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Huile d’olive/Réglementation Le revirement sur l’étiquetage brouille les cartes des producteurs et des restaurateurs

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Sous la pression de certains Etats membres du nord de l’Europe mais aussi du secteur de la restauration européenne, la Commission européenne s’est vue contrainte de retirer en toute urgence ses projets législatifs, à peine sortis, visant à mieux informer les consommateurs sur l’origine et la qualité de huile d’olive offerte aux consommateurs sur les tables des restaurants. Si les producteurs déplorent la « volte-face ridicule » de Bruxelles, les restaurateurs – soulagés – applaudissent des deux mains. Soucieux de ne pas perdre la face dans ce dossier glissant, Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture, a annoncé qu’il allait faire « une nouvelle proposition qui tienne compte des intérêts et observations des parties concernées » et que – dans l’immédiat – il compte lancer un dialogue avec les parties concernées. L’UE est le premier producteur, consommateur et exportateur d’huile d’olive au monde.

« J’ai décidé de retirer le projet de règlement sur l’étiquetage sur l’origine et la qualité de l’huile d’olive dans la restauration dans la mesure où il n’a pas obtenu un soutien suffisant lors d’un vote des Etats membres au sein du comité de gestion», a indiqué en substance le commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos, lors d’un point de presse décidé à la dernière minute. « Quinze États membres ont soutenu mes propositions mais cela n’a pas suffit à former une majorité qualifiée et j’ai donc décidé de retirer cette partie du texte et de lancer – dans les prochains jours – un dialogue avec les parties concernées que sont l’industrie, les consommateurs et le commerce », a-t-il expliqué. Il a précisé que son objectif de départ était de « stimuler la qualité de l’huile d’olive et non pas de soutenir artificiellement la production du secteur ». C’était aussi, a-t-il indiqué, « pour lutter contre certaines pratiques de certains restaurant qui utilisent des petites carafes avec une mention“huile d’olive” mais qui une fois qu’elles sont entamées sont remplies par de l’huile qui n’est plus de l’huile d’olive mais une autre huile bon marché. C’est de la tromperie vis-à-vis des consommateurs ».

La bande des « 9 »

Allemagne en tête, un bloc de 9 États membres consommateurs d’huile d’olive, dont la France et les Pays-Bas, s’est opposé au projet de règlement sur l’huile d’olive de restaurant au grand dam du commissaire roumain et des pays producteurs du sud de l’Europe (Espagne, Grèce, Italie, Portugal – notamment – qui assurent à eux seuls près de 98 % de la production d’huile d’olive de l’UE). Le Royaume-Uni, la Belgique et la Hongrie ont botté en touche et se sont abstenus lors du vote du Comité de gestion de l’UE du 17 mai 2013. Les mesures préconisées dans le projet – qui devait en principe entrer en vigueur le 1er janvier 2014 – prévoyaient d’imposer un étiquetage devant indiquer « de façon plus visible et lisible » la dénomination et l’origine de l’huile d’olive qui est présentée dans les petits récipients sur les tables des restaurants. Mais la mesure qui semble la plus contestée prévoyait que les restaurants, à partir de l’année prochaine, n’auraient plus le droit de servir des bouteilles d’huile d’olive pré-remplies à leurs clients. Ils devaient leur offrir au contraire des dosettes scellées qui devaient être mises à la poubelle une fois utilisées. Aux yeux de la Commission européenne, ce projet de réglementation avait pour but essentiel « d’assurer une meilleure hygiène et de garantir aux clients la pureté de l’huile d’olive qui leur est offerte dans les restaurants ».

Douche écossaise pour les producteurs européens

Préconisé le 17 mai et subitement retiré le 23 mai, le projet du commissaire Dacian Ciolos n’a pas du tout été apprécié par les producteurs industriels européens. Leur syndicat, le Copa-Cogeca, est en effet monté au créneau en déplorant la décision de la Commission « de céder à la pression politique et de retirer une mesure cruellement nécessaire pour améliorer l’étiquetage et la qualité de l’huile d’olive européenne ». Pekka Pesonen, son secrétaire général finlandais, a mis en garde : « Il est totalement ridicule de la part de la Commission de simplement retirer cette mesure en raison de la pression politique. Elle fait l’objet d’une discussion depuis plus d’un an, jouissait du soutien de 15 Etats membres et est passée par toutes les procédures juridiques appropriées. Il s’agissait véritablement d’une mesure très simple, positive pour tous, qui représentait un premier pas positif dans la mise en œuvre du Plan d’action de la Commission visant à améliorer la viabilité, la qualité et la compétitivité du secteur européen de l’huile d’olive, produit dont les bénéfices en termes nutritionnels et de santé sont nombreux ». S’il reconnaît que le projet de la Commission n’aurait peut-être pas été suffisamment bien expliqué, il estime qu’il était « nécessaire d’interdire les bouteilles réutilisables et les “aceiteras” traditionnellement présentes sur les tables des restaurants ». Aux yeux du lobby des producteurs, les restaurateurs «auraient tendance à utiliser des bouteilles réutilisables et à les remplir d’huile d’olive (de différentes catégories) et d’autres huiles de moindre qualité (comme le tournesol) sans informer les consommateurs, ce qui n’est pas souhaitable et ne peut qu’être injuste vis-à-vis du consommateur ». Selon Pekka Pesonen, l’augmentation des coûts qu’aurait engendrée cette mesure n’aurait été que « négligeable » et n’aurait constitué en aucun cas « une excuse pour ne pas l’adopter ». Pour lui, il est « totalement inadmissible que la Commission soit revenue sur sa position et qu’elle ait cédé à la pression politique de cette manière, sans aucune discussion avec les Etats membres et l’industrie ».

Les restaurateurs rassérénés

Comme on le sait, le projet de la Commission européenne a suscité l’ire du secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Comme l’a indiqué à Agra Alimentation, Philippe Trine, Vice-Président du secteur Horeca de Belgique : « Bruxelles ferait mieux de s’occuper des choses beaucoup plus importantes que d’essayer d’édicter des règles pour encadrer la façon dont les restaurateurs mettent de l’huile d’olive à la disposition de leurs clients dans leurs établissements ». S’il reconnaît que les mesures d’hygiène dans un restaurant sont incontournables, il estime en revanche qu’il existe suffisamment d’organismes de contrôle de l’hygiène et que les propositions de Dacian Ciolos n’ont pu être faites « que sous la pression du lobby des producteurs industriels d’Espagne, d’Italie ou de Grèce ». Il explique également qu’avec de telles mesures « les restaurateurs ne pourraient plus désormais offrir à leurs clients les huiles provenant de petits producteurs et qu’ils seraient contraints de servir des produits industriels ». Selon lui, les restaurateurs souhaitent continuer à utiliser leurs petites carafes d’huile d’olive « dans un respect total des mesures d’hygiène » car, souligne-t-il, « aucun restaurateur n’a intérêt à servir à son client de l’huile d’olive moisie ou qui a tourné. Il y a non seulement une surveillance interne de l’hygiène mais également les contrôles pointilleux de l’Afsca (Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire, ndlr) ». Quand on lui apprend que le commissaire Dacian Ciolos compte dialogue avec les parties concernées, dont bien sûr les restaurateurs, Philippe Trine, nous confie : « C’est une excellente initiative qui va permettre aux eurocrates de redescendre sur le terrain car le type de mesures qu’envisageaient les services du commissaire Dacian Ciolos ne peut être que le fait de gens qui sont rarement sur le terrain et qui, d’un bureau du 22e étage de la Commission européenne, ne disposent pas de toute l’information nécessaire pour prendre des décisions ».

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