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Législatives : les nouvelles personnalités «agricoles» du scrutin

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Elles seront certainement moins nombreuses qu’en 2017, mais de nouvelles personnalités «agricoles» pourraient émerger des élections législatives, qui se tiendront les 12 et 19 juin. Hormis les députés sortants, ce sont cinq agriculteurs qui se présentent pour le mouvement Ensemble (Renaissance, Horizons, Agir et Modem), six pour le Rassemblement national dont quatre viticulteurs. De son côté, la Nupes (LFI, PCF, PS et EELV) a investi deux agriculteurs retraités et un aspirant maraîcher. La nouvelle union de gauche fait aussi émerger deux personnalités qui pourraient s’investir fortement dans les dossiers agricoles : l’ingénieure agronome Aurélie Trouvé et l’ancien journaliste devenu militant animaliste Aymeric Caron. Tour d’horizon.

Les élections législatives 2022 n’apporteront probablement pas autant de nouvelles personnalités agricoles qu’en 2017. Le précédent scrutin avait engendré le renouvellement de 75 % des députés et l’arrivée de nombreux visages jusqu’ici inconnus sur les dossiers agricoles : Stéphane Travert (LREM), Jean-Baptiste Moreau (LREM), Grégory Besson-Moreau (LREM) sur les rangs de la nouvelle majorité. Mais aussi Julien Dive (LR) Loïc Prudhomme (LFI) ou Bénédicte Taurine (LFI) dans les oppositions.

Ce scrutin aussi peut participer au renouvellement des spécialistes de l’agriculture à l’Assemblée. Agra Presse a passé en revue les investitures : de nouvelles personnalités agricoles apparaissent parmi les candidats dont les noms ont été publiés cette semaine par les trois mouvements politiques arrivés en tête de l’élection présidentielle : Ensemble (Renaissance, Horizons, Agir, Modem), la Nupes (France insoumise, EELV, PCF, Parti socialiste) et le Rassemblement national. Traditionnellement pourvoyeur de candidats issus du secteur agricole, le parti Les Républicains n’a encore dévoilé qu’une partie de ses investitures. Tour d’horizon.

Ensemble : cinq challengers agriculteurs

Hormis les députés sortants, cinq agriculteurs se présentent pour le groupe Ensemble. Parmi les nouvelles têtes, figure une jeune viticultrice, Salomé Fontaine, qui se présentera dans la deuxième circonscription de l’Aube, territoire acquis à la droite depuis presque un demi-siècle. Sa victoire n’est pas improbable, puisque aux dernières élections législatives de 2017, LR l’avait emporté d’une courte tête dans cette circonscription (55 % au second tour) face à LREM. Olivier Allain (3e circonscription des Côtes d’Armor, LREM) se présentera une deuxième fois contre le député LR sortant Marc Le Fur. L’éleveur de volailles de Bresse Vincent Guillermin se présente dans la 1re circonscription de l’Ain, acquise à la droite depuis 2002. Ancien président national des JA, Michel Teyssedou est candidat dans la 1re circonscription du Cantal, tenue par Les Républicains (LR) et qui avait échappé de seulement deux points à LREM en 2017.

Plus difficile sera le défi de l’agriculteur Philippe Alpy (vice-président du Conseil département du Doubs) qui se présente dans la 5e circonscription, historiquement acquise à la droite, où LR avait gagné avec 59 % contre LREM au second tour en 2017. Candidat à l’investiture dans la Manche pour le parti Horizons, l’ex-directeur général de la FDSEA Thierry Mauminot n’a pas été retenu. À noter qu’au moins trois présidents de parcs (naturel ou national) se présentent : Emmanuel Mandon (parc du Pilat, Loire), Éric Mèle (Préalpes d’Azur, Alpes-Maritimes) et Isabelle Monfort (Port-Cros, Var).

… Antoine Herth et Hervé Pellois se retirent

Parmi les députés agricoles de la majorité qui ne se représentent pas, on compte surtout Antoine Herth (Agir, Bas-Rhin), qui siégeait au Palais Bourbon depuis vingt ans. Il s’en est expliqué le 8 mai dans la presse régionale (article payant). C’est aussi le cas du député LREM du Morbihan Hervé Pellois, qui l’avait annoncé dès le début janvier. Il était depuis 2017 rapporteur spécial de la mission Agriculture des projets de loi de finances (PLF).

