En jetant les bases d’un « plan laitier breton », le 10 septembre en Ille-et-Vilaine à la veille du salon Space (14 au 17 septembre), la FRSEA et les JA de Bretagne ont voulu susciter un électrochoc. Pour sauver la première production agricole bretonne (20 000 livreurs de lait, 46 000 actifs et 8 000 salariés), le syndicalisme majoritaire fait plusieurs suggestions. Il demande aux entreprises de diversifier leurs débouchés, de renforcer leurs investissements en recherche et développement, et de favoriser des alliances entre elles. En ce qui concerne le volet production, FRSEA et JA se proposent d’être plus vigilants au moment des installations, et d’améliorer les aspects de formation et d’appui technique. Enfin, l’appui financier des pouvoirs publics est sollicité. Ces propositions ont rempli un document d’une quinzaine de pages qui a été remis, mardi 14 septembre à Hervé Gaymard, ministre de l’Agriculture. Les industriels l’ont jugé réaliste.
«Réalisme » : c’est le premier mot prononcé par les industriels laitiers lorsqu’on les interroge sur la pertinence du plan laitier breton concocté par la chambre régionale d’agriculture et le syndicalisme agricole (majoritaire) de Bretagne (FRSEA et JA).
Ce « livre blanc » d’une quinzaine de pages a été remis officiellement mardi 14 septembre au ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard, qui inaugurait le salon de l’élevage Space à Rennes (Ille-et-Vilaine). « Nous changeons d’époque et le syndicalisme commence à le comprendre, c’est très bien », a expliqué Jean Le Vourc’h, président du Cniel, l’interprofession laitière en France, et président de la coopérative Even (Ploudaniel, Finistère).
Les conséquences des baisses de restitutions
L’abaissement progressif des restitutions à l’exportation sur les beurres et les poudres qui ont alimenté les usines bretonnes pendant des années marque le glas d’une politique. D’ores et déjà, les résultats des 20 000 exploitations laitières bretonnes (46 000 actifs permanents) s’en ressentent.
Le « livre blanc » énumère plusieurs critères économiques : le revenu par UTH familiale atteint 12 600 euros en moyenne sur les cinq dernières années ; la moitié des exploitations n’a aucune capacité financière à investir, selon les centres de gestion bretons…
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Le tableau est sombre aussi pour les industriels qui souffrent de la grande fragilité des PGC (produits de grande consommation). Un exemple donné par Patrick Wecxsteen, directeur général de la Compagnie laitière de Brocéliande (Entremont Bretagne) : « Le prix de vente de l’emmental a chuté de 5,7 % entre juillet 2003 et juillet 2004 », explique-t-il.
Selon lui, c’est en entrant sur le marché en ordre dispersé que les distributeurs et opérateurs tirent les prix vers le bas. Aussi Patrick Wecxsteen, comme Jean Le Vourc’h ou Pierre Marquet, président de la coopérative Coralis (Ille-et-Vilaine), et de la CCAOF (représentation en Bretagne de Coop de France), disent-ils oui aux restructurations. Mais pas à l’emporte-pièce.
Restructurations sans précipitations
« Elles sont inévitables, mais il faut y aller sans précipitation », résume le d.g. de la Compagnie laitière de Brocéliande. L’harmonisation de la collecte a eu lieu. Le beurre a fait l’objet cet été d’un rapprochement important entre Entremont, Unicopa, Sodiaal et l’Union beurrière. Le prix à payer, ce sont des fermetures d’usine et des plans sociaux.
En parallèle, les laiteries de demain auront des capacités augmentées et des process largement automatisés, comme dans l’usine d’Entremont à Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Le potentiel de production a été doublé à 30 000 tonnes, sans augmenter les effectifs, uniquement par transferts de fabrications, de Bretagne ou d’Allemagne où le Savoyard roi de l’emmental a dénoncé des contrats. Les restructurations pourraient être plus difficiles à mener dans les coopératives.