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Les associations désertent le Varenne

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Seules FNE et le Réseau Action climat auraient été invitées par le ministère de l’Agriculture à participer au Varenne. Dans un contexte de relations tendues avec Julien Denormandie, les deux organisations auraient décliné, avec le soutien de l’ensemble des associations de protection de l’environnement.

« Pour s’adapter au changement climatique, il ne suffira pas de miser sur les retenues, les OGM et les assurances, des changements en profondeur sont nécessaires », résume Cyrielle Denhartig, responsable alimentation et agriculture au sein du Réseau action climat (Rac). Son organisation et FNE étaient les deux seules organisations invitées par le ministère de l’Agriculture au Varenne de l’eau, et toutes les deux ont refusé.

Dans un communiqué du 27 mai, FNE juge que « ce comité du Varenne est monté de toutes pièces, en dehors de tout cadre de concertation déjà existant sur les questions d’eau et d’adaptation au changement climatique ». Sur le lieu, tout d’abord, FNE rappelle que l’eau est une compétence du ministère de la Transition écologique depuis 1987. « L’objectif était bien d’avoir une vision transversale sur l’eau », souligne Florence Denier Pasquier, vice-présidente de FNE.

Sur le calendrier ensuite, « je pensais que les résultats des Assises de l’eau étaient actés, et que nous allions désormais dérouler leur application, mais ce Varenne est apparu. Programmé pour durer jusqu’à fin 2021, il est assez clair pour tout le monde que c’est une démarche électoraliste du gouvernement en vue des présidentielles », tranche Florence Denier-Pasquier. Dénonçant un « détricotage des Assises », elle rappelle que l’ensemble des acteurs des Assises de l’eau ont également « passé des centaines d’heures à instruire les PTGE ».

Elle n’oublie pas non plus ce rapport co-rédigé il y a huit ans avec Christiane Lambert au sein du Cese, ni la signature de l’APCA en bas du rapport de 2018 du préfet Bisch. Récemment encore, rappelle-t-elle, Luc Servant, le président de la chambre d’agriculture de Nouvelle Aquitaine, a co-présidé à ses côtés le groupe sur le partage de l’eau lors des Assises. « On sait ce que veut la FNSEA : le plaidoyer n’a pas bougé depuis le plan de Sarkozy de 2011. Mais ces petites retenues peuvent toutes ensemble assécher des cours d’eau, comme on le voit en Ardèche ou dans le Doubs », déplore Florence Denier-Pasquier.

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Renforcer l’adaptation dans le PSN

En application du document final des assises de l’eau, indique Florence Denier-Pasqiuer, un décret actuellement en Conseil d’État devrait paraître le 16 juin concernant la gestion des prélèvements dans les PTGE, en renforçant le rôle des préfets de bassin. « Nous serons vigilants », prévient la vice-présidente de FNE. À plus court terme, le comité national de l’eau, prévu pour le 8 juin, sera une autre échéance importante. Car à cette occasion, « certaines collectivités ou industriels pourraient eux aussi dénoncer ce Varenne », estime Florence Denier Pasquier.

Avant ces réunions, comme elle le confie à Agra Presse, son association a été contactée par le ministère de l’Agriculture, et un rendez-vous a été pris pour le 4 juin. Si pour l’heure FNE maintient son refus de participer au Varenne, un geste en faveur d’une réouverture des négociations sur le PSN pourrait la conduire à revenir sur sa position. La Pac, rappelle FNE, avait déjà été identifiée comme l’un des principaux instruments d’une meilleure gestion de l’eau. On peut ainsi lire dans le document final que la politique agricole européenne doit fixer des objectifs « notamment en termes de sobriété des usages de l’eau, des produits phytosanitaires et de préservation des éléments de biodiversité ».

Alors que les ONG ont claqué la porte du CSO le 21 mai, « c’est la Pac qui devrait aider le secteur agricole à s’adapter au changement climatique », étaye Cyrielle Denhartig. Pour le Rac et pour la fondation Nicolas Hulot (FNH), le Varenne est d’autant plus déroutant que la première copie du PSN (déclinaison française de la Pac) présentée par le ministère n’a pas été assez loin sur les grands leviers de l’adaptation climatiques comme la diversification des cultures, ou les infrastructures agroécologiques. Autre politique oubliée par le Varenne selon les associations : le plan national d’adaptation au changement climatique, dont l’objet est précisément celui de la consultation lancée par Julien Denormandie.

FNE, Greenpeace, WWF, FNH, Amis de la Terre, RAC : refusant de cautionner l’évènement ou faute d’invitation, aucun poids lourd de la protection de l’environnement ne compte pour l’heure se rendre au Varenne. Comme le résume Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation au sein de la FNH, « il est inquiétant de ne pas avoir de contribution de la société civile, au risque de rendre l’exercice peu démocratique ». Les chaises vides pourraient peser sur la légitimité du Varenne, alors que les associations sont devenues incontournables dans les concertations politiques autour de l’environnement.

« C’est une démarche électoraliste du gouvernement en vue des présidentielles »

« Il est inquiétant de ne pas avoir de contribution de la société civile »