De nombreux députés agricoles issus de la majorité ont été retenus par le mouvement Ensemble (Renaissance, Horizons, Agir et Modem), d’après la seconde liste d’investitures parue le 8 mai. On compte parmi les plus en vue : l’éleveur et rapporteur de la loi Egalim Jean-Baptiste Moreau (Creuse) ; le rapporteur de la loi Egalim 2 Grégory Besson Moreau (LREM, Aube) ; l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Travert (Manche) ; l’éleveuse et défense d’une taxe sur les engrais azotés Sandrine Le Feur (Finistère) ; le pourfendeur des sels nitrités dans la charcuterie Richard Ramos (Modem) ; l’auteur de la proposition de loi éponyme sur le foncier Jean-Bernard Sempastous (LREM).

Se représentent également le vétérinaire et défenseur du bien-être animal Loïc Dombreval (Alpes-Maritimes) ; l’ancien ministre des Relations avec le Parlement et ancien cadre de chambre d’agriculture Marc Fesneau (Loiret) ; Olivier Damaisin, auteur d’un rapport sur le suicide en agriculture ; Frédéric Descrozaille, missionné sur la réforme de la gestion des risques (Val-de-Marne) ; ou encore l’auteur d’un rapport sur la grande distribution Thierry Benoit (UDI, Ille-et-Vilaine).

Moins en vue mais bons connaisseurs des dossiers agricoles : le consultant en vin Michel Delpon (Dordogne) ; Nicolas Turquois (Vienne), agriculteur membre de la commission des Affaires sociales ; et Nicole Le Peih, agricultrice dans le Morbihan.

Nupes : Aurélie Trouvé et Aymeric Caron candidats

De son côté, la France insoumise a publié une liste de 324 premiers candidats investis, dont deux nouvelles personnalités médiatiques très investies dans les dossiers agricoles. La première est l’ingénieure agronome et maître de conférences en économie à AgroParisTech, Aurélie Trouvé. Cette militante altermondialiste ex-militante d’Attac serait investie dans la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis, traditionnellement acquise à la gauche, même si LREM avait talonné LFI lors du dernier scrutin. Le journaliste et militant animaliste Aymeric Caron se présenterait dans la 18e circonscription de Paris, avec une issue très incertaine. Cette jeune circonscription a connu deux députés, l’une de droite et l’autre de gauche : Christophe Caresche (PS) en 2012, puis Pierrre-Yves Bournazel (LR) en 2017.

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La Nupes n’investira pas d’agriculteurs actifs à proprement parler. En Dordogne, Michèle Roux, agricultrice à la retraite, ancienne élue de la Confédération paysanne à la chambre d’agriculture, affrontera le député LREM sortant Michel Delpon (viticulteur) dans la 2e circonscription. Ses chances paraissent minces, car LREM l’avait largement emporté devant le Front national au précédent scrutin. Dans le Finistère (3e), c’est un maitre-nageur en reconversion pour devenir maraîcher, Pierre Smolarz, qui a été investi. L’issue est également incertaine, car LREM l’avait largement emporté devant le PS en 2017. Dans le Tarn, la France Insoumise annonce avoir investi l’agriculteur retraité Julien Lassalle, dans la circonscription où son frère Jean Lassalle est député sortant et ne se représentera pas.

Parmi les candidats sortants, deux députés très investis dans les filières agricoles sont reconduits : Loïc Prudhomme (3e Gironde) avait écrit un rapport sur l’alimentation « industrielle » et proposé une taxation des produits salés ; Bénédicte Taurine (1re Ariège) avait notamment travaillé sur les chiens de protection des troupeaux.

