S’il devient un enjeu beaucoup plus stratégique, le sol reste une entité encore mal connue. Il manque des indicateurs ou des paramètres qui puissent permettre de mettre en œuvre des politiques de préservation du sol.
«60 000 mètres carrés de sol sont perdus chaque année pour l’agriculture et les systèmes naturels », a rappelé Pierre Stengel, directeur scientifique environnement, écosystèmes cultivés et naturels à l’Inra (Institut de recherche agronomique), le 26 février. Il intervenait dans le cadre du colloque sur le sol organisé par l’Inra dans le cadre du Salon de l’agriculture. L’enjeu est donc d’importance, d’autant plus que la hausse des prix montre combien la production agricole est fondamentale. Comme l’a observé Michèle Pappalardo, commissaire générale au ministère du Développement durable, « les sols progressent dans leur visibilité ». « On commence à mieux comprendre ce qu’ils apportent », a-t-elle ajouté.
Manque de lisibilité
Les sols sont de mieux en mieux connus. Responsable du réseau de mesures de la qualité des sols (RMQS), Claudy Jolivet a signalé que 90 % des 2 200 sites du réseau avaient été analysés. S’ajoute à cela la base de données d’analyses de terre, qui rassemble plus d’1,2 million d’échantillons. Malgré des connaissances en constante progression et un intérêt fort de l’Hexagone pour ce sujet, les scientifiques ne sont toutefois pas encore en mesure de fournir des outils de décision aux politiques. A la question de Michèle Pappalardo, « sait-on donner le bon état écologique d’un sol ? », les scientifiques présents n’ont pas donné de réponse définitive. Claire Chenu, professeur à AgroParis Tech, a suggéré qu’il était possible de s’intéresser à la résilience du sol, soit à sa capacité de retrouver son état initial. Mais Jérome Balesdent, directeur de recherche à l’Inra d’Aix-en-Provence, a pour sa part mis en avant la préoccupation écotoxicologique.
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Questions sans réponses
Dans la perspective de la future directive sur les sols, actuellement en discussion au niveau européen, Paul Raoult, sénateur du Nord, a de son côté demandé des indicateurs pour accompagner d’éventuelles nouvelles normes. Mais là encore, rien n’est évident. Pour Michèle Pappalardo, si la communication avec la communauté scientifique est désormais plus rapide, « c’est un peu déstabilisant aussi, car on pose des questions et on n’a pas de réponses ». Chercheur à l’Inra de Rennes, Christian Walter mise beaucoup sur les clarifications que pourraient apporter la directive européenne sur les sols. Elle doit fixer à tous les pays les mêmes objectifs, sans imposer de méthodes. Mais elle n’est pas encore votée.