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Viandes L’engouement pour l’éthanol perturbe la production américaine

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Depuis 2005, le boom de la production d’éthanol vient modifier les habitudes d’élevage dans les exploitations américaines. Dans une récente étude, l’Institut de l’élevage souligne un certain nombre de problèmes, à commencer par une baisse des disponibilités en maïs pour les élevages et la hausse du coût des aliments. Les porcs, de par leur alimentation, sont davantage touchés que les bovins.

L’engouement généralisé et soudain pour l’éthanol aux Etats-Unis perturbe les productions animales. C’est ce que révèle une récente étude du groupe d’économie du bétail (Geb) de l’Institut de l’élevage, présentée le 14 mai. En l’espace de 3 ans, la production américaine d’éthanol est passée de 11 millions de m 3 pour 3 millions d’hectares de maïs en 2003 à 45 millions de m3 pour 6 millions d’ha en 2006. Selon les prévisions de l’USDA, elle devrait atteindre 12 millions de m 3 en 2010 pour 12 millions d’ha occupés. Conséquences directes de cette envolée : une baisse des disponibilités en maïs pour les élevages et l’arrivée massive de co-produits sur le marché de l’alimentation animale.

Co-produits de maïs

Dans la zone du Corn Belt (Iowa et Illinois principalement), « l’implantation massive d’usines d’éthanol provoque une baisse des disponibilités en maïs destinés à l’alimentation animale », constate l’Institut de l’élevage. Cette baisse a des répercutions différentes selon les espèces, mais aussi suivant leur localisation. Selon le Geb, les principaux bénéficiaires devraient être les bovins pour l’engraissement, gros consommateurs de maïs grain et pour lesquels la substitution par les drêches de maïs peut être importante et représenter 40 % de la ration totale. Mais la répartition actuelle des feedlots (élevages intensifs d’engraissement de bovins), assez différente de la Corn Belt, limite quelque peu cet avantage. En revanche, les porcs et les volailles sont beaucoup plus touchés par le développement de l’éthanol. Avec des rations comprenant 2/3 de maïs grain, les quantités de co-produits pouvant être valorisées dans leurs rations sont faibles, de l’ordre de 10 % quelle que soit la forme, sèche ou humide, souligne l’Institut de l’élevage. « Et ce d’autant plus que l’essentiel de l’engraissement de porcs se fait dans l’Iowa, premier Etat producteur de maïs, mais dont les usines de maïs-éthanol déjà en place ou en projet devraient absorber 140 % de la production annuelle moyenne », ajoute l’étude.

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Hausse des prix de l’alimentation

Autre conséquence du développement fulgurant de la production d’éthanol : l’envolée des prix des terres agricoles. « Alors que le prix des terres a triplé depuis la fin des années 80, le phénomène s’accentue actuellement, grèvant les coûts de production des cultures malgré une productivité du travail élevée », constate le Geb. Au-delà des difficultés de disponibilités ou d’accessibilité aux co-produits selon les régions et les productions, se pose le problème de la hausse des prix de l’alimentation animale, via le maïs et le soja. L’Institut de l’élevage prévoit que cette augmentation du prix de l’aliment perdure pendant la prochaine décennie. Mécaniquement, cela pourrait entraîner une réduction de la durée d’engraissement, une plus forte pression exercée sur le prix du maigre, impliquant un ralentissement de la production, avant une restauration des profits des exploitations.

Pour plus d’informations : La viande bovine aux USA et l’impact de la filière éthanol — Dossier Economie de l’élevage n°378a, mai 2008 — Edité par l’Institut de l’élevage (Technipel) — Prix 25 euros — http : //www. inst-elevage. asso. fr ou téléphone : 01 40 04 51 71