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Réforme de la Pac Le syndicalisme et la Commission pas sur la même longueur d’onde

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La réforme de la Pac se précise… mais les oppositions se cristallisent. Lors d’un débat organisé par la Commission européenne le 27 février pendant le Salon de l’agriculture, les représentants syndicaux se sont insurgés contre l’inflexibilité et la confiance de Bruxelles vis-à-vis des orientations qu’elle défend.

«L’écart entre le revenu agricole et les autres secteurs agricoles a diminué ». Ce constat, Hermanus Versteiljen, de la direction générale de l’agriculture et du développement rural, s’en est félicité à l’occasion du débat organisé par la Commission européenne au Salon de l’agriculture le 27 février. Pour lui, ce résultat est dû à la mise en œuvre d’une Pac qui privilégie les aides directes, plus efficaces que les soutiens aux prix. « Le bilan de santé s’inscrit dans la même logique que celle entamée depuis 1992 », a précisé le spécialiste, qui veut montrer au contribuable que « ce qu’on dépense est bien pensé ». Autrement dit : les aides devront être mieux harmonisées car les différences sont difficiles à expliquer aux citoyens. Dans cette même optique de justification, la conditionnalité restera capitale, et les mesures liées au développement rural seront renforcées grâce à la modulation appliquée au premier pilier.

Un rôle économique pour l’agriculture

Ce discours très déterminé, où la légitimation des soutiens occupe une grande place, a eu du mal à passer côté français. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a rappelé pour sa part qu’ « orienter les soutiens vers le second pilier et le développement rural nous paraît décalé par rapport aux attentes en matière de production ». « C’est une politique axée sur l’économique qui a généré des aménités positives et non l’inverse », a-t-elle poursuivi. Pour la responsable, les soutiens directs ne sont pas une panacée. L’heure serait plutôt à une réorientation progressive des aides actuelles vers des outils de gestion des risques et des aléas, soit un système proche des paiements compensatoires américains. « Je ne pense pas que l’opinion publique soit contre des aides aux aléas, a précisé Christiane Lambert. C’est plutôt la systématisation qui aboutit à une logique de rente » qui déplaît. Des positions globalement partagées par Eloi Canon, des Jeunes agriculteurs, également présent au débat. Celui-ci a toutefois insisté sur certains points complémentaires.

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Surprise devant l’inflexibilité

« Pour nous qui venons d’investir, il faut de la continuité », a précisé le syndicaliste. Il a également réaffirmé la nécessité d’une préférence communautaire, « une base » pour éviter les distorsions de concurrence. Mais ces sujets n’ont pas rencontré d’écho de la part d’Hermanus Versteiljen, qui les a balayés d’un coup ou presque, invoquant tour à tour l’article 69 ou la nécessité de se conformer à l’OMC. Les réponses n’ont bien sûr pas satisfait les syndicalistes français, plutôt remontés. Philippe Collin, de la Confédération paysanne, s’est dit « surpris » que les propos du représentant de la Commission laisse si peu de place au doute. Représentante du ministère de l’Agriculture, Virginie Jorissen a notamment rappelé qu’il ne fallait pas se laisser faire par « la dictature de l’OMC ». Une chose est sûre : les uns et les autres devront mettre un peu d’eau dans leur vin lors des négociations.