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Enquête L’emploi dans l’agriculture : un regain très modéré

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Malgré une augmentation des « intentions » de recrutement pour 2012, après une année 2011 pour le moins fragilisée, les créations de postes souhaitées devraient avoir du mal à se réaliser en raison des difficultés économiques persistantes, d’après une enquête FNSEA-Ifop.

Le nombre moyen de salariés en CDI par employeur a été inférieur à deux en 2011 et le niveau d’emploi saisonnier a été bas, à 8,5 CDD en moyenne par employeur (contre 9,25 en 2010), selon une étude réalisée sur « l’emploi en production agricole » par la FNSEA et l’Ifop, parue en avril 2012. Cela traduit un niveau d’emploi plutôt faible en 2011 qui serait essentiellement dû au secteur des fruits et légumes. En trois ans, près d’un poste en CDI et plus de deux postes en CDD, par employeur, ont en effet été détruits au sein de ces deux filières. Un constat préoccupant pour les maraîchers et arboriculteurs qui, à la suite de crises successives, ont du faire des choix, jusqu’à celui de privilégier l’emploi saisonnier au détriment du permanent, dès que cela fut possible, a notamment déclaré la présidente des producteurs de Légumes de France lors du congrès de la FNSEA, le 28 mars, à Montpellier, « ce qui ne plaide pas en faveur d’une agriculture durable sur le plan social et de l’emploi ». Reste à savoir s’il s’agit de simples modalités d’ajustement à des pointes d’activité momentanées ou d’une nouvelle politique de gestion du personnel pour faire face à une concurrence de plus en plus âpre. 2012 tend vers la deuxième position. Si le baromètre de conjoncture agricole FNSEA-Ifop affiche une « accalmie économique agricole » en ce début d’année avec notamment 12% des exploitants agricoles qui ont recruté au moins un salarié cet hiver, la majorité l’ont fait en CDD dans le cadre de travaux saisonniers. C’est le cas de près de 30% des arboriculteurs, des viticulteurs mais également de près de 25% des maraîchers et des horticulteurs.

Des intentions d’embauche à la hausse...

D’après l’enquête, 8% des exploitants auraient « l’intention » de recruter au moins un salarié en CDI au cours du printemps, avec parmi eux, en tête, les horticulteurs : 18% déclarent souhaiter engager au moins un salarié en CDI. Une attention qui surprend cependant Dominique Boutillon, la présidente de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP), et qui ne s’explique, selon elle, qu’en raison d’une année 2011 « très défavorable » : « Des collègues n’ont pas du tout pu embaucher en 2011 et il est possible qu’ils aient l’intention de le faire en 2012 pour combler ce déficit de personnel, mais de là à pouvoir le faire... Cette dernière semaine d’avril sera décisive », après notamment un mois de février 2012 « calamiteux » et un nouvel épisode de gel survenu en avril. Les exploitants souhaiteraient avant tout engager de nouveaux employés pour alléger leur charge de travail, mentionne l’enquête FNSEA-Ifop et recherchent pour cela des profils « diplômés ». Cela concerne plus de 60% des intentions d’embauches en CDI. Pour les deux tiers de CDD en revanche, aucun diplôme n’est exigé. Ce qui ne signifie pas une fin en soi, puisque pour le secteur des fruits et légumes, près de 60% des employeurs déclarent que leurs salariés permanents ont été saisonniers avant de signer un CDI. D’ailleurs, parmi ceux qui souhaitent recruter un salarié en CDI, deux sur trois affirment que ce recrutement pourrait être effectué avec l’un des salariés en CDD de l’exploitation. L’enquête rappelle que la quasi-unanimité des employeurs recrute via leurs proches ou leurs relations professionnelles avant de s’adresser à Pôle emploi auquel 13% des employeurs ont recours.

... mais des intentions rarement réalisables

D’après l’enquête, les créations de postes projetées ne pourront cependant toutes se réaliser, notamment pour les producteurs de fruits, de légumes et de fleurs, en raison des difficultés économiques de ces trois filières. 45% des exploitants expliquent en effet qu’ils ne peuvent embaucher faute de moyens financiers suffisants. A contrario, de « notables » difficultés de recrutements sont enregistrées notamment en élevages porcins (pour les CDI) et avicoles (CDI aussi), où les employeurs peinent à rencontrer des salariés dotés des compétences nécessaires. Même phénomène en horticulture et maraîchage (pour les CDD). Si les difficultés de recrutement en CDI se résolvent dans 52% des cas par un temps de recrutement allongé, ce ne peut être le cas des CDD, calés sur les saisons. Les employeurs finissent ainsi par recruter des salariés dont le profil n’est pas forcément celui recherché initialement.

Les propositions des deux candidats à l’Elysée pour l’emploi

Au cours de l’enquête, les exploitants ont majoritairement dénoncé le poids des charges d’exploitation, du coût du travail et de la réglementation (sanitaire et environnementale) comme principales entraves au recrutement. Les maraîchers, les arboriculteurs et les horticulteurs ont quant à eux ajouté la concurrence étrangère (lire p.55). Enfin, plus de 75% des exploitants déclarent que le gouvernement ne prend globalement pas en compte leurs préoccupations d’exploitants agricoles. Rappelons que les deux candidats à l’Elysée se sont prononcés en faveur d’une réforme de la politique de l’emploi. Mais, pour Nicolas Sarkozy, cela se concrétise par un allègement du coût du travail avec pour contrepartie une augmentation de la TVA en vue de financer la protection sociale – la mesure devrait profiter à 94% des exploitations agricoles, selon le président sortant. François Hollande, qui s’est prononcé contre l’augmentation de la TVA – un frein, selon lui, à la consommation –, préconise en revanche de « faire appel au capital et de taxer davantage la pollution » pour alléger le coût du travail. Il défend également l’introduction d’un critère lié à l’emploi dans l’attribution des aides de la Pac, qui dépend actuellement du nombre d’hectares. Le candidat socialiste a aussi plaidé en faveur ces derniers jours d’une revalorisation du Smic. Le 1er mai, qui s’annonce très politisé, sera sans nul doute l’occasion pour les deux postulants d’à nouveau faire valoir leur politique en matière de travail et d’emploi.

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