Face à la désorganisation qu’entraîne le confinement sur le travail des salariés, les organisations professionnelles de vignerons demandent notamment des assouplissements du temps de travail et des prises en charge de cotisations sociales. Certaines mesures ont été accordées par le ministère du Travail.
Réunie le 24 mars en conseil d’administration, la Cnaoc, confédération des AOC viticoles, a énuméré une série de mesures à ses yeux nécessaires. Première mesure souhaitée, un aménagement du temps de travail en permettant d’en rallonger la durée hebdomadaire. Actuellement la durée du temps de travail hebdomadaire est plafonnée à 48 heures, « nous demandons de pouvoir aller jusqu’à 60 heures », commente Éric Tesson, directeur de la Cnaoc. Cette mesure a été accordée, a indiqué le 24 mars, la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Seuls les secteurs stratégiques, dont l’agroalimentaire, sont concernés. Un texte réglementaire est annoncé en ce sens.
Faciliter les arrangements entre employeurs
Deuxième mesure attendue, pouvoir rendre éligibles au chômage partiel des fonctions commerciales ou administratives chez les vignerons, notamment en œnotourisme, et pouvoir défiscaliser les heures supplémentaires. De même, la Cnaoc demande la facilitation des arrangements entre employeurs pour la mise à disposition de personnel. Un exemple : dans un même village, un restaurant ferme, mettant au chômage partiel cinq salariés. Si à côté une exploitation viticole manque de salariés pour l’ébourgeonnage de la vigne, une convention de mise à disposition est nécessaire, qui évite aux finances publiques de prendre en charge le chômage partiel.
Troisième mesure demandée : que les reports d’échéances auprès des banques se fassent à coût zéro. Une quatrième mesure possible est l’exonération des charges patronales. « La question de l’exonération se pose, elle est déjà dans les esprits », a indiqué Éric Tesson, parce que la viticulture « a besoin de main-d’œuvre, que celle-ci se fait rare et que l’argent ne rentre pas » dans la trésorerie.
Une cinquième mesure attendue par la Cnaoc, mais la première en importance, est que les professionnels règlent les factures de leurs fournisseurs. Qu’ils soient vignerons, négociants, restaurateurs ou cavistes, il importe que tous les débiteurs honorent leurs créances, au besoin en demandant à leurs banquiers de leur avancer une somme, sachant qu’ils bénéficient de la garantie de prêt par l’État à hauteur de 300 Mrd€. « Il faut absolument éviter d’ajouter une crise de trésorerie à une crise sanitaire », a insisté Éric Tesson.
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La confédération des Vignerons indépendants a soutenu les mêmes mesures, dans un communiqué du 19 mars, en ajoutant des mesures de sortie de crise, telle l’aide au stockage.
Éviter absolument d’ajouter une crise de trésorerie à une crise sanitaire
Le Modef demande une distillation de crise pour désengorger les stocks
Le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) propose lui aussi l’aide au stockage, mais il demande par-dessus tout, dans un communiqué publié le 24 mars, « une distillation de crise pour désengorger les stocks » de vin. « Les viticulteurs, qui ont subi avant l’arrivée du coronavirus sur notre territoire une baisse des ventes de vins et des exportations, ressentent aujourd’hui une extrême inquiétude. Les restaurants et bars ayant fermé, la vente est actuellement au plus bas, voire à l’arrêt et les stocks pourraient être importants », décrit le syndicat agricole minoritaire. « N’attendons pas d’être en crise », a précisé Didier Gadea, président de la commission viticole du syndicat. L’alcool qui pourrait être ainsi produit serait utilisé comme biocarburant ou mieux, pour les hôpitaux, qui ont besoin d’alcool pour le gel hydroalcoolique, a-t-il ajouté.