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Salon de l’agriculture Les « bonnes intentions agricoles » des politiques en campagne

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Le bal des politiques au Salon de l’agriculture, à quelques jours des élections régionales, n’a pas déçu pour la 47e édition de ce rendez-vous. La décision de Nicolas Sarkozy de venir faire la clôture, le samedi 6 mars, a quelque peu libéré le protocole et la parole. Les responsables politiques ont été nombreux à faire leur tournée. Tous avec le souci de contredire le fait que les paysans ne représentent plus rien aux yeux des politiques. Ils avaient tous une très bonne raison de venir. Et, pour ceux qui ne savaient pas réellement à quel titre ils venaient, comme Dominique de Villepin, l’ancien Premier ministre, le « plaisir et l’envie d’apprendre » a fait le reste.

«Le vote agricole reste un vote sensible ». L’expression est de Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA. Pour preuve, l’étude Ifop parue dans le Figaro le jour d’ouverture du Salon de l’agriculture marque un décrochage de 9 points, en une année, pour Nicolas Sarkozy sur cet électorat. Un capital sympathie auprès des agriculteurs en net reflux à 47 % avant même qu’ils apprennent son intention de… clôturer le salon. Une décision mal comprise dans cette période de crises qui symbolise selon le monde agricole le peu de considération du chef de l’État pour leurs problèmes. Ce choix, mûrement réfléchi par les conseillers de l’Élysée, était sensé assurer, au chef de l’État une visite sans anicroche. Il a surtout permis aux autres leaders politiques d’occuper le terrain. Nicolas Sarkozy n’a pas donné le ton en ce début de salon. Il s’est même fait volé la vedette par le nouveau commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos (CF article page 12). Du coup, un souffle d’air est passé porte de Versailles, libérant ainsi le protocole de ses règles.

Bousculer les habitudes
« Il faut arrêter avec l’ordre des visites des politiques ! », lâchait Jean-Michel Lemétayer sollicité à maintes reprises sur la date de visite de Nicolas Sarkozy. Pourtant, cet ordre a toujours eu son importance. La décision de Nicolas Sarkozy a bousculé les habitudes. Certains députés accompagnant Dominique de Villepin ne mâchaient pas leur mot à l’encontre du chef de l’État. Comme ce dernier n’avait pas encore « parlé » d’agriculture au salon, l’attaque était facile. « L’agriculture devrait faire partie du domaine réservé du président de la République. Manifestement cela n’est pas le cas puisqu’il n’est pas venu inaugurer le salon », soulignait Marie-Anne Monchamp, député UMP en disgrâce auprès du parti du président suite aux municipales de 2008.

Le style Chirac
Dominique de Villepin a donc été libre de faire du Chirac en arpentant les allées du salon toute une journée (Cf. encadré) ; Jacques Chirac, le plus fidèle au monde agricole, comptait bien perpétuer le mythe… la veille de la venue de Nicolas Sarkozy. José Bové, ancien syndicaliste et agitateur au salon, aujourd’hui député européen, a servi de guide aux têtes de listes d’Europe Écologie (Cf encadré). François Fillon a fait une visite de futur présidentiable comme le titrait un hebdomadaire politique (Le Point) le jour de son anniversaire. Même s’il a laissé à Nicolas Sarkozy la primeur des annonces comme c’est la règle, la visite de celui « qui est toujours président de son comice agricole de la Sarthe » a conforté sa popularité. Quelques applaudissements ont même marqué son parcours. Martine Aubry, très à l’aise, submergée par les médias à quelques jours d’un possible grand « chelem » pour la gauche aux régionales a pris elle aussi tout son temps, notamment au hall de l’élevage, discutant longuement avec les représentants de la filière viande.

Une foule de politiques
À quelques jours des élections régionales, les politiques se sont logiquement pressés à la porte de Versailles. Mercredi 3 mars, ils étaient près de 15 au programme. Cette affluence n’a pas été sans provoquer des « collisions » pour le moins délicates. Jean-Pierre Raffarin a croisé Gérard Larcher, qui, lui, a eu le perchoir au Sénat. Martine Aubry s’est retrouvé nez à nez avec Marie-Georges Buffet. François Hollande a « doublé » le cortège de François Fillon !
« Il ne faudrait pas que ce salon soit seulement une semaine de bonnes intentions ! », soulignait le leader de la FNSEA. Celui-ci appelle « au rassemblement politique derrière un message fort pour changer cette politique ultralibérale ». « Même Martine Aubry a un rôle à jouer en convainquant les chefs de gouvernement de gauche comme Zapatero », a déclaré Jean-Michel Lemétayer. C’est l’ouverture, si chère à Nicolas Sarkozy, dans sa version agricole.

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