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Machinisme Les Cuma cherchent un second souffle

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Lors de l'assemblée générale des Cuma, le 26 mai, ce n'est pas vraiment la table ronde sur l'agro-écologie qui a marqué les esprits, mais plutôt la nécessaire mutation qui s'annonce pour ces structures. Entre réforme territoriale et développement des nouvelles technologies, l'évolution des structures se fait presque à marche forcée.

S'adapter aux demandes des agriculteurs, autres que celles concernant le machinisme, tout en restant dans le cadre d'une stratégie locale, tel est l'axe de développement des Cuma aujourd'hui. Lors de l'assemblée générale de la Fédération nationale des Cuma (FNCuma), le 26 mai, la situation délicate de certaines Cuma s'est faite sentir. Conflits de génération, nécessité d'embaucher du personnel, demande insistante de crédits pour de la formation, les Cuma sont à la recherche d'un second souffle et en passe d'effectuer leur « mutation ». Signe de ce changement, les prêts bonifiés qui ont financé depuis 1982 de nombreux investissements des Cuma ne répondent plus à la demande et disparaîtront dans les mois à venir. « Ils sont sous-utilisés à cause de leur complexité administrative et de l'évolution des projets des Cuma », analyse Stéphane Gérard, président de la FNCuma. La FNCuma a cependant défendu le maintien de l'enveloppe de 2,5M€ allouée à ces prêts tout en réorientant les financements vers de la formation, de la création d'emploi et de la construction de hangars de stockage commun de matériel. La demande a été entendue par le ministère, ce qu'a confirmé Philippe Mauguin, directeur de cabinet du ministre de l'Agriculture, le 26 mai. Depuis deux ans, la FNCuma réclamait des facilités de construction pour ces hangars. Comme l'a précisé Philippe Mauguin, « les textes actuels ne permettaient pas ces constructions de façon explicite ». Aussi un décret d'application de la loi ALUR, maintenant rédigé et transmis au Conseil d'Etat, devrait être bientôt signé.

Une année de travaux et de réflexion

En parallèle, la réforme territoriale a également incité à cette future « année de travaux et de réflexions », constate Stéphane Gérard. Un changement des statuts de la FNCuma est même nécessaire afin que l'ensemble des régions de France soient représentés au sein du conseil d'administration. Ce changement devrait être validé lors de l'assemblée générale extraordinaire de décembre 2015, selon le président. « Nous sommes dans une première phase de construction. Nous avons posé les fondations de cette nouvelle organisation territoriale et nous nous sommes donné un an pour y arriver », explique Luc Vermeulen, secrétaire général. « Le but est de recréer de la dynamique dans les régions les plus faibles pour professionnaliser et homogénéiser la montée en puissance des Cuma. Une fédération seule ne peut y parvenir. Des équipes vont devoir travailler au sein des Cuma », continue-t-il. Gilles Picard, directeur de la Fédération régionale des Cuma de l'Ouest, aborde le problème de l'embauche. Les membres des Cuma n'ont effectivement plus le temps de piloter et leur exploitation et la Cuma. Les technologies deviennent de plus en plus pointues au point que, pour Gilles Picard, « votre voisin agriculteur ne monte plus dans une machine pour vous dépanner pendant un quart d'heure. C'est un métier que de conduire ces engins », un métier qui fait malheureusement peu rêver.

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Une coopérative qui joue la proximité

L'embauche de salariés reste donc compliquée. S'ajoute le fait qu'« une Cuma qui n'anticipe pas peut disparaître en quelques années » d'après Gilles Picard. Anticiper, innover, embaucher nécessitent des rentrées financières, d'où la volonté des Cuma de s'orienter vers l'apport de services comme le conseil. Le salon national des Cuma, le Salon aux champs, qui aura lieu les 26 et 27 août, affiche clairement cette orientation, notamment dans la partie transformation à la ferme et circuits courts. Finalement la Cuma n'est plus une coopérative d'utilisation de matériel agricole. Elle s'oriente vers le statut d'une coopérative tout court et propose des services similaires à d'autres organismes agricoles. À ce constat, Stéphane Gérard répond : oui, mais « il n'y a pas de concurrence. Beaucoup de complémentarité au contraire » avec ces autres organismes. Il pointe le fait que les Cuma jouent la proximité, un avantage, mais aussi un inconvénient « pour jouer la carte de l'export ». « Les Cuma sont positionnées dans la continuité des exploitations depuis 70 ans. Elles sont un copier-coller des demandes agricoles », d'où leur évolution actuelle, justifie-t-il.

Les Cuma, de petites structures au chiffre d'affaires en hausse

Le nombre moyen d'adhérent à une Cuma est de 25 membres en 2013. Il se maintient d'ailleurs avec les années. Le travail du sol, le transport, la récolte des fourrages et l'épandage de fumier sont les activités les plus fréquemment proposées par les Cuma. Leur chiffre d'affaires total est en hausse constante depuis plus de dix ans (526 M€ en 2013 pour 495 M€ en 2011), en lien avec l'augmentation des prix d'achat de matériel et du carburant. En parallèle, le montant des investissements a également augmenté (398 M€ en 2013 pour 320 M€ en 2011). Stéphane Gérard, président de la FN Cuma, alerte cependant sur l'état de trésorerie, très dégradée, de certains éleveurs aujourd'hui. Près de 50% des exploitations agricoles adhèrent à une Cuma. Par contre, le nombre de Cuma diminue du fait de fusions récentes afin d'atteindre une taille critique pour certains investissements (13 400 Cuma en 2009 pour 11 260 en 2013).