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Politique agricole Les Américains vont s’accrocher à leur Farm Bill

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Les Américains sont-ils prêts à réduire leurs soutiens agricoles pour aller dans le sens d’un accord international sur le commerce ? Rien n’est moins sûr. Quelques semaines après la victoire démocrate aux élections parlementaires US et alors que les prémisses d’une reprise des négociations donnent un peu d’espoir au directeur général de l’OMC Pascal Lamy, les Américains ne donnent pas vraiment de signe de bonne volonté. Les démocrates réputés plus proches des intérêts agricoles, n’entendent pas fondamentalement remettre en cause l’actuelle loi agricole mise en place par l’administration Bush. Les rédacteurs du Farm Bill de 2007 veulent défendre les intérêts des agriculteurs avant tout.

Après 5 ans de bons et loyaux services, le Farm Bill américain de 2002 pourrait bien… jouer les prolongations. Ou plutôt, son jeune frère de 2007 pourrait lui ressembler comme un clone. Ceux qui espèrent une réduction des soutiens agricoles américains afin de rentrer dans les clous de la négociation mondiale à l’OMC pourraient en être pour leurs frais. Les marketing loans, subventions contracycliques, target price et autres aides jugées contraires aux exigences d’un accord à l’OMC risquent de durer.

Plusieurs raisons militent pour le maintien des grandes lignes du Farm Bill actuel.

Le Parlement tient la plume

En premier lieu, les démocrates, devenus majoritaires dans les deux chambres des États Unis (Chambre des Représentants et Sénat) sont réputés pour être plus proches des intérêts agricoles que les républicains. Collin Peterson, un élu démocrate du Minnesota, élevé dans une exploitation agricole, devrait prochainement présider la Commission pour l’agriculture de la Chambre des Représentants. Or, il a bien l’intention de ne pas faire fondamentalement évoluer les règles du jeu pour les agriculteurs. « Le Farm Bill actuel est très apprécié des fermiers américains », insiste Collin Peterson, confirmant qu’il n’a pas l’intention d’en changer les grandes lignes. Or, c’est bien lui et son homologue du Sénat qui tiendront la plume. En matière agricole, rappelle Ralph Ichter, consultant des organisations agricoles françaises basé aux États Unis, ce n’est pas la présidence des États-Unis qui décide, ce sont les commissions agricoles des assemblées. Même en 2002, rapppelle-t-il, aux beaux jours de l’administration Bush, la loi agricole du moment fut rédigé par ces commissions agricoles, abandonnant les idées de découplage des aides qu’auraient voulu adopter les proches de George W. Bush.

Hausse des prix

En second lieu, il faut compter avec la forte progression des prix agricoles au niveau mondial, hormis ceux de quelques productions comme le coton. Grâce à cette hausse, le budget américain réalise des économies considérables. La raison : les principales aides consistent en une compensation de l’écart entre un prix directeur fixé en fonction des coûts de production US et les prix de marché. Quand les prix de marché sont bas, le gouvernement doit dépenser des budgets considérables ; quand ils sont élevés, la dépense est beaucoup plus faible. « Les prix élevés actuels permettent à l’État de faire des économies», confirme Collin Peterson. Or, ce genre de situations n’a jamais incité les congressistes à supprimer les aides mais au contraire à en justifier le maintien. De plus, l’effet de distorsion de concurrence à l’égard des autres pays du monde s’atténue et le Farm Bill peut être moins sujet à critique de la part des négociateurs de l’OMC. Du coup, la hausse des prix agricoles mondiaux, contribuant au maintien du Farm Bill, risque bien de ne pas être favorable à un accord à l’OMC. Ce n’est pas l’avis de Pascal Lamy, pour qui « les négociateurs à l’OMC raisonnent à moyen terme et ne se réfèrent pas aux prix de marché du moment».

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Elections fin 2008

En tout cas, toutes ces raisons font que le Farm Bill a peu de chance d’être fondamentalement bouleversé. D’autant qu’en 2007, on sera à un an tout au plus des prochaines élections présidentielles, et qu’il est peu probable que les hommes politiques US prennent le risque de profonds changements (Le Farm Bureau, un des deux principaux syndicats agricoles, aurait même souhaité qu’une loi temporaire soit votée pour un an, décalant à 2008, juste avant la présidentielle, la conception d’un nouveau texte pour 5 ans). Après une analyse circonstanciée des conditions de création du prochain Farm Bill, Ralph Ichter est persuadé que les mécanismes actuels perdureront, moyennant quelques adaptations. Collin Peterson évoque même un renforcement de « l’assistance aux agriculteurs victimes de catastrophes naturelles telles que les inondations, sécheresses ou incendies ». Quelque chose qui n’est pas très loin des paiements contra-cycliques. Quant aux espoirs mis par certains dans l’assurance récolte, les rédacteurs de la future loi agricole ne semblent pas faire de ce mécanisme une priorité. Celle-ci coûte encore cher au budget de l’Etat, tout en étant moins efficace que des aides directes… qui sont en baisse du fait des marchés.

Rééquilibrage des prix

Alors, quelles seront les modifications au Farm Bill actuel ? Peut-être une amélioration des prix d’objectif pour le blé et le soja, ces deux productions n’ayant pas beaucoup profité du Farm Bill actuel. Ce rééquilibrage des prix pourrait faire rendre acceptable une réduction légère des avantages accorddés aux cotonniers, une façon de faire un geste envers les pays africains, lourdement pénalisés par la politique de soutien américaine. Une forte pression existe aussi de la part des producteurs horticoles et viticoles pour une amélioration de leurs aides.

À cet ajustement s’ajouteraient des efforts particuliers pour la production de biocarburants. Collin Peterson semble en faire une priorité. Au-delà des aspects « dans l’air du temps » de cette politique, les biocarburants ont pour grand avantage de maintenir des prix élevés pour le maïs, principale source d’éthanol outre-Atlantique. Or, ces prix élevés permettent justement de réduire les dépenses de marketing loan de la part du budget américain.