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Les amidonniers demandent « les mêmes règles entre concurrents »

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Secteur qui exporte les trois-quarts de sa production, l’amidonnerie française demande des conditions plus « équilibrées » de concurrence, a indiqué l’Union des syndicats des industries des produits amylacés (Usipa) à son assemblée générale le 21 septembre. Cette équité attendue concerne autant les accords commerciaux avec les concurrents géants des pays tiers, inégaux sur le plan réglementaire, que la valorisation de l’énergie, insuffisamment encouragée en France.

« La concurrence est de plus en plus frontale » avec des géants de l’amidonnerie comme les États-Unis, la Chine, le Brésil, a déclaré Yves Bélégaud, président de l’Usipa. Elle s’est intensifiée par les derniers accords de libre-échange. Ces pays disposent de matières premières à bas coûts, or la matière première (blé, maïs, pomme de terre) représente 40 % des coûts de production de l’amidonnerie.

"Évitons l’étouffement normatif »

De plus, les conditions réglementaires entre l’UE et ses compétiteurs sont « inégales ». « Nous avons besoin de facteurs de compétitivité, pour cela évitons l’étouffement normatif », a lancé Yves Bélégaud à Catherine Geslain-Lanéelle, la directrice de la DGPE (Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises du ministère de l’Agriculture).

Toujours à propos de l’exportation, la chambre syndicale des amidonniers se soucie des conséquences du Brexit sur l’important marché britannique pour les amidonniers français. « Nous souhaitons évoluer vers une union douanière entre l’UE et le Royaume-Uni », a précisé le président de l’Usipa. Le marché britannique représente 8 % des exportations de l’amidonnerie française, soit environ 180 M€.

Encourager davantage la co-génération

Un autre levier important de la compétitivité étant aussi l’énergie, qui représente 15 % % des coûts de production de l’amidonnerie, l’Usipa souhaite des soutiens plus incitatifs à la co-génération (production d’électricité avec valorisation de la chaleur). Pour l’instant dans ce domaine de la co-génération « la fiscalité est inadaptée » et explique en grande partie le retard français par rapport à la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et le Royaume-Uni. « Notre industrie est énergivore (elle consomme 25 % du gaz et 25 % de l’énergie utilisée par l’industrie agroalimentaire). Nous cherchons à réduire notre consommation d’énergie, à tous les niveaux nous cherchons à faire des économies ». Les amidonniers sont en effet les spécialistes de la valorisation optimale : ils utilisent en premier les produits à valeur ajoutée, destinés à l’alimentation humaine, et ensuite, en cascade, les produits destinés aux cosmétiques, à la pharmacie, à l’industrie chimique, à la papeterie-cartonnerie. Et en bout de chaîne ce qui a peu de valeur est transformé en éthanol. Schématiquement, l’amidonnerie ne jette rien, elle trouve toujours une valorisation à tout sous-produit.

Les amidonniers de plus en plus intéressés par la valorisation de la protéine

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Illustration de la propension de l’amidonnerie à extraire le maximum de produits nobles, la profession est de plus en plus intéressée par la valorisation de la protéine pour l’alimentation humaine. « La fraction protéique que nous extrayons du blé représente plus de 30 % du prix d’achat du blé. Sans cette composante il n’y aurait pas d’amidonnerie viable », a expliqué Yves Bélégaud. La protéine est tellement recherchée pour l’alimentation humaine que le secteur des oléagineux se demande lui-même si la sélection variétale du colza, qui a jusque-là réussi à porter la teneur en huile des graines de 40 à 45 %, ne ferait pas mieux maintenant de chercher à augmenter la teneur du colza en protéine, a fait remarquer Yves Delaine, directeur général délégué du groupe Avril et président de la Fédération nationale des corps gras (FNCG).

Schématiquement, l’amidonnerie ne jette rien, elle trouve toujours une valorisation à tout sous-produit

Philippe Mangin : « l’agriculture française est en panne, c’est un problème de compétitivité »

Lors de la table ronde organisée par l’Usipa à son assemblée générale, Philippe Mangin, président du groupe coopératif In Vivo et vice-président de la région Grand Est, a ouvert le feu de la discussion en commençant ainsi son intervention : « Je suis persuadé que l’agriculture française est en panne, notamment parce que nous sommes dépassés par la concurrence farouche qui nous vient non plus seulement des États-Unis, du Brésil et de la Chine, mais de nos voisins, même de petits pays comme les Pays-Bas. C’est un problème de compétitivité ».

Or, « partout, chez les élus des régions, on me dit que l’avenir, c’est seulement les niches, le bio et l’approvisionnement des cantines par les exploitations locales », s’est-il emporté. De même, la mise en avant des semences paysannes par un partenariat de Carrefour « balaie toute l’innovation qu’a permise la génétique. Serions-nous revenus des Gaulois repliés sur nous-mêmes ? ». Face au doute vis-à-vis de la force de frappe agroalimentaire « que le monde entier nous envie », « il faut qu’on se concentre sur l’objectif de compétitivité », a-t-il martelé, et pour cela « il y a obligation de moderniser nos exploitations et nos usines, c’est-à-dire de mettre le paquet sur l’investissement ».

Patrick Ferrère, délégué général du think tank Saf agr’iDées, est allé dans le même sens, en dénonçant une attitude qui consiste à « jeter l’opprobe sur la pépite qu’est la semence française ». L’Inra « est l’un des premiers instituts de recherche du monde, or l’État en a quasiment honte ». Une voie pour accroître la compétitivité française serait de moins produire de matière première et de faire davantage de transformation, jusqu’au produit final « à manger et à boire », a-t-il suggéré.