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Exploitations Le revenu des agriculteurs en baisse de 20 % en 2008

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Les premières estimations tablaient sur -15 %, la facture est finalement de -20,3 % ou de -16% pour les exploitations dites professionnelles. Telle est l’évolution du revenu des exploitants agricoles évaluée par la Commission des comptes de l’agriculture le 1er juillet. Toutes les productions sont en diminution ou en stagnation sauf le lait et les ovins. Toutes les régions s’affichent en baisse sauf la … Basse Normandie. La rémunération des salariés agricoles a cependant progressé de 1,6% selon les comptes de l’agriculture.

La Commission des comptes de l’agriculture vient d’amplifier les estimations déjà publiées en décembre : la baisse de revenu des agriculteurs non salariés est évaluée à 20,3 %. Soit cinq points de plus que ce qui avait été estimé en décembre dernier. La différence est principalement due à la viticulture, classée en positif en décembre, indiquée en baisse aujourd’hui. La chute du revenu est considérable pour certaines productions comme les fruits (-37 %), les céréales et oléoprotéagineux (-30 %), la polyculture (-27 %), les bovins viande (-24 %) ou les vins AOC (-22 %). Tandis que l’élevage hors sol connaîtrait une légère hausse (+2% pour le porc et la volaille) les seuls domaines à connaître un revenu apparemment en progrès en 2008 sont la production laitière et l’élevage ovin. On sait ce qu’il en est, ensuite, en 2009… En ce qui concerne les régions, toutes sont en réduction de revenu, sauf la Basse Normandie (+3%) « sauvée » par sa production laitière. Les régions les plus pénalisées sont celles qui cumulent plusieurs productions en fort déficit de revenu comme le Languedoc Roussillon, l’Aquitaine (grandes cultures et viticultures), le Limousin (bovins viande, céréales).

Rechute des cours
Qu’est-ce qui explique une telle chute ? D’une part, la comparaison avec une année exceptionnelle en 2008 en ce qui concerne les prix agricoles. Les embellies de 2007 ne sont plus de mise, tant pour les grandes cultures que pour la viticulture. La situation est également difficile pour des domaines comme les fruits (-37 %) et légumes (-15 %) qui ont subi un printemps froid et des intempéries en été. Partout, la commercialisation a été difficile, amplifiée par des phénomènes exceptionnels comme la fièvre catarrhale ovine (FCO) pour le secteur des gros bovins. La valeur de la production commercialisée s’est donc réduite.

Le poids des charges de production
À ces problèmes de commercialisation s’ajoutent des charges dont la valeur a augmenté fortement, notamment sous l’effet des hausses de leurs prix (8,5 %). Le poids des engrais s’est accru, en valeur, de 38 % ; celui de l’alimentation animale progresse en 2008 de 15 % tandis que la facture énergétique flambait de 20 %. Seul l’emploi des insecticides est réellement en baisse. De fait, le calcul est simple : tandis que la valeur de la production progresse de 3,8 % la hausse des charges est estimée en facture globale de 12 %. La baisse de revenu en découle automatiquement, à peine tempérée par des subventions sur les produits en hausse de 1,4 % et des aides à l’exploitation qui augmentent de 0,9 %. Les agriculteurs ont beau s’être de nouveau concentrés -2,5 % du nombre de travailleurs agricoles non salariés), avec de telles données la baisse du revenu 2008 était inéluctable.

LES MARCHÉS DE 2008, PRODUCTION PAR PRODUCTION

Grandes cultures : volatilité des prix
Le secteur céréalier subit la baisse la plus spectaculaire parce qu’il avait bénéficié de la hausse la plus spectaculaire en 2007. La chute est donc ressentie d’autant plus durement. Hors subvention sur les produits, la valeur de la production est en réduction de 6,2 %, malgré la hausse des récoltes et à cause de la baisse des prix. La hausse des volumes est pourtant considérable, de l’ordre de 19 % indiquent les statisticiens : la sole est en hausse (arrêt de la jachère obligatoire) et les rendements ont progressé. C’est surtout l’orge qui voit sa production s’accroître (29,5 %) mais aussi le maïs (11,1 %). Après la flambée des prix de 2007, ceux-ci se sont effondrés de 21 % du fait surtout d’une situation mondiale excédentaire. Les experts du ministère de l’agriculture évoquent aussi le rôle de la spéculation et des biocarburants « qui créent une forte volatilité des prix ». Cependant, avec des aides européennes à la surface qui ont augmenté de 4,4 % en 2008, la réduction de la valeur produite est ramenée à 5,5 %.

