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Ademe Les biocarburants bons pour l’énergie, moins pour l’effet de serre

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Les biocarburants sont bons pour leur contribution à la réduction de la dépendance énergétique française, mais moins pour l’effet de serre. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a rendu public le 6 avril un avis qui pointe un risque d’impact négatif des biocarburants sur l’effet de serre dans les pays tropicaux, notamment à travers les biocarburants importés.

Les biocarburants sont efficaces dans la réduction de la dépendance énergétique, mais leur principal « point faible » est d’induire déforestation et retournements de prairies pour en faire des cultures dans les pays tropicaux, autant de changements d’affectation des sols qui aggravent les émissions de CO2, donc l’effet de serre. Telles sont les grandes lignes de l’avis présenté à la presse par l’Ademe le 6 avril.

« Un gain avéré en termes d’efficacité énergétique »

Dans cet avis, l’Ademe souligne, dans la partie des « points forts », que les filières françaises des biocarburants « apportent un gain avéré en termes d’efficacité énergétique ». Les filières de biodiesel « présentent les bilans énergétiques les plus intéressants », avec des réductions de consommation d’énergie non renouvelable allant de 65% pour les esters et les huiles végétales pures à 82% pour les esters d’huiles usagées (friture) et de graisses animales. Cela par rapport à la même quantité de gazole fossile. Les filières d’éthanol, un peu plus énergivores du fait de leurs process industriels (nécessité de porter à haute température les substrats pour en extraire les sucres fermentescibles), affichent des niveaux de réduction allant de 49% pour l’éthanol de blé à 52% pour l’éthanol de betterave, et 53% pour l’éthanol de maïs. Cela par rapport à la même quantité d’essence fossile.

Améliorations possibles

Ce n’est pas tout. Outre ces bonnes contributions à l’approvisionnement énergétique, le biodiesel et l’éthanol peuvent encore s’améliorer. Les scénarios prospectifs montrent des potentiels d’amélioration de 10% pour le biodiesel, qui parviendrait ainsi à réduire la consommation d’énergie non renouvelable de 70%, et de 15% pour l’éthanol, qui atteindrait les 60% de réduction par rapport à l’essence. Cela dans les cinq ans. Parmi les points forts, l’Ademe cite aussi la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), mais sans considérer l’impact lié au changement d’affectation des sols. En effet, sans prendre en compte cet effet provoqué dans les pays tropicaux, le biodiesel réduit les émissions de 59 à 91% pour le biodiesel (par rapport au gazole fossile) et de 49% à 72% pour l’éthanol (à condition qu’il soit incorporé en direct dans l’essence, sans passer par l’ETBE, voie plus émettrice). Là aussi, les gains sont possibles, toujours dans les cinq ans : + 10% pour le biodiesel, soit une réduction moyenne de 70% par rapport au gazole, et +20% pour l’éthanol, soit une réduction moyenne de 70% par rapport à l’essence.

Les biocarburants soupçonnés de favoriser l’effet de serre dans les pays tropicaux

Mais dans la partie des « points faibles », l’Ademe tient compte du changement d’affectation des sols. Tout en rappelant que cette notion est loin d’être une science exacte, elle montre que les gains obtenus par les biocarburants pour réduire l’effet de serre peuvent être altérés. Elle cite une synthèse qu’elle a réalisée avec l’Inra en 2010 et 2011.
Le changement d’affectation des sols peut être direct quand la mise en culture d’une matière première sur une terre pour produire des biocarburants modifie l’usage de cette terre (une forêt ou une prairie remplacée par des cultures). Il peut être indirect quand la demande supplémentaire due aux biocarburants en Europe conduit celle-ci à importer plus de produits alimentaires de pays tropicaux, contribuant ainsi à la déforestation.
La synthèse de l’Ademe et de l’Inra « accrédite les hypothèses suivant lesquelles le développement de cultures énergétiques à des fins de production de biocarburants conduit, hors du territoire français, à des changements d’affectation des sols », précise l’Ademe. « L’importation d’une part croissante de biocarburants ou de matières premières semble, en moyenne, défavorable en matière d’émissions de gaz à effet de serre », souligne-t-elle. Elle indique à ce propos que la part de l’huile de soja, importée, est en progression, pouvant atteindre 25% des approvisionnements en huile.
Mais l’Ademe fait aussi remarquer que les travaux internationaux des scientifiques prennent maintenant en compte d’autres causes de changement d’affectation des sols que les biocarburants dans l’accroissement de l’effet de serre, notamment l’extensification des systèmes de production et l’artificialisation des sols liée à l’urbanisation.

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