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Les défis de l’affichage environnemental dans le secteur alimentaire

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La loi relative à la lutte contre le gaspillage, promulguée le 10 février, prévoit la création de l’affichage environnemental à l’issue d’une phase d’expérimentation de 18 mois. Dans le secteur agricole, l’Inrae et l’Ademe piloteront cette phase de test, avant de proposer des critères à la validation politique.

Score ou lettre ? Empreinte carbone ou critères élargis ? C’est pour préciser les modalités du futur affichage dans le secteur environnemental que la secrétaire d’État à la Transition écologique Brune Poirson a réuni le 21 février les acteurs du secteur alimentaire, dont plusieurs distributeurs, mais aussi le Synabio, la FNSEA, la Coopération agricole, ou encore l’Ania et la Fnil, pour faire le point sur l’affichage environnemental.

L’affichage environnemental ne risque-t-il pas de venir brouiller l’information des consommateurs sur les informations nutritionnelles ? « Il faudra tenir les deux en même temps et éviter les signaux contradictoires », prévient Louis-Georges Soller, économiste au sein d’Inrae.

Harmonisation européenne

Se conformant aux directives européennes, la loi précise que l’affichage sera « volontaire ». Mais les acteurs de l’agroalimentaire affichent déjà leur mobilisation. « Les consommateurs demandent de l’information, et il s’agit de ne pas se laisser dépasser par des acteurs comme Yucca », confie Jehan Moreau, directeur de la Fnil.

« Nous avons besoin d’une grande cohérence au niveau européen », poursuit Jehan Moreau, rappelant que la Commission européenne a déjà développé une méthodologie de calcul d’empreinte. Car, pour les industries alimentaires françaises exportatrices, comme celle du lait, l’harmonisation française de l’affichage sera indispensable, au risque de devoir multiplier les grilles d’analyses.

Les limites de l’ACV

La loi relative à la lutte contre le gaspillage, qui instaure l’expérimentation sur l’affichage environnemental, souligne que celui-ci se fondera « principalement sur une analyse du cycle de vie ». Pour le secteur alimentaire, c’est la base AgriBalyse, développée par l’Ademe, qui fera référence en France. La version 3, qui devrait être mise en ligne le 28 avril prochain par l’agence, permettra de calculer l’empreinte carbone de 2 500 produits sur 14 indicateurs différents, dont le climat, la couche d’ozone, ou l’eutrophisation des eaux.

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Pour l’heure, cette ACV prend en compte les seules émissions, au détriment d’autres aspects de la performance environnementale. En recourant uniquement à l’ACV, et en faisant mécaniquement l’impasse sur la biodiversité, ou les diverses certifications, l’affichage environnemental risque alors de conduire à « donner un meilleur score aux troupeaux intensifs américains qu’à un producteur extensif bio en Aubrac », comme le regrette Jehan Moreau.

« La version complète de la base AgriBalyse permettra d’intégrer ensuite des données sur les systèmes agricoles à rotation longue, ou sur le bio », nuance Vincent Colomb, ingénieur ACV au sein de l’Ademe.

Science et politique

Pour aboutir à un affichage plus pertinent, l’Ademe et l’Inrae misent sur la phase d’expérimentation de 18 mois prévue par la loi, pour laquelle les industriels sont encouragés à se porter volontaires. « Le programme va se construire en fonction des acteurs qui vont le rejoindre », confirme Fabrice Boissier, directeur général de l’Ademe.

Mais la science et la technique seules ne pourront pas tout. « La construction de critères agrégés dépendra d’un consensus politique », prévient Louis-Georges Soller. Un consensus qui devra aboutir à la pondération des critères de performances environnementales, pour éviter un score valorisant des productions étrangères à grande échelle, au détriment des systèmes français extensifs.

L’application de l’affichage aux menus

L’affichage environnemental sera possible sur les menus, précisent les services de la secrétaire d’État à la Transition écologique. Une idée déjà mise en œuvre dans les 9e et 10e arrondissements de Paris au travers d’une expérimentation menée par le bureau d’études Eco2 et les services de la ville. Eco2 a mis à disposition des cantines pilotes un outil permettant de calculer l’empreinte environnementale de chaque repas, mais également de l’agréger sur une semaine ou un mois, tout en contrôlant les apports nutritionnels. « On est bien sur le régime alimentaire, et on peut ainsi faire des arbitrages sur tout le mois », précise Shafik Asal, associé au sein du bureau d’études. Sur un an, l’outil aurait permis de faire baisser l’empreinte carbone de chaque repas de 1 800 à 1 400 g/CO2. Une réduction obtenue notamment en travaillant sur les quantités, et en réduisant d’une dizaine de grammes les parts de viande, pour correspondre aux recommandations nutritionnelles.