L'exemple a aussi été donné de la directive nitrates, qui limite les apports d'engrais azotés en fonction d'un objectif de rendement calculé sur la moyenne quinquennale. « On aurait pu faire mieux cette année en taux de protéines du blé, si la souplesse nous était donnée d'anticiper un rendement supérieur », a estimé le vice-président Rémi Haquin.