Abonné

Intempéries L’élevage sous la pression de la vague de froid

- - 5 min

La température est descendue très bas durant la deuxième semaine de janvier. La neige et le gel ont causé de nombreux dégâts dans les élevages en France. Etat des lieux après le dégel.

Une vague de froid a ravagé la France durant la deuxième semaine de 2010, et tout particulièrement l’Ouest. Après la paralysie de l’économie agricole en Bretagne à cause de la neige, c’est l’heure du bilan. « Il faut que l’ensemble de la profession agricole invente un dispositif de gestion de crise météo pour ne plus être dépassé par les événements, comme ça été le cas pendant une semaine », estime Laurent Morin, directeur de l’AFAB, l’association bretonne des fabricants d’aliments du bétail. L’Etat et les départements ont dégagé en priorité les axes principaux et un peu plus tard les axes secondaires, alors que c’est le long de ces routes que l’économie agricole est installée. L’est du Finistère, la moitié nord des Côtes d’Armor et le nord-ouest de l’Ille-et-Vilaine ont difficilement composé avec d’épaisses couches de neige. Partout l’entraide a été importante mais souvent insuffisante.
Dans le Sud-Ouest, la situation n’était pas moins complexe à gérer. « Le froid a causé des dégâts au niveau des jeunes animaux, qui ont souffert du froid, explique Christian Fourcade, président de la FDSEA Hautes-Pyrénées. Mais aussi au niveau de l’abreuvement car les canalisations étaient gelées. On est descendu à -10°C voire -12°C ce qui a causé des difficultés de déplacement des vétérinaires. »

La production laitière anéantie
« La viande a néanmoins été moins touchée que le lait », explique Denis Follet, conseiller spécialisé en élevage bovin à la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor. Pour livrer les aliments, enlever les animaux ou ramasser le lait dans des exploitations coupées du monde, les opérateurs ont rivalisé d’ingéniosité. « Sur les dernières centaines de mètres d’accès à la ferme, les tracteurs venaient tirer les camions de collecte », explique-t-on au service collecte de Laïta. Mais tout le monde n’a pas vu le camion de ramassage du lait. Dans les Côtes d’Armor, jeudi 14 janvier, la FDSEA listait, canton par canton, les manque à gagner et dégâts occasionnés par la neige et le gel : bâtiments ou toitures effondrés, fissures apparentes au moment du dégel qui a commencé mercredi 13 janvier. Dans un communiqué, la Confédération paysanne des Côtes d’Armor ajoute que des éleveurs ont même dû jeter du lait compte tenu de l’interruption de la collecte laitière. Des points de ramassages collectifs ont été organisés par les éleveurs. Selon le syndicat, la direction d’Entremont souhaite que les 3 à 4 millions de litres de lait ramassés dans ces conditions soient déclassés en beurre et poudre et payés 260 euros les 1000 litres aux producteurs, soit 30 euros de moins que le « prix déjà très bas de 290 euros prévu par l’interprofession ». La Confédération paysanne des Côtes d’Armor a qualifié d’« inacceptable (le fait) d’imputer unilatéralement ce rabais aux producteurs qui n’ont pas failli à leur responsabilité ».

Complications en chaîne
Les intempéries ont entraîné une série d’autres ennuis. « On se bat avec les intempéries, explique Jean Charles Oisel, responsable communication de la coopérative bretonne Le Gouessant. Mais en plus on doit se battre avec la réglementation. Il faut jongler avec les interdictions de rouler. On a dû demander des dérogations. C’est pas simple ! » Et une fois la vague de froid passée, d’autres complications se sont accumulées, comme l’explique Sylvie Conan, conseillère en aviculture de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor. « Ensuite, il y a eu les problèmes d’enlèvement de volailles pour les amener à l’abattoir, à cause de la circulation. » Situation identique en production porcine : les retards à l’enlèvement se sont multipliés parce que les camions de ramassage ne pouvaient atteindre l’élevage, ou bien en raison du ralentissement de l’industrie porcine, laquelle ne parvenait pas à faire partir ses produits finis. Les deux raisons conjuguées « ont fait progresser le poids des carcasses de porcs, passé de 90 à 93 kilos environ », explique-t-on chez Porc Armor, important groupement de producteur des Côtes d’Armor – 700 éleveurs, 1,5 million de porcs produits par an. Le président de la FDSEA des Côtes d’Armor avait le secret espoir, jeudi 14, que les secteurs les plus touchés puissent bénéficier du régime de catastrophe naturelle.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.