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Mission parlementaire sur les OGM Les académiciens se montrent très modérés

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La première réunion publique de la récente mission parlementaire sur les OGM s’est tenue le 15 décembre dans une annexe de l’Assemblée nationale. Les membres des Académies des sciences, d’agriculture, des technologies, de médecine et vétérinaire y ont été auditionnés, se montrant particulièrement prudents dans leurs propos à l’égard des OGM. Les questions de coexistence, de séparation des filières, de sécurité sanitaires ont, entre autres, été abordées. La mission rendra ses conclusions en avril 2005.

Auditionnés le 15 décembre dans le cadre de la mission d’information sur les OGM de l’Assemblée nationale, dont Jean-Yves Le Déaut (socialiste, Meurthe et Moselle) est le président et Christian Ménard (UMP, Finistère) est le rapporteur, les membres des Académies des sciences, d’agriculture, des technologies, de médecine et vétérinaire se sont montrés particulièrement prudents à l’égard des OGM. C’était la première audition ouverte au public de cette mission, après une série d’auditions privées qui ont eu lieu depuis un peu plus d’un mois. De nombreux intervenants ont déjà été auditionnés à huis clos, avec peut-être une impression de déjà vu puisqu’elles ont eu lieu dans une annexe de l’Assemblée nationale, à l’endroit même où s’est tenue la Conférence des citoyens en 1998. Les conclusions de cette conférence, saluée par Jean-Yves Le Déaut comme un modèle d’équilibre, n’ont jamais été réellement écoutées par les pouvoirs publics. Six ans plus tard, une nouvelle commission est nommée avec cette fois de nouveaux enjeux. Outre le principe même de la culture des OGM, ce sont les questions des essais et de la coexistence qui devraient être au cœur des débats. Sur tous ces points, les académiciens se sont montrés particulièrement mesurés, loin des certitudes et des affirmations péremptoires dont certains scientifiques sont coutumiers. Parmi eux, Roland Douce a coordonné le rapport de l’Académie des sciences remis en 2002, particulièrement accommodant vis à vis des OGM. Il n’a pas oublié les attaques dont il a fait l’objet à l’époque, ses détracteurs lui reprochant sa partialité sur le sujet pour avoir dirigé une unité mixte de recherche Rhône Poulenc/CNRS. « J’ai vraiment été au plus mal. A un moment, j’ai envisagé de quitter la France », a-t-il confié. Devant les parlementaire, il s’est montré particulièrement mesuré, plaidant pour « une introduction raisonnée et prudente au cas par cas des plantes génétiquement modifiées».

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« Essayez d’expliquer aux musulmans que la viande de porc est bonne pour eux »

Pierre Feillet, membre de l’Académie des technologies, a pour sa part mis en garde contre une approche trop scientiste, qui ne prendrait pas en compte les impacts sociétaux. Selon lui, « se limiter au débat technique avec les OGM, ne sert à rien. Cela revient à expliquer à des musulmans que la viande de porc est saine et qu’ils peuvent en manger sans crainte». Il s’est également dit « persuadé que les scientifiques sont incapable de communiquer avec le grand public ». Jean-Claude Mounoulou, membre de l’Académie d’agriculture, a de son côté plaidé en faveur de « règles claires qui séparent les filières ». Cet aspect a fait l’objet d’un traitement spécial, sachant que le gouvernement est censé se prononcer prochainement sur les règles de coexistence. Il a été aussi question de sécurité sanitaire. La députée socialiste des Deux-Sèvres Geneviève Perrin-Gaillard, s’est ainsi étonnée qu’aussi peu de recherches en toxicologie avaient été menées sur les OGM. « La toxicologie française est sinistrée », lui a répondu Pierre Feillet, approuvé par ses collègues. La création d’une autorité scientifique spécifique OGM, qui rassemblerait les compétences de la Commission du génie biomoléculaire, de la Commission du génie génétique et de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments a également été évoquée. Christian Ménard a particulièrement insisté sur ce point, ce qui laisse présager une proposition dans ce sens. Quatre tables rondes publiques seront organisées début 2005, qui seront suivies de cinq tables rondes contradictoires. La Commission se rendra ensuite dans les départements du Puy-de-Dôme et de Haute-Garonne, puis à Bruxelles, en Espagne, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. Elle rendra ses conclusions et propositions courant avril 2005.