Les 6 et 7 juin, des éleveurs laitiers ont bloqué tout mouvement venant de l’usine Entremont de Guingamp dans les Côtes-d’Armor. Ils revendiquaient une hausse des prix.
Près de 300 producteurs ont bloqué l’usine Sodiaal (Entremont) de Guingamp dans les Côtes-d’Armor, les 6 et 7 juin. Issus de la FDSEA22 et des JA de Côtes-d’Armor, les éleveurs demandaient une rémunération de 340 euros/1 000 l alors qu’ils sont rémunérés actuellement 300 euros/1 000 l. « Si nous n’obtenons pas gain de cause, les éleveurs des autres départements bretons pourraient être amenés à nous rejoindre », prévenait Jean-Marc Lohier, président de la section lait de la FDSEA22 le 6 juin. Sodiaal compte 70 usines sur le territoire français. Le prix payé aux producteurs est identique quelle que soit l’usine, sauf pour les productions bio et AOC-AOP sous cahier des charges. Après un entretien avec Damien Lacombe, président de Sodiaal, les éleveurs ont décidé de lever le blocage, mais ils se sont dits insatisfaits de la proposition qui leur était faite, car la direction leur propose 310 euros/1 000 l en juillet, puis 330 euros en août et septembre. Ils ont annoncé que faute de réponse satisfaisante, ils rejoindront l’appel national de la FNPL à bloquer tous les industriels laitiers et coopératives.
Le prix du beurre flambe
Pourquoi une coopérative aussi importante que Sodiaal, qui valorise son lait à 60 % sur le marché intérieur, avec une gamme de produits à forte valeur ajoutée et des marques reconnues, n’arrive pas à mieux rémunérer ses producteurs ? Damien Lacombe est conscient des difficultés que connaissent les producteurs. « Les trésoreries sont malmenées et tout le monde attend une reprise des prix ».
Pourtant, aujourd’hui, la reprise des cours est là. Mieux : le prix du beurre flambe et la tendance est à la hausse pour la poudre de lait. Et dans le même temps, on observe une pénurie de lait du fait d’une décapitalisation des exploitations qui ont besoin de trésorerie. « Nous assistons à une destruction des exploitations particulièrement inquiétante », souligne André Bonnard de la FNPL. Pour lui, le prix payé aux producteurs est trop souvent connecté au prix mondial. « Le prix aux producteurs est revu à la baisse quand le prix mondial recule, mais pas à la hausse quand le prix monte. Ce n’est plus possible ! », lance-t-il.
Sodiaal veut répercuter la hausse des prix auprès des clients finaux
Selon André Bonnard, le prix moyen payé en France est actuellement de 300 à 310 euros/1 000 l contre 320 à 330 euros/1 000 l dans les autres pays de l’UE. « Il ne faut pas oublier que nous rémunérions 37 euros/1 000 l de plus que l’Allemagne au plus fort de la crise l’an passé », rétorque Damien Lacombe. Ce dernier souligne que les négociations tarifaires avec les clients ont eu lieu en début d’année 2017, alors que les prix étaient plus bas. « Notre enjeu est de répercuter ces hausses de prix auprès de tous nos clients sur les produits qui contiennent de la matière grasse », insiste Damien Lacombe. Ce qui n’est pas chose aisée.
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Pour répondre en partie aux éleveurs, Damien Lacombe a expliqué que le conseil d’administration allait proposer à la toute prochaine assemblée générale de Sodiaal, de distribuer 25 millions d’euros du résultat aux producteurs selon les modalités suivantes : 0,40 euro/1 000 l sous forme d’intérêts aux parts, 2,60 euros/1 000 l en cash et 2 euros/1 000 en capital pour permettre à la coopérative d’investir.
Pour améliorer la valorisation du lait, Sodiaal dit jouer à fond la segmentation des marchés. La coopérative travaille d’ailleurs à une meilleure valorisation du lait en développant des marchés porteurs comme le lait bio et le lait infantile. Elle poursuit par ailleurs la modernisation des usines, notamment celles issues d’Entremont, repris en 2011, qui souffraient d’un manque d’investissements. « Nous cherchons à améliorer la situation, mais nous avons besoin d’avoir des outils de gestion des risques pour pallier l’ouverture des marchés. La future Pac doit aller dans ce sens et il faut maintenir le dispositif d’incitation de réduction volontaire de la production », poursuit-il.
Tout le monde a les yeux rivés sur Sodiaal car un grand nombre de coopératives tiennent compte du positionnement de Sodiaal pour faire évoluer le prix payé à leurs propres producteurs. De par sa taille, il s’agit en quelque sorte d’un maître étalon.
Une distribution de 25 millions d’euros du résultat aux producteurs, soit 5 €/1000 l dont 3 € qui soulageront les trésoreries
Début de réflexion sur des dispositifs de lissage des prix
Les producteurs demandent un plus grand lissage des prix. « Sur les produits laitiers basiques, correspondant au prix B, nous essayons de mettre en place des contrats à marge sécurisée", a expliqué le président de Sodiaal. Quant aux segments de marché liés à la grande distribution, « nous pouvons imaginer des mécanismes, à condition que celle-ci ne s’empare pas de la marge », insiste-t-il. Et les contrats pluriannuels ? « Pourquoi pas, mais quand on entre dans tels mécanismes, il faut savoir que si le prix flambe, le producteur n’en bénéficiera pas. Ou bien il faut prévoir des clauses de révision du prix en fonction de marchés », lance-t-il.