Pas de relance ni de transition écologique sans accompagnement par les chambres d’agriculture : c’est le message qu’a martelé l’APCA (tête de réseau) le 8 septembre, soulignant la « résonance » entre le plan de relance et ses propres projets. Un argument aussi pour prévenir toute tentation de réduction budgétaire.
Dans un entretien à Agra Presse le 4 septembre, le président de l’APCA Sébastien Windsor a mis en avant la « résonance particulière » entre le plan de relance gouvernemental et le projet stratégique des chambres pour 2025. Un message également martelé lors d’un point presse le 8 septembre, au cours duquel les chambres d’agriculture se sont posées en acteur incontournable de la relance et de la transition agricole. « La transformation nécessaire de l’agriculture ne se fera pas si les chambres ne sont pas au rendez-vous », a lancé M. Windsor devant les journalistes.
Et de citer les investissements prévus dans le bien-être animal et dans l’agroéquipement, le développement des protéines végétales, l’accélération des productions bio et la HVE, l’agriculture urbaine, la multiplication des PAT (projets alimentaires territoriaux), etc. « Les collectivités ne connaissent pas toujours leur environnement agricole, les projets en cours, les besoins des producteurs. Si personne ne les accompagne pour écrire les PAT, elles feront des bêtises », craint l’agriculteur de Seine-Maritime.
300 projets de filières locales
Le président de l’APCA a aussi pris l’exemple du bilan carbone que le gouvernement prévoit de proposer aux nouveaux installés. « Pour réaliser ce bilan, il faut avoir les compétences techniques et sur les projets d’installation, nous avons cette double compétence. » Autre dossier choisi pour illustrer le rôle des chambres : les haies, dont 7 000 km supplémentaires doivent être plantés dans le cadre du plan de relance. « Qui, à part les chambres et les collectivités, font des diagnostics bocagers ? Personne. »
Autre projet phare des chambres entrant en « résonance » avec le plan de relance : la structuration de filières locales. Dans son plan pour 2025, l’APCA s’est fixé l’objectif d’accompagner mille projets de filière d’ici 2025, soit deux nouveaux par an dans chaque département. « Ils ne sont pas tous identifiés, mais on en a déjà plus de trois cents », précise Sébastien Windsor à Agra Presse. Il s’agit surtout de « développer des nouvelles cultures et de relancer des micro-filières que l’on a laissé tomber », en laissant les projets d’envergure nationale « aux coopératives et aux groupes industriels ». Le président de l’APCA cite la production de légumes secs, à l’étude « dans toutes les régions », le colza de printemps – « qui peut intéresser des industriels comme Saipol » –, le carinata, etc. « Près de chez moi dans l’Eure, nous avons une usine qui produit des pommes de terre et des lentilles pré-cuites pour les cantines. Leur approvisionnement est à 70 % canadien », se désole-t-il.
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« Encore des attaques de Bercy »
« Un certain nombre de nos propositions à moyen terme ont été reprises » par le gouvernement dans son plan de relance, a abondé le secrétaire général de l’APCA Christophe Hillairet le 8 septembre. L’élu francilien a notamment fait référence à l’aide aux investissements dans les outils de transformation et l’accompagnement de la transition agricole. Les projets en cours autour de la transition écologique fournissent aussi du grain à moudre aux chambres. « Pour changer les pratiques agricoles, il faut accompagner les investissements, mais aussi leur utilisation », affirme Sébastien Windsor, prenant l’exemple du désherbage mécanique à l’écimeuse, qui nécessite le bon conseil pour « passer le jour J ». Tout en rappelant l’engagement de son réseau à proposer un audit stratégique à l’ensemble des agriculteurs. Trois cents conseillers ont déjà été formés et doivent réaliser 3 000 diagnostics test d’ici le printemps 2020. Pour le président de l’APCA, « ce n’est pas : " On va faire ". On est déjà en train de faire. »
Les chambres s’appuient sur cette convergence avec le gouvernement pour prévenir contre toute tentation de réduction de leur budget, comme cela a été le cas en 2019. Une baisse des moyens des chambres dans le cadre du PLF pour 2021 serait « totalement incohérente » avec les objectifs du plan de relance, a prévenu Sébastien Windsor. « Le ministre de l’Agriculture nous a dit qu’il se battrait pour défendre notre budget et qu’il nous attend pour accompagner le plan de relance », rapporte le président de l’APCA à Agra Presse. « Mais il y a encore un certain nombre d’attaques du côté de Bercy. »
En zones intermédiaires, « 15 % des exploitations ne passeront pas l’année » (APCA)
Lors de son point presse du 8 septembre, l’APCA a aussi tiré la sonnette d’alarme sur la situation des zones intermédiaires, dans lesquelles « environ 15 % des exploitations ne passeront pas l’année si aucune mesure rapide n’est prise », selon son président Sébastien Windsor. Après « trois, voire quatre années de revenus nuls », la crise « est en train de passer du conjoncturel au structurel », alerte-t-il, citant la Moselle, la Charente-Maritime, l’Yonne ou certaines zones de Seine-et-Marne. Les chambres demandent un « accompagnement des pouvoirs publics », via les aides liées à la sécheresse et « deux types de prêts : ceux pour passer le cap et ceux pour accompagner la transition ». « Je n’ai pas vu les mots "zones intermédiaires" dans le plan de relance » du gouvernement, a regretté de son côté le président de l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) Éric Thirouin, le 8 septembre lors d’un autre point presse. Afin de réorienter ces exploitations qui « arrivent au bout d’un système », l’APCA propose « des mini-Grenelle à l’échelle des territoires pour recréer de la valeur », précise Sébastien Windsor à Agra Presse. Pistes possibles : production de semences, lentilles AOC dans le Berry, fromages de chèvre dans le Cher et l’Indre, cultures irriguées à haute valeur ajoutée, photovoltaïque, ou encore méthanisation.