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Union européenne L'environnement s'améliore – trop lentement – en Europe

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Le constat de l'Agence européenne de l'environnement est sévère : malgré des améliorations l'UE n'atteint pas ses objectifs environnementaux, notamment en matière de biodiversité, de qualité de l'eau et de l'air. Si elle veut redresser la barre, elle devra revoir en profondeur ses modes de production, en particulier agricole.

L'Europe n'a pas atteint ses objectifs environnementaux, notamment en matière de biodiversité et de qualité de l'air, et doit revoir ses modes de production (agricole entre autres) et de consommation si elle veut les atteindre. Telles sont les conclusions du rapport quinquennal de l'Agence européenne pour l'environnement « L'environnement en Europe – État et perspectives 2015 » publié le 2 mars. Bien que nous exploitions les ressources naturelles de manière plus efficace qu'auparavant, et que nous en dépendions totalement, nous continuons à les dégrader tant en Europe que dans le reste du monde, déplorent les auteurs. Ainsi, dans l'UE, une forte proportion d'espèces protégées (60%) et de types d'habitats (77%) sont considérés comme étant en état de conservation « défavorable », et l'Europe n'est pas sur la bonne voie pour atteindre son objectif global d'enrayer la perte de biodiversité d'ici 2020. Et « si l'on se projette dans le futur, les incidences du changement climatique devraient intensifier les pressions et les impacts, tandis que les moteurs sous-jacents de la perte de biodiversité devraient persister », souligne le rapport. Autre constat : la qualité de l'eau douce s'est améliorée ces dernières années mais pour environ la moitié des masses d'eau douce européennes l'UE ne parviendra probablement pas à un « bon état écologique » en 2015.

Forte diminution des oiseaux et papillons en milieu agricole

Dans le secteur agricole, l'état des lieux est sensiblement le même : des améliorations sont observées (baisse de 22% des émissions de gaz à effet de serre depuis 1990, diminution de l'utilisation des pesticides, amélioration de la qualité des eaux) mais elles sont insuffisantes. En effet, les nouveaux pesticides utilisés, dont les principes actifs sont plus concentrés, conduisent à une diminution du volume d'utilisation mais l'impact environnemental n'est pas réduit. Depuis 1990, le nombre d'oiseaux communs des champs a diminué de 30% en Europe, et sur la même période les populations de papillons des prairies ont chuté de près de 50%. Le verdissement des aides directes dans le cadre de la réforme de la Pac pourrait bénéficier à l'environnement et à la biodiversité en particulier, mais cela dépendra des modalités de mise en œuvre, « notamment du fait la flexibilité supplémentaire accordée aux États membres et aux agriculteurs », note l'Agence européenne de l'environnement. L'Agence avance également quelques propositions. Elle suggère de protéger les terres agricoles à haute valeur naturelle qui se caractérisent par une forte proportion de végétation semi-naturelle et une agriculture de faible intensité. Compte tenu des services écosystémiques et des biens publics générés par les systèmes agricoles qui maintiennent ces zones, et les pressions socio-économiques auxquelles elles sont confrontées (les poussant à intensifier ou abandonner leur production), il conviendrait de les protéger, estiment les auteurs du rapport. D'autant que la production d'énergie renouvelable et de biocarburants renforce le risque de conversion de ces écosystèmes naturels ou semi-naturels, soit pour la production de biocarburants soit pour la production d'autres cultures qui auraient été déplacées par les biocarburants.

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De manière générale, le rapport juge donc insuffisant le niveau d'ambition de la politique européenne environnementale actuelle si l'UE veut atteindre ses objectifs à long terme. Par exemple, la réduction des émissions de gaz à effet de serre actuelle est trop faible pour mettre l'UE sur la voie de son objectif de 2050 de baisser ses émissions de 80-95%. Des politiques plus ambitieuses sont donc nécessaires ainsi que de meilleures connaissances et investissements afin de transformer en profondeur les systèmes clés que sont l'alimentation, l'énergie, le logement ou encore le transport.

« Ce rapport doit être notre étoile à suivre pour orienter nos politiques », a affirmé le commissaire à l'environnement, le Maltais Karmenu Vella, le 3 mars pour sa première conférence de presse depuis sa prise de fonction en novembre. Mais il s'est refusé à tout engagement précis. Il a quand même identifié quatre domaines dans lesquels la Commission devra faire des progrès en 2015: l'économie circulaire, la nature et la biodiversité, la gouvernance des océans et de qualité de l'air. Sur ce dernier point, Bruxelles a maintenu ses propositions législatives qui prévoient notamment de réduire de 30% les émissions d'ammoniac de l'UE (1).

(1) Voir n° 3485 du 23/02/2015