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Subventions Les aides américaines créeraient plus de distorsions que la Pac

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La politique agricole des États-Unis provoquerait plus de distorsions de marché que la Pac, bien que celle-ci verse plus d’aides que la politique agricole américaine. C’est ce qu’a voulu démontrer une étude réalisée par Alexandre Gohin, chercheur en économie à l’Inra de Rennes,

Les Américains ont recours à des aides « qui perturbent plus fortement les marchés et faussent la concurrence ». Ces aides prennent la forme de marketing loan, de paiements anti-cycliques, de subventions à l’assurance-récolte et à l’assurance-revenu, selon Alexandre Gohin. Le gouvernement américain alloue les subventions à des secteurs directement liés à l’exportation, comme le blé et le coton, encourageant ainsi la surproduction, selon le chercheur. « Le niveau global de l’ESP (estimation du soutien aux producteurs, instrument de mesure utilisé par l’OCDE et l’OMC) n’est donc pas un bon indicateur des distorsions économiques créées par les politiques agricoles : c’est sa composition qui compte », résume l’auteur de l’étude.

L’UE et les pays en développement pâtissent des aides américaines

L’étude réalisée par Alexandre Gohin compare les conséquences d’une suppression totale des subventions et des protections à l’importation dans le secteur des grandes cultures (céréales, oléagineux, coton) dans l’UE et aux États-Unis. Les simulations ont été effectuées sur la base des soutiens accordés en 2001. Cette année-là, l’ESP des céréales et oléagineux dans l’UE à 15 était supérieure de 27 % à celle des États-Unis. En voici les conclusions :

– Les producteurs de grandes cultures européens pâtissent nettement plus du soutien américain (564 millions de dollars) que les producteurs américains ne pâtissent du soutien européen (11 millions de dollars).

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– Les producteurs de grandes cultures des pays extérieurs aux deux blocs subissent davantage de préjudice de la part de la politique agricole américaine (5,9 milliards de dollars) que de la Pac (4,3 milliards).

– Les producteurs de grandes cultures des pays en développement d’Afrique et d’Asie (hors Inde et Chine) et des pays en transition (Russie et Ukraine) souffrent globalement à cause de la politique agricole américaine, d’un manque à gagner (2,5 milliards de dollars, selon GTAP), sensiblement inférieur à celui dû à la Pac (1,6 milliard).

Où sont versées les aides

Pourquoi ces différences ? Parce qu’il faut surtout considérer l’endroit où sont injectées les aides. Les Américains ciblent leurs aides sur des outils liés à la production, comme les marketing loan, outils qui jouent le rôle de prix d’intervention. De plus, ils produisent plus de grandes cultures que l’UE. Enfin, ils sont exportateurs majeurs de coton et concurrencent sévèrement les pays africains. Ces simulations sous-estiment les effets de la politique américaine et surestiment l’impact de la Pac, car elles sont fondées sur les soutiens accordés en 2001. Or depuis cette date Washington a renforcé les aides aux grandes cultures dans le Farm Bill de 2002, alors que l’UE est allée vers plus de découplage des paiements directs dans sa réforme de 2003.