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Le robot agricole va permettre de réduire l’usage des phytos

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Au forum international de la robotique agricole (Fira) à Toulouse, les robots qui ont été présentés devraient apporter des solutions pour une agriculture plus durable : réduction des produits phytos, mais aussi moindre pénibilité au travail.

En optimisant les tâches de façon plus performante que l’humain, la robotique est un moyen d’améliorer la durabilité de l’agriculture. C’est ce qu’ont pu montrer les différents intervenants lors du forum international de la robotique agricole (Fira) qui s’est tenu les 29 et 30 novembre à Toulouse.

Et si le petit robot maraîcher Oz de Naïo Technologies, organisateur du Fira, a fait quasiment cavalier seul jusqu’alors, de nombreux projets sont sur le point d’être lancés, notamment en vigne mais aussi en grandes cultures. Les robots permettent de résoudre des problématiques qui se posent à l’agriculture : compaction des sols du fait des engins lourds, pénibilité du travail en maraîchage, difficulté de trouver de la main-d’œuvre saisonnière pour des tâches ingrates, usage des produits phytos. En Bretagne, la chambre d’agriculture et le conseil régional financent avec FranceAgriMer une étude sur la comparaison des systèmes en maraîchage bio avec ou sans robot sur l’exploitation. « Le système maraîcher bio actuel n’est pas durable socialement, insiste Maët Le Lan, responsable de la station expérimentale d’Auray. Le travail est tellement pénible que les maraîchers n’arrivent pas à fidéliser une main-d’œuvre saisonnière, et ils sont cassés physiquement à 40 ans ».

Former un binôme entre l’homme et son robot

Maët Le Lan et son équipe testent le robot Oz sur la station et suivent plusieurs maraîchers qui ont investi eux-mêmes. « Par exemple, pour la culture de l’oignon avec paillage plastique, il faut trois désherbages manuels en bio classique contre un seul en présence du robot, ce dernier assurant un binage tous les 10 jours », explique-t-elle. Outre le désherbage, le robot sert aussi à transporter les charges, en suivant le maraîcher dans ses déplacements. « Mais avec la présence du robot, le maraîcher doit accepter de remettre en cause tout son système de production pour s’adapter à la machine », met en garde l’ingénieur. Il doit changer la disposition de ses parcelles, son itinéraire cultural et son organisation du travail. Le maraîcher doit être prêt à l’accepter. « Il faut que l’homme forme un binôme avec son robot », conclut-elle.

Le marché décolle

Le marché des robots est en plein essor. « D’un chiffre d’affaires de 1,20 M€ en 2017, nous visons 3 M€ en 2018 avec un développement aux États-Unis et au Japon", illustre Gaëtan Séverac, co-fondateur de Naïo Technologies. Les projets les plus nombreux concernent le désherbage car ce qui est le plus complexe et le plus pénible à maîtriser en l’absence de chimie. Outre son robot Oz, Naïo Technologies a lancé un robot enjambeur en maraîchage (Dino), et un autre en viticulture (Ted) qui font du désherbage mécanique de précision.

Des réductions de coûts et d’intrants

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D’autres robots sont sur du désherbage chimique. « Notre robot enjambeur viticole va permettre de réduire de 40 % la dose d’herbicide et de 50 % le coût du travail », assure Cédric Bache, inventeur du robot Vitibot encore en prototype, et fils de viticulteur champenois. Le Suisse Claude Juriens, qui développe Ecorobotix, un robot qui réalise du désherbage chimique de précision grâce à des bras animés, parle quant à lui d’une division par 20 de la dose d’herbicides et un coût du désherbage réduit de 30 %. Il vise « les cultures à haute valeur ajoutée comme l’oignon, les épinards ou le haricot, mais aussi la betterave à sucre et le colza ». Une dizaine de machines seront en test en France en 2018, notamment chez Arvalis, et la commercialisation est prévue pour 2019.

Mais on voit aussi des choses plus surprenantes. Pal Johan From, chercheur à l’Université norvégienne de Sciences de la vie, a montré un robot commercialisé par la start-up Saga Robotics, rattachée à l’Université, qui applique des rayons UV sur les fraises la nuit afin de lutter contre le mildiou et la pourriture grise. Simon Blackmore, de l’Université Harper Adams de Grande-Bretagne a, quant à lui, présenté un robot qui envoie un faisceau laser sur les mauvaises herbes de façon à les détruire par brûlage de précision. « On pourra aussi utiliser les robots pour sélectionner les fruits à cueillir en évaluant leur maturité grâce à un faisceau laser sans le toucher, ce qui réduira le gaspillage ».

Un robot coach sportif pour les volailles de chair

Les robots se développent aussi dans l’élevage. On connaît tous les robots de traite, mais on en voit aussi arriver en aviculture. Ainsi Tibot Technologies lance un robot qui ramasse les œufs que les poules pondent au sol sur la litière au lieu de pondre dans les pondoirs. « Cela peut représenter 1 000 œufs par jour, ce qui représente un travail très pénible pour l’éleveur. Nous sommes partis des besoins du terrain », explique Yanne Courcoux, cofondatrice. Un autre robot, qui vient d’entrer en commercialisation en septembre, a pour but « de servir de coach sportif aux volailles de chair pour les obliger à se déplacer dans l’élevage de façon à produire plus de muscle et moins de gras, explique-t-elle. Et ça marche ! ».

Lancement de la plateforme RobAgri pour la robotique agricole

Le 20 octobre a été constituée la plateforme RobAgri qui « a pour mission d’aider les industriels et les start-up à développer la robotique en agriculture », a expliqué son président Jean-Michel Le Bars au Fira. Les membres fondateurs de la structure associative sont au nombre de 37 pour l’instant « mais les inscriptions sont ouvertes jusqu’à la fin 2017 », indique-t-il. La plateforme comprend quatre collèges : les industriels et start-up, les fournisseurs de technologies, les organismes publics de recherche et les acteurs associatifs qui aident les projets, et enfin les utilisateurs finaux des robots que sont les coopératives et semenciers. RobAgri va réaliser de la veille technologique et scientifique, elle va aussi travailler sur la mise au point de tests en vue de la certification des robots, voire de la normalisation. L’association a aussi pour but de promouvoir ce type de solution et de le faire connaître auprès du grand public.