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Les difficultés économiques des producteurs, un argument dans les négociations tarifaires

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Pour négocier des hausses de prix auprès des distributeurs, les industriels expliquent que la filière est au plus mal surtout du côté de la production. Les éleveurs, eux, demandent le respect des lois auprès des industriels. Quant à la distribution, elle reste muette, sauf Super U.

Communiqué de presse puis cinq jours plus tard conférence de presse, la Fédération nationale de l’industrie laitière sort le grand jeu pour alerter sur les difficultés rencontrées dans les négociations commerciales. Les cours mondiaux du lait sont en hausse mais les distributeurs refuseraient de payer le lait plus cher aux industriels et demanderaient même des baisses de tarif. La Fnil titrait donc sans ambages son communiqué de presse : « Les négociations 2017 avec la grande distribution se passent mal dans le secteur laitier ». Elle en appelait à la responsabilité des distributeurs, déclarant que « l’avenir même de la filière laitière, et en particulier des producteurs de lait, est en jeu dans ces négociations commerciales ». Le 13 février, Olivier Picot, président de la Fnil, attaquait la Loi de modernisation de l’économie (LME), l’appelant par son autre dénomination, "la loi Leclerc Michel-Edouard", signe du lobbying qu’aurait effectué ce distributeur pour la faire voter. La LME est à l’origine de la guerre des prix entre distributeurs qui se battent pour garder des parts de marché face à un consommateur qui veut toujours payer moins cher.

La Fnil tire sur la loi de modernisation de l’économie

« Depuis 2007, nous nous sommes opposés à cette guerre des prix », rappelle Olivier Picot avec ferveur. Pas de révision de cette loi par le gouvernement, mais des modifications au travers de la loi Hamon et de la loi Sapin II notamment. Or, pour les industriels, cette dernière loi n’est pas rétroactive. Elle a été adoptée après l’envoi des conditions générales de vente 2017 par les industriels et est d’ailleurs sujette à interprétation. De son côté, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), dans un communiqué du 15 février, se positionne à l’inverse et « exige pour les négociations commerciales en cours, le respect de la loi Sapin 2 qui oblige les négociateurs à fixer un objectif de prix du lait annuel et à respecter l’encadrement des promotions pour le lait et les produits laitiers ». Il est également reconnu par de nombreux acteurs que la loi Hamon n’est également pas appliquée par les industriels. Quant à Stéphane Le Foll, interrogé sur le sujet le 13 février, il répondait : « La LME est allée trop loin mais, en même temps, aucun acteur n’est d’accord pour savoir ce qu’il faut mettre à la place ! ». Il évoque également avec humour la position des distributeurs, assis sur un tabouret et regardant le sol : « Mais non, mais non, on écrabouille personne ou alors, on ne l’a pas fait exprès ! ». Et de conclure : « A la fin, les producteurs trinquent ! ».

« Les producteurs trinquent »

C’est d’ailleurs ce que rappelle la FNPL en usant le terme de « décence » à remémorer aux « acteurs de l’aval ». Le syndicat écrit, caricaturant les industriels : « Les négociations se passeraient si mal dans le secteur laitier que la hausse du prix du lait payé aux producteurs (du fait du retournement des marchés) serait compromise pour 2017. Pire, « les entreprises y perdraient leur marge », alors que, dans le même temps, des centaines d’agriculteurs ont déjà perdu leur ferme du fait de la crise ! ». Les industriels prennent le parti des producteurs dans leur communiqué, rappelant leurs difficultés. Mais les producteurs demandent, eux, que les industriels appliquent déjà les lois : « Avant de vouloir réformer la LME […], les industriels laitiers devraient déjà commencer par respecter les dispositifs législatifs qui ont été mis en place depuis (loi Hamon et loi Sapin 2) ».

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Système U affiche sa position

Système U affichait clairement sa position dans un communiqué du 8 février, réclamant de la part de ses « fournisseurs/industriels de faire figurer dès maintenant dans les conditions générales de ventes le prix de référence du lait payé au producteur ». Face à cette attitude, Olivier Picot répondait le 13 février : « Serge Papin est en train de nous dire : « Donnez-moi un chiffre qui me permet de dire au producteur que ce n’est pas moi [qui refuse d’augmenter le prix du lait à la production, ndlr], mais vous ». Chacun se renvoie la balle, donc. Les autres distributeurs restent pour l’heure muets sur la question. Quant à la réunion du Comité de suivi des relations commerciales le 9 février avec Stéphane le Foll, la réaction d’Oliver Picot est sans surprise : « Stéphane Le Foll a convoqué les distributeurs la semaine dernière ! Oui. Cela a dû leur faire peur ! ».

Philippe Chalmin candidat à sa succession à la tête de l’observatoire des prix et des marges

« Je suis candidat à ma succession comme président de l’Observatoire des prix et des marges », annonce Philipe Chalmin interrogé par Agra Presse, suite à la parution le 15 février d’un appel à candidature pour ce poste de la part du ministère de l’Agriculture et de la secrétaire d’Etat au commerce. Président de l’Observatoire depuis sa création par Bruno Le Maire, Philippe Chalmin va donc constituer son dossier de candidat en fonction des règles définies par cet appel. Ce sera, de toute manière, son dernier mandat, explique-t-il. Ce mandat, de trois ans, arrivait en fait à échéance en octobre 2016 et avait été prolongé de 6 mois jusqu’à mi-avril. Selon le communiqué des ministres, ceux-ci « ont souhaité que cette nomination soit la plus transparente possible en publiant largement cet appel à candidature. » Une manière de ne pas être accusé d’user du « fait du prince » car, formellement, la mise en place d’un appel à candidature ne semble pas être une obligation absolue dans ce cas, contrairement à la procédure pour des organismes de plus grande taille comme des établissements publics dépendant de l'Etat.  Les candidats sont invités à se faire connaitre d’ici le 15 mars. Ensuite, le processus devrait être rapide pour être prêt d’ici mi-avril. Philippe Chalmin est actuellement, avec ses collaborateurs, en pleine préparation du rapport au Parlement qui devrait être présenté en avril.


HP