Les mesures annoncées par Stéphane Le Foll en septembre dernier pour soutenir les légumiers n'ont pas suffi à les apaiser. C'est dans un climat difficile et sans ministre de l'Agriculture que les producteurs réunis au sein de Légumes de France ont tenu leur congrès les 20 et 21 novembre à Lamotte-Beuvron.
Les légumiers donnent de la voix depuis septembre. Et cela ne semble pas prêt de s'arrêter. Embargo russe, fraises espagnoles en abondance sur les marchés, des conditions climatiques déplorables et des consommateurs qui ne sont pas au rendez-vous… les producteurs de Légumes de France disent « stop ». Son président, Jacques Rouchaussé, demande « une année blanche sur le plan bancaire et social » et l'abrogation du compte pénibilité qui se mettra en place au 1er janvier 2015. « Nous serons intransigeants », a-t-il scandé lors du congrès de l'association spécialisée de la FNSEA à Lamotte-Beuvron les 20 et 21 novembre.
Face aux producteurs en colère, un ministre absent. Et une directrice de la direction générale des politiques agricoles agroalimentaires et des territoires (DGPAAT), Catherine Geslain-Lanéelle, sous la pression d'un grand nombre d'interpellations. Concernant l'embargo russe, elle confirme que celui-ci devrait s'inscrire dans la durée. « Il faudra rechercher des solutions plus durables pour les productions françaises, avec des débouchés à l'export », commente-t-elle. Elle rappelle le dispositif mis en place par le ministre de l'Agriculture en septembre dernier pour aider les exploitations en difficultés : le report des cotisations MSA, un budget dédié aux fonds d'allégement des charges ; ce qui représente une première enveloppe de 8 millions d'euros.
Fin de la taxe fiscale affectée
Les producteurs veulent également un « moratoire » concernant la suppression des produits phytosanitaires « tant que des solutions efficaces ne seront pas trouvées pour les nouveaux ravageurs ». Catherine Geslain-Lanéelle rappelle que ces décisions sont prises au niveau européen.
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Pour Jacques Rouchaussé, le ministre de l'Agriculture « saborde l'innovation ». Il fustige le gouvernement qui a supprimé, via la loi de finances 2015, la taxe fiscale affectée (TFA) finançant le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL). Une cotisation volontaire obligatoire sera mise en place pour remplacer cette taxe et « l'Etat sera présent » pour accompagner la filière, a assuré la directrice de la DGPAAT.
Autre point d'achoppement : l'arrêt des cofinancements sur la promotion des fruits et légumes. Quatre organisations représentant l'amont de la filière fruits et légumes (FNPFruits, Légumes de France, FelCoop et GEFel) avaient quitté le conseil spécialisé FranceAgriMer le 12 novembre à cause de cette mesure. Une fois de plus, la directrice assure que les producteurs seront accompagnés dans cette année de transition. Elle a tout de même reconnu que le gouvernement soutenait l'investissement plutôt que la promotion des fruits et légumes. « Dans un contexte de réduction budgétaire, nous avons dû faire des choix », explique-t-elle. Désormais, « les actions de promotion seront financées par les interprofessions » et seront recentrées sur « la gestion des crises et la sollicitation des crédits européens », a expliqué FranceAgriMer dans un communiqué le même jour. Xavier Beulin, présent au congrès de Légumes de France, a tenté de rasséréner les producteurs de Légumes en rappelant que le Premier ministre était à « l'écoute des agriculteurs
Le président de la FNSEA a proposé la création d'un label basée sur une « identité méditerranéenne », lors d'une table ronde sur les relations commerciales au sein de la zone euro-méditerranée. Il s'exprimait lors du congrès de Légumes de France, le 21 novembre. Un label permettrait aux pays du pourtour méditerranéen de mieux résister aux crises et peser ainsi plus fortement dans les relations commerciales. « Nous ne pouvons plus fonctionner sur des logiques de concurrence », a commenté l'économiste Fatima El Hadad Gautier, également présente à la table ronde. Mais créer un label pourrait prendre du temps car « chaque pays devra avoir les mêmes règles du jeu sur son marché intérieur ». La question du coût du travail restant un des principaux enjeux.