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L’élevage chinois victime de ses coûts de production croissants

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Une étude de l’USDA met en évidence les coûts de production croissants de la production porcine chinoise. La faute principalement au manque croissant de fourrages domestiques et de main-d’œuvre rurale. Cette inflation expose de plus en plus l’élevage chinois aux importations, malgré les efforts du gouvernement pour améliorer la productivité du travail et diminuer les prix des aliments.

Le premier producteur et consommateur mondial de porcs – un sur deux dans le monde – connaît une augmentation structurelle de ses coûts de production, retrace une étude du ministère de l’agriculture américain (USDA), parue en janvier. Ils ont doublé entre les années 2000 et aujourd’hui (voir graphique). Cette hausse continue expose de plus en plus la Chine aux importations de viande porcine, qui ont atteint un pic en 2016, à l’occasion d’une grave crise de sous-production en 2016. La forte baisse de la production chinoise, passée de 54,87 Mt à 51,85 Mt, a permis aux importations de plus que doubler, passant de 2 % à 4 % de la consommation.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse des coûts de production : l’alimentation animale a été identifiée comme la principale source. C’est le premier poste de coût de production, et il a augmenté à mesure que les concentrés (grains, tournesols…) et les aliments commerciaux ont remplacé les fourrages traditionnels.

Des fourrages de plus en plus chers

En Chine, le prix moyen de l’alimentation pour porcs a augmenté chaque année entre 2000 et 2014 (+180 %). Face à ce phénomène, la réaction de la Chine a d’abord été de réduire peu à peu les barrières à l’importation d’oléoprotéagineux et d’autres composants depuis les années quatre-vingt-dix (voir encadré).

Plus récemment les autorités chinoises ont détendu leur politique de soutien aux prix du maïs domestique (baisse, puis suppression du prix plancher en 2016). « Un changement politique qui pourrait réduire la pression des coûts pour les éleveurs porcins ruraux », estime l’USDA. Une étude citée par l’USDA a montré que les coûts d’alimentation des éleveurs porcins chinois étaient déjà supérieurs de 20 % à ceux des producteurs américains, et que cette différence est passée à 77 % en 2014. Cette différence est notamment composée du coût de fret des États-Unis vers la Chine qui ajoute 17 à 29 % au coût du soja départ États-Unis.

Marché du travail tendu dans les campagnes

L’emploi rural est la deuxième composante de la hausse mise en avant par l’USDA. Après être devenue, au cours du XXe siècle, le premier producteur mondial de viande porcine « en dispersant les porcs dans les cours des foyers ruraux », la Chine a vu ses masses de travailleurs ruraux migrer vers les villes ces dernières décennies. Et les salaires augmenter rapidement dans les campagnes. Dans les élevages de porcs chinois, les salaires ont doublé tous les quatre ans entre 2000 et 2012, puis de 33 % entre 2012 et 2015. Toutefois le salaire moyen y reste très inférieur à ceux constatés dans les élevages américains (1,76 $ de l’heure, contre 12,54 $ aux États-Unis).

Ce phénomène de raréfaction de l’emploi rural a eu pour conséquence l’agrandissement et la spécialisation des élevages, estime l’USDA qui résume ainsi le phénomène : « La perspective d’emploi en dehors des fermes a tiré les porcs des arrières cours, et l’agrandissement et la spécialisation des élevages porcins ont progressé ». Ce phénomène devrait continuer, estime la Chine.

Un plan quinquennal aux effets incertains

L’agrandissement et la baisse des coûts alimentaires sont d’ailleurs au cœur du chapitre porcin du plan 2016-2025 du ministère de l’Agriculture chinois, note l’USDA. L’objectif principal du plan est d’augmenter la productivité pour améliorer la compétitivité des élevages, rapportent les Américains. Ce plan quinquennal appelle à augmenter la mécanisation et l’automatisation des élevages porcins, transférer la production porcine vers les régions productrices de grains et améliorer les industries qui fournissent des semences, de l’alimentation des produits vétérinaires. Il devrait notamment permettre d’améliorer l’efficacité alimentaire et la productivité du travail, estime l’USDA.

Mais l’USDA a identifié quelques effets délétères sur les coûts de production. L’agrandissement des élevages induit par exemple l’apparition de coûts de traitement des effluents qui n’existaient pas dans les petits élevages. L’USDA pointe aussi les coûts induits par la volonté du gouvernement chinois de retirer la production porcine des grandes zones urbaines et des régions du sud, vulnérables à la pollution des eaux. Un chantier colossal, comme souvent lorsque l’on parle de porc en Chine.

Soixante ans de politique chinoise du porc, selon l’USDA

1950 : Mao Zedong pousse les fermes collectives à élever des porcs comme source de fertilisant pour les cultures :

1960-1970 : les disponibilités en nourriture diminuent, les autorités privilégient les cultures à la viande ;

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coûts de production
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1980 : libéralisation marchande du secteur agricole, dont l’élevage ;

1985 : Hu Yaobang pousse la croissance de l’élevage de porcs, pour ajouter de la protéine dans l’assiette des Chinois et améliorer la fertilisation des cultures ;

1994 : libéralisation des importations de tourteaux de soja et d’autres ingrédients riches en protéine ;

1999 : libéralisation des importations de soja ;

2001 : l’intégration à l’OMC réduit les tarifs d’importations sur le porc ;

2006 : programme quinquennal de modernisation de l’élevage porcin ;

2007 : Premières subventions à la production de porc ; épidémie de SRRP qui attire l’attention des autorités sur la modernisation du secteur ;

2009 : lancement d’un programme de stabilisation des prix du porc par l’achat et le stockage de produits congelés ;

2011 : un virus cause de graves mortalités chez les porcelets ;

2013 : WH group rachète Smithfield ;

2014 : création de régulations limitant les émissions de déchets des élevages ;

2015 : conférence nationale organisée par le ministère de l’Agriculture sur la modernisation de l’élevage. Un objectif de 52 % des porcs engraissés dans des ateliers de plus de 500 têtes est fixé pour 2020 ;

2016 : le plan quinquennal pour l’agriculture fixe des objectifs d’augmentation de l’échelle des élevages, de valorisation des effluents, de relocalisation des élevages, d’amélioration de la chaîne du froid, de traçabilité et de coordination dans la filière.