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FNB Les éleveurs attendent le bilan de santé de la PAC avec anxiété

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Malgré le soutien réitéré du ministre de l’Agriculture en faveur de l’élevage à l’herbe, lors de l’assemblée générale de la FNB les 4 et 5 février, les éleveurs de bovins à viande restent inquiets. À quelques jours de la présentation des orientations choisies par la France dans le cadre du bilan de santé de la Pac, le FNSEA n’a toujours pas trouvé de compromis qui satisfasse éleveurs et céréaliers. Le président de la FNB, Pierre Chevalier, a de nouveau défendu un soutien différencié entre secteurs au sein du premier pilier. Il a demandé à la direction du syndicat majoritaire de trancher rapidement pour éviter que les décisions finales ne soient prises par le gouvernement.

Les discours de Jean-Michel Lemetayer et de Michel Barnier, mercredi 4 février à l’occasion de l’assemblée générale de la FNB à Cherbourg, n’ont pas rassuré les éleveurs. Même si son intervention a été applaudie, le ministre de l’Agriculture n’a donné que très peu d’indice des orientations que prendra la France dans le cadre du bilan de santé de la PAC. Une chose est sûre, il a rencontré le Premier ministre le lendemain, et devrait s’entretenir avec Nicolas Sarkozy dans les jours à venir pour décider des derniers arbitrages. L’annonce des modalités françaises ne se fera donc sans doute pas comme prévu le 11 février. Le CSO (Conseil supérieur d’orientation) devrait finalement se réunir le 20 février et c’est le chef de l’État lui-même qui pourrait présenter la position française en ouverture du Salon de l’agriculture le 21 février.

Des positions éloignées entre éleveurs et céréaliers

C’est l’inquiétude qui régnait chez les éleveurs dans la sous-préfecture de la Manche. Lors des interventions des sections régionales, certains syndicalistes ont critiqué les propos tenus par Jean-Michel Lemetayer le 4 février, les trouvant trop proches de la position d’Orama. « Il faut se diriger vers une convergence des soutiens sans pour autant aller jusqu’à une aide unique à l’hectare », avait affirmé le président de la FNSEA. Au contraire, la FNB a rappelé qu’elle demandait un soutien différencié au sein du premier pilier. Son président, Pierre Chevalier, a tenu à saluer le travail du ministre « pour la boîte à outils obtenue à Bruxelles », et l’a fait applaudir par la salle « contrairement, selon lui, à ce qui s’est fait dans d’autres congrès où il s’est fait siffler ». « Nous sommes opposés à toute logique de convergence des aides, la convergence c’est l’absence de politique, c’est pour l’État se priver de tout pilotage, c’est délégitimer les soutiens et favoriser leur démantèlement », a lancé Pierre Chevalier. Et de poursuivre : « Nous récusons aussi une logique centrée uniquement sur le deuxième pilier ». « De toute façon, le meilleur des compromis sera celui qui ne satisfait personne », a prévenu le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau, en conclusion de l’Assemblée générale.

L’herbe privilégiée dans le cadre du 1 er pilier

Dans son discours, Michel Barnier a réaffirmé sa volonté de « réorienter les aides du premier pilier au profit de productions fragilisées – les productions ovine et laitière de montagne – qui abandonneront nos territoires si nous ne faisons rien ». « Ces deux priorités me semblent faire l’objet d’un consensus général avec un financement au titre de l’article 68. Ce consensus, devrait également être trouvé sur une revalorisation de l’ICHN (indemnités compensatoires de handicaps naturels) qui consolidera tout l’élevage en montagne », a précisé le ministre. Il a aussi rappelé qu’il souhaitait privilégier les systèmes à l’herbe dans le premier pilier et développer la production de protéines végétales. « Mais pour être acceptable, la réorientation des aides ne pourra pas être soutenue par les seuls producteurs de grandes cultures », a prévenu Michel Barnier : « Je mesure donc la signification de la proposition de la FNB de découpler de 25% la PMTVA (prime au maintien des troupeaux de vaches allaitantes) ».

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Quel mode de soutien à l’élevage ?

Des questions importantes restent en suspens, a prévenu Michel Barnier. Les références historiques seront-elles justifiables encore demain ? Faut-il déjà faire converger les aides pour préparer la Pac de 2013 ? Et surtout, question fondamentale pour les éleveurs : le lien entre le soutien et une production passe-t-il exclusivement par une aide couplée à la tête ou par une aide à la surface d’herbe couplée à un seuil de chargement minimal, dont le non-respect se traduirait par une réduction significative de toutes les aides ? « Ces points font débat, on peut très bien ne pas y répondre tout de suite mais ils resteront posés », a-t-il prévenu.

La FNSEA doit siffler la fin de la partie

« On se dirige inévitablement vers un arbitrage politique, ça ne se fera plus au sein de la FNSEA », estime le nouveau secrétaire général de la FNB, Jean-Pierre Fleury. Selon lui, aucun consensus ne sortira du syndicat majoritaire, les positions étant trop différentes entre éleveurs et producteurs de grandes cultures. Dominique Barrau refuse ce constat. Il a annoncé que Jean-Michel Lemetayer ferait prochainement – avant la décision gouvernementale – une déclaration politique (et pas technique) sur ce que veut la FNSEA. « Il ne faut surtout pas que Nicolas Sarkozy au moment de l’arbitrage prenne une décision en se disant que le syndicalisme agricole majoritaire est incapable de parler d’une seule voix et qu’il ne sert donc plus à rien ». En conclusion, Pierre Chevalier estimait que « hier nous avons vu un ministre hésitant et un président de la FNSEA perturbé ». « Il est temps que la FNSEA siffle la fin de la partie, a demandé le président de la FNB, ou alors il faut nous prévenir tout de suite d’arrêter nos productions et importer notre viande ».