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Élevage Les éleveurs plus sensibles à l’action internationale de Nicolas Sarkozy

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En élevage, quelle que soit la production, le bilan de santé de la Politique agricole commune (Pac) a été bien perçu. Côté loi de modernisation agricole (LMA) et contractualisation, le bilan est plus mitigé du fait de la distribution qui ne joue pas le jeu, selon les éleveurs. La position du gouvernement face à cette dernière pose question et, indirectement, remet en cause la valeur de la LMA. Pour certains syndicalistes, le gouvernement ne répond pas aux vraies problématiques de terrain alors que cela permettrait à l’agriculture de retrouver cette compétitivité qui ne cesse de décroître avec les années. Par contre, à l’international, à l’OMC comme pour le G20, le travail de Nicolas Sarkozy est plutôt bien reconnu. Une absence notoire cependant à cette politique de l’élevage : l’installation des jeunes agriculteurs ne semble pas être prioritaire.

Globalement en élevage, le bilan de santé de la Pac et la contractualisation sont les deux « mesures fortes et novatrices » des quatre ans de présidence de Nicolas Sarkozy, comme l’explique Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine. Le bilan de santé de la Pac par Michel Barnier a été extrêmement bien perçu par le monde de l’élevage. Guy Merieau, président de Coop de France Bétail et Viande, parle d’un « vrai courage politique de Michel Barnier », avis partagé par bon nombre d’interlocuteurs des productions animales. Avec cette réforme, « pour les producteurs d’ovins, Nicolas Sarkozy restera le président qui aura fait le rééquilibrage des aides » et indirectement relancé la production ovine (+6 900€ en moyenne par exploitation, selon Agreste), affirme Serge Preveraud, président de la Fédération nationale ovine. Pierre Chevalier va même plus loin : « Michel Barnier a anticipé sur la Pac 2013-2020. On le voit aujourd’hui à Bruxelles car maintenir un budget Pac semble actuellement impossible s’il n’est pas plausible, lisible, transparent et explicable ».

La contractualisation reste critiquée

Le sujet de la contractualisation est moins consensuel. « Elle reste la mesure phare de la LMA », explique Pierre Chevalier. Serge Preveraud comme Adolphe Thomas, président du Syndicat national de la nutrition animale, ou Guy Merieau soulèvent cependant que ce n’est pas parce que cela est « décrété que c’est réglé ». Ce décalage entre les décisions et les applications sur le terrain est souvent mis en avant. « La contractualisation, il faut l’adapter au pays, au territoire et aux personnes », s’exclame Serge Preveraud. « La contractualisation ne se décrète pas, il faut en avoir les moyens », insiste Guy Merieau, qui constate qu’en production ovine, « cela n’a rien changé sur le terrain ». Toute la problématique de cette contractualisation repose sur la distribution qui ne rentre pas encore dans le jeu de ces contrats, maillon par maillon, au sein des filières. Jean-Michel Serres, président de la Fédération porcine, va plus loin et déclare : « Le ministre de l’Agriculture se donne une obligation de moyen, mais pas de résultats ».

Un gouvernement plus ferme face à la distribution

Guy Merieau précise qu’« on s’interroge sur la capacité des pouvoirs publics à régenter – même si le mot est fort – les choses. La contractualisation nous a permis de clarifier des points, mais l’on reste toujours interrogatif quant à la position du gouvernement face à la grande distribution ». L’accord du 3 mai sur la volatilité des prix des aliments du bétail, signé entre éleveurs, industriels et distributeurs, est également cité par les interlocuteurs comme un exemple de ce positionnement du gouvernement face à la grande distribution. Même réflexion pour l’Observatoire des prix et des marges. Une idée intéressante mais le gouvernement légiférera-t-il à la suite des résultats obtenus, notamment en viande bovine ? « J’ai peur que l’on n’aille pas au bout des choses », avoue Guy Merieau. Par ailleurs, le rapport de Philippe Chalmin, rendu en décembre 2010, sur cette production est un jugé comme un exemple significatif : un rapport d’étape certes, mais « trop précipité » pour beaucoup. « Nous avons un ministre qui veut tout faire rapidement », caractérise Guy Merieau.

Rien de vraiment concret et trop d’« esbroufe »

« La LMA, la LME (loi de modernisation de l’économie) ou l’accord du 3 mai, c’est beaucoup d’artificiel et rien de vraiment concret, beaucoup de communication et pendant ce temps, le gouvernement évite les vrais dossiers », estime Guy Merieau. Car, comme le font remarquer Jean-Michel Serres et Adolphe Thomas, depuis plusieurs années, la compétitivité de l’agriculture française s’érode, notamment en production porcine. « Pourquoi l’autorisation des camions 44 tonnes à circuler sur les routes françaises a-t-elle mis autant de temps ? Pourquoi le fret SNCF n’est-il pas plus efficace ? Pourquoi la réforme portuaire a-t-elle tant tardé ? », cite Adolphe Thomas comme vraies interrogations. Guy Merieau parle d’un toilettage de l’industrie d’abattage ainsi que des rapports entre organisations de producteurs commerciales et non commerciales. Jean Michel Serres donne l’exemple du décret « installations classées » permettant l’agrandissement des élevages de porc : « Toute l’affaire des installations classées a été longue à concrétiser alors qu’il y a urgence. Et si déjà nous avions une application homogène sur tout le territoire de ce décret, cela serait une avancée. » Plus globalement, il juge que « la réactivité des pouvoirs publics est là, mais leur volonté, c’est d’aller vite ».

Un tempo de mesures inapproprié

Le temps apparaît comme une clef d’entrée dans ce rapport entre gouvernement et agriculture. Un temps trop rapide d’un côté et trop lent de l’autre. Michel Prugue, président de la Confédération française de l’aviculture, préfère parler d’une déconnection des mesures comme la LME « avec la vraie vie ». Pour Adolphe Thomas, par contre, cette question du temps est effectivement primordiale car « on voit que certains pays avancent plus vite que nous ». L’exemple de l’Allemagne revient alors sur le tapis, cristallisant tous les enjeux en termes de compétitivité et de distorsions de concurrence. Le Grenelle de l’environnement a été mal perçu dans ce sens, imposant des contraintes supplémentaires, difficiles à accepter dans une optique de gain de compétitivité. La France a déjà bon nombre de mesures sanitaires que les pays voisins n’imposent pas.

Un manque de cohésion entre ministères

« Le Grenelle de l’environnement a été un peu brutal avec des objectifs ambitieux qui ne seront pas atteints. Mais le côté positif, c’est que cela a permis de réfléchir à des alternatives », estime Guy Merieau. Jean-Michel Serres est plus incisif : « Il existe une incapacité notoire dans ce pays à trancher entre environnement et efficacité économique. Il faut quand même un discours clair du politique. » Il revendique également une « cohérence entre un ministre qui parle d’un panier alimentaire low-cost (Frédéric Lefebvre) et un autre ministre qui veut une juste rémunération des producteurs (Bruno Le Maire). » Manque de cohérence et de cohésion entre ministères ainsi qu’au sein de l’administration, un thème qui revient également dans la bouche de Michel Prugue. Cette problématique se retrouve encore actuellement avec la sécheresse. « Il y a une incompréhension qui monte et qui pourrait provoquer des réactions assez fortes » de la part du monde agricole, estime-t-il.

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