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Croissance verte Les énergies renouvelables au secours de l’agriculture

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Dans l’éolien, le biogaz, le photovoltaïque ou la biomasse, le monde agricole a des atouts à faire valoir (surfaces, matières premières..). Et beaucoup à gagner, en termes de complément de revenus notamment. Pour la FNSEA, qui organise (avec les Jeunes agriculteurs et l’APCA) le 8 décembre un colloque « Agriculture, énergies renouvelables et compétitivité », cela ne pourra pas se faire sans une réglementation adaptée. Mais les agriculteurs savent qu’ils devront s’organiser pour garder la main sur la valeur ajoutée de cette nouvelle source de revenus.

«L’environnement, ça commence à faire bien », ironise Francis Claudepierre, éleveur laitier en agriculture biologique qui a été le premier en France à construire une unité de méthanisation agricole sur sa ferme en 2001. Comme en témoignent les agriculteurs lorrains rencontrés lors d’un voyage de presse organisé par la FNSEA en Meurthe-et-Moselle le 30 novembre, les exploitants sont prêts à s’engager dans les énergies renouvelables surtout si cela leur permet de gagner en compétitivité. Pendant la crise du lait, ils ont clairement pris conscience que le développement outre-Rhin du biogaz notamment avait permis aux éleveurs allemands de mieux résister à la chute des cours. C’est pour cela que la FNSEA demande une réglementation claire, simplifiée, pérenne et adaptée au monde agricole. Pour préciser ces attentes, le syndicat, organise avec les Jeunes agriculteurs et l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) un colloque « Agriculture, énergies renouvelables et compétitivité », le 8 décembre à Paris, en partenariat avec le Syndicat des énergies renouvelables (Ser).

Complément de revenu
Certains agriculteurs profitent déjà des énergies renouvelables principalement grâce aux installations photovoltaïques. Entre 2006 et 2009, le tarif de rachat de 60 cts/kWh par EDF a convaincu de nombreux agriculteurs d’investir. Depuis que ce tarif a été révisé à la baisse, les installations photovoltaïques sont beaucoup moins rentables pour les agriculteurs surtout dans les régions du Nord où l’ensoleillement n’est pas optimal. L’éolien aussi peut bénéficier aux exploitations agricoles. Stéphane Malgras, agriculteur à Igney (54) a investi 10 000 euros en 2003 dans la construction d’un parc éolien qui compte aujourd’hui 22 installations pour une production de 44 MW. Ce placement est rémunéré à 7% pendant 15 ans. Il touche également un loyer pour la location d’une partie de ses terres puisque deux éoliennes y ont été installées. « Ce projet a donné un élan à tout le canton, explique-t-il. Ce qui explique sa réussite c’est l’implication d’acteurs de terrain et la communication ». « Avec la méthanisation, nous allons faire un tabac, j’en suis sûr », se félicite Fabrice Noirot, secrétaire général de la FDSEA de Meurthe-et-Moselle.

Garder la maîtrise des installations
Mais pour le moment cette explosion annoncée des installations de méthanisation est bloquée par l’absence de tarif incitatif de rachat de l’électricité. Un décret devrait voir le jour dans les mois qui viennent. Laurent Paquin, président de la FDSEA de Meurthe-et-Moselle, étudie depuis plusieurs mois avec d’autres agriculteurs, la coopérative EMC2 et la communauté de communes du Jarnisy, l’installation d’une unité de production de biogaz collective. « Aujourd’hui notre projet est bloqué par l’impossibilité d’injecter le gaz dans le réseau et l’absence de tarif de rachat de ce gaz », déplore-t-il. « Les agriculteurs espèrent que cela leur apportera un peu de rémunération », mais selon lui l’enjeu principal ce sont les engrais azotés issus du digestat de la méthanisation sur lesquels les grandes entreprises veulent mettre la main. « On espère que face aux géants de l’environnement, les politiques choisiront de défendre l’emploi agricole sur le territoire. En même temps, nous ne sommes pas utopistes et nous nous organisons », prévient le syndicaliste agricole.

Lever les freins règlementaires
« Il ne faut pas oublier que les énergies renouvelables sont aussi des énergies réparties », argumente Francis Claudepierre. En effet l’électricité injectée en bout de réseau surtout pendant les pics de consommation permet à EDF de réaliser de grosses économies. Une fois le nouveau tarif de rachat de l’électricité produite à partir de biogaz publié, « le prochain chantier sera de négocier des tarifs de jour et de nuit. Car c’est en heure de pointe que cela coûte le plus cher à EDF de fournir de l’électricité en bout de ligne. Or, la méthanisation est la seule énergie renouvelable qui soit stockable (un méthaniseur peut accumuler 12 heures de gaz environ) », explique, avec enthousiasme, Francis Claudepierre. Il va même plus loin, rêvant de pouvoir comprimer son gaz pour alimenter son tracteur. « C’est techniquement faisable, sauf que réglementairement on n’a pas le droit ! ». Là encore il faudra faire changer les choses.

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