Plantes industrielles : le colza s’en sort
Grâce à une hausse de production supérieure à la baisse des prix, la valeur de la production d’oléagineux progresse de 4,6 %. Les cours baissent légèrement en 2008 mais le prix du colza se raffermit. En revanche, les cours du tournesol sont en forte baisse. Compte tenu d’aides publiques qui sont en baisse, la valeur globale de la production baisse très légèrement. C’est en revanche une très forte réduction de la production en valeur qui touche les protéagineux (pois, féveroles). Les rendements ont augmenté mais les surfaces ensemencées ont fortement baissé. Avec une réduction des subventions, la valeur de la production a fondu de 16 %. Elle s’est également réduite pour les betteraves industrielles (-10,3 %). La richesse en sucre plus importante n’a pas compensé la réduction des rendements et des surfaces.

Fruits et légumes : été pourri
La campagne des fruits d’été fur catastrophique, pour les cerises, par exemple, les volumes ayant baissé sans que la commercialisation en ait été plus facile. Supérieurs à 2007, les prix sont loin d’avoir compensé la baisse de production,
notamment avec des accidents de gel en mars. Malgré tout, la valeur de la production est en légère hausse (+1,7%). C’est le cas également des légumes (+2,4% pour la valeur produite). Cependant, les tomates, courgettes et asperges se sont moins bien valorisées que l’année précédente. Les choux-fleurs, concombres, carottes, s’en sont mieux tirés. Les pommes de terre, qui avaient représenté une exception à la hausse générale de 2007, ont vu leur prix augmenter ce qui a soutenu la valeur de la production.

Les vins : petite récolte mal vendue
L’année viticole a surtout été marquée par une petite récolte qui s’est pourtant bien mal commercialisée. Le gel et le mildiou ont durement frappé le volume de production. Les prix augmentent légèrement sans compenser les volumes médiocres. Globalement, la valeur de la production est en réduction de 2 %. Les méthodes statistiques cernent cependant mal le revenu des viticulteurs dont la récolte est, par définition commercialisée l’année suivante.

Bovins à viande : l’effet FCO
Le volume de production s’est légèrement réduit en 2008 pour la viande bovine. La raison : la fièvre catarrhale ovine (FCO) mais aussi la réduction des abattages de vaches laitières que les éleveurs ont voulu garder pour augmenter la production laitière. Les cours des gros bovins se sont donc redressés, notent les statisticiens ce qui a permis à la valeur de la production de se redresser aussi. Les aides à la production ont été stables. Pour les veaux de boucherie, le volume de production se redresse après une baisse de 5 % en 2007. Les prix sont en réduction après deux années de hausses sensibles. La valeur de la production se maintien tout juste.

Ovins : décapitalisation
La valeur de la production ovine progresse légèrement, la baisse des volumes étant compensée par les prix. Le cheptel se réduit toutefois, les producteurs étant confrontés à une diminution de la consommation. Mais le peu d’abattage d’agneaux compense le surcroît d’abattage d’animaux de réforme. Les prix sont restés relativement fermes.

Porcs-Volaille : redressement des prix
Après la forte chute de 2007, les prix du porc se redressent en 2008. La consommation de viande de porc résiste mais la production est à peu près stable. Globalement la valeur produite en 2008 a progressé de 11 %. Elle a également augmenté pour les volailles (+13,4%). Les volumes produits n’ont toutefois pas rattrapé le niveau de 2005, juste avant la crise de grippe aviaire. Les abattages de poulets sont en hausse mais ceux de dindes sont en réduction. Les cours sont en hausse, ce qui permet de répercuter pour une grande part les coûts de l’alimentation. La valeur de la production des œufs est également en progression grâce, surtout, à la fermeté des prix.

Production laitière : juste avant la crise
Pour le lait, l’année doit être séparée en deux semestres. Sur le premier, les prix sont restés encore corrects et la production s’est envolée, à la demande des laiteries qui craignaient de ne pas pouvoir disposer de la matière première nécessaire. Les prix ont ensuite fortement baissé, au second semestre, sous l’impact du marasme international sur les beurres et poudres de lait. Mais en moyenne, l’année laitière reste sur des prix à la hausse. La valeur de la production laitière s’affiche donc en progression de 20 % après une année 2007 également en hausse, de 6,4 %. Tout changera en 2009.

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