Socialistes : Potier boude la Nupes, Garot s’y range

Le seul agriculteur de la Nupes aurait pu être Dominique Potier (Meurthe-et-Moselle), qui avait été investi par la nouvelle union de gauche. Mais le député socialiste a décliné l’offre et se présentera sous l’étiquette Divers gauche, a-t-il annoncé à la presse locale (article payant) le 7 mai. Contacté par Agra Presse, cet agriculteur connu pour son investissement sur les questions de régulation du foncier agricole évoque un « moment délicat ». « Si je veux une chance de continuer de porter mes combats, que vous connaissez, je dois faire une campagne locale, loin des débats nationaux. »

À l’inverse, l’ancien ministre socialiste délégué à l’agroalimentaire Guillaume Garot portera les couleurs de la Nupes, qui avait aussi réservé sa circonscription au PS, a-t-il précisé à Agra Presse. « Je serai candidat socialiste dans le cadre d’un accord qui ouvre un chemin pour un virage social et écologique. Mais je me dois d’ajouter que je reste très attaché à la construction de l’Union européenne et que je m’opposerai à tout ce qui l’affaiblirait ». Dans le cadre de leur accord d’union, La France insoumise (LFI) et le PS avaient constaté, début mai, leurs divergences sur la question européenne : « Nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres. » « Il nous faudra dépasser ces blocages et être prêts à ne pas respecter certaines règles », précisait le communiqué des deux partis.

Chez les communistes, André Chassaigne se représente dans la cinquième circonscription du Puy de Dome, où il avait vaincu en 2017 le président de la chambre d’agriculture Sébastien Gardette qui portait les couleurs de LREM. Egalement actif sur les questions agricoles, Sébastien Jumel (PCF) se représente dans la sixième circonscription de Seine Maritime.

Rassemblement national : quatre viticulteurs inscrits

Le Rassemblement national a publié le 11 mai la liste de ses candidats investis aux législatives. Elle compte six agriculteurs, dont quatre viticulteurs. Deux d’entre eux ont des chances de l’emporter. Il s’agit de Christophe Barthès investi dans la première circonscription de l’Aude, où le Front national avait emporté 41 % des voix en 2017. Et de Frédéric Bort investi dans la première circonscription de l’Héraut, un territoire où il s’était déjà présenté sans étiquette en 2017, n’emportant que 2 % des voix, mais où le FN avait trusté 34 % des suffrages.

Les autres candidats ont très peu de chances de l’emporter. L’agricultrice Françoise Gilois se présente dans la première circonscription d’Ille-et-Vilaine. Dans ce territoire, la dernière candidature d’extrème droite remonte à 2007 (2 % pour le Front national). Le viticulteur Christophe Guestault, sera candidat dans la deuxième circonscription d’Indre-et-Loire, où le Front national avait obtenu 9 % des voix en 2017. Même situation pour Valérie Eschenmann, agricultrice et infirmière, qui a été investie dans la troisième circonscription du Bas-Rhin (8 % pour le FN en 2017). Peut-être plus de chance pour le viticulteur Grégoire de Fournas, qui est choisi pour la cinquième circonscription de Gironde où le FN avait grimpé jusqu’à 15 % au précédent scrutin. Enfin Nicolas Lottin, représentant des chasseurs de la baie de Somme se présente dans la 3e circonscription du département.

L'équipe d'Agra presse
 

Un agriculteur et un fonctionnaire du ministère pour Les Républicains

En difficulté durant la présidentielle, le parti Les Républicains (LR) n’a divulgué qu’une petite partie de ses investitures, qui intègrent traditionnellement des représentants du secteur agricole. Déjà deux nouvelles personnalités se profilent : François Guyot, agriculteur, conseiller régional et secrétaire général adjoint de chambre d’agriculture de Loire Atlantique se présente dans la 6e circonscription. Elle avait été largement emportée par LREM devant LR en 2017. Second challenger : Olivier de la Faire est chargé des relations avec les entreprises à l’international au ministère de l’Agriculture. Il se présente dans la première circonscription des Yvelines, département duquel il est déjà conseiller général, avec des chances de l’emporter puisque LR avait perdu de quelques points face à LREM au précédent scrutin. Possible candidat dans la Meuse, l’ancien président de La Coopération agricole (ex-Coop de France), Philippe Mangin, avait prévenu en décembre qu’il ne se présenterait pas. Parmi les députés agricoles sortants, Julien Dive (Aisne) va se représenter.