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Distribution Les circuits courts ont besoin de souplesse

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Alors que les circuits courts poursuivent indéniablement leur développement, un projet de « recherche action » s’est attaché aux méthodes permettant de les observer à l’échelle des territoires. Bilan : ces circuits courts sont très variés. Chercher à leur imposer un cadre national ou européen pourrait donc leur nuire. C’est de souplesse dont ils ont besoin.

«L’État accompagnera évidemment les circuits courts », affirmait Karine Brulé, de la sous-direction du développement rural du ministère de l’Agriculture. Karine Brulé s’exprimait, le 18 septembre lors du séminaire de restitution du projet Loccaterre, mené par 27 partenaires, dont les Civam et les parcs naturels régionaux (1). Soutenir, oui, mais comment ? « Le ministère, poursuivait Karine Brulé, a besoin d’une méthode validée pour analyser le phénomène. Ce que le ministère peut faire, ce sont des recensements agricoles. Mais il faut ensuite pouvoir analyser les données ». Le projet Loccaterre offre à ce titre une analyse qualitative du foisonnement des projets de vente en circuits courts. Marchés, magasins de producteurs, vente à la ferme… ces modes de commercialisation ne sont plus anecdotiques. Près d’un agriculteur sur cinq, en France, vend au moins une partie de sa production via des circuits courts, c’est-à-dire, en passant par un intermédiaire au maximum, selon le recensement agricole de 2010. Et les projets mis en place sont particulièrement variés, analyse le projet Loccaterre, qui portait sur huit territoires de parcs naturels régionaux. Chacun avait des idées sur le soutien public qui peut être apporté à leur développement.

Assouplir les normes

« Sur les abattoirs de proximité, il faut que le ministère se positionne », témoignait un producteur de porcs, présent dans la salle. La tendance à la concentration des abattoirs rend difficile la transformation de faibles volumes, pour les producteurs qui veulent vendre en circuits courts. Plus généralement, c’est la question des normes d’hygiène, parfois inadaptées aux productions restreintes, qui était soulevée. Réviser le paquet hygiène, qui fixe les normes au niveau européen, n’est pas d’actualité, mais « l’État pourrait les adapter », estime Blaise Berger, de la FR Civam Bretagne.
L’État pourrait en outre, après la réforme de la Pac, se saisir d’une possibilité nouvelle laissée dans le cadre du futur Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), a plaidé Gilles Maréchal. Pour encourager les circuits courts, l’Europe envisage en effet de laisser aux États membres la possibilité de créer des sous-programmes en faveur des circuits courts, pour lesquels les taux d’aide pourraient être majorés de 10 points.
Pour Karine Brulé, une piste serait de « mettre le sujet des circuits courts dans le droit commun », afin de reconnaître leur spécificité. Le code des marchés publics a déjà été modifié pour faciliter l’introduction de produits bio ou de proximité dans la restauration collective. Si l’ancien sénateur Paul Raoult se montre sceptique devant les grandes lois agricoles qui tenteraient de poser un cadre trop rigide sur les circuits courts, la représentante du ministère estime que la loi de modernisation agricole « a aidé à conforter les circuits courts et de proximité. Ce cadre a relégitimé les gens qui y travaillent et qu’on associait trop souvent à des “chevelus en sabots”. C’est une forme de légitimation qui peut être a minima de notre ressort. » 

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