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Pandémie de grippe Les experts de l’UE appellent à la rigueur quant à la sécurité des élevages

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Si les restrictions au commerce du porc imposées par de nombreux pays dans le monde apparaissent être « injustifiées » à leurs yeux, les vétérinaires de l’UE n’en considèrent pas moins que les éleveurs de la Communauté doivent se prémunir contre toute infection virale de leurs installations. De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) multiplie les pressions sur l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE) pour que la grippe porcine soit ajoutée à la liste des maladies à déclaration obligatoire. Quant aux professionnels, ils se félicitent d’avoir obtenu de l’OMS qu’elle baptise le nouveau virus « A/H1N1 » sans aucune référence aux porcs.

La découverte d’un cas de transmission du nouveau virus de la grippe A/H1N1, de l’homme vers des porcs, au Canada, « ne remet pas en cause les déclarations sur l’absence de risques liés à la consommation de viande de porc », ont rassuré, le 5 mai, les experts vétérinaires de l’UE. Cependant, « le rôle des porcs dans l’épidémie de grippe H1N1 n’est pas encore élucidé et doit encore être étudié par la communauté scientifique ».

A ce stade, et malgré ces incertitudes, les restrictions au commerce de ces animaux « ne sont pas justifiées », indiquent-ils. Selon eux, les habituelles mesures de précaution – les règles de biosécurité et d’hygiène – doivent être appliquées scrupuleusement afin de se prémunir contre la pénétration de tout virus dans les exploitations par le biais de mouvements de personnes, de véhicules ou de tout autre matériel.

Révision de la liste des maladies à déclaration obligatoire

Pour le chef vétérinaire de la FAO, Joseph Domenech, « la transmission de l’homme à l’animal ne doit pas surprendre ». Il rappelle que les virus sont en mutation génétique constante, ce qui exige une surveillance accrue des maladies respiratoires porcines et de tout syndrome de ce type.

Dans le même ordre d’idée, l’OMS considère désormais « indispensable » une révision de la liste des épizooties à déclaration obligatoire pour y inclure la grippe porcine. Considérée actuellement comme « bénigne », cette maladie « passe en dessous du radar des autorités de santé animale », a regretté le directeur pour la santé des aliments de l’organisation, Peter Ben Embarek. Ajoutant, sous forme de critique implicite de l’OIE : au lieu d’être détectées chez les humains, comme c’est le cas du nouveau virus, des menaces infectieuses devraient être repérées d’abord chez les animaux afin de permettre une riposte précoce. Selon M. Embarek, il s’agit « probablement d’un virus qui peut circuler en aller et retour entre l’être humain et le porc »

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200 porcs en quarantaine au Canada

Quelque 200 porcs d’un élevage dans l’ouest du Canada ont été placés en quarantaine, le 3 mai, suite à l’apparition du virus A/H1N1. Ils devaient être abattus, par précaution. Les autorités du pays ont indiqué à l’OIE que l’élevage avait probablement été contaminé par un charpentier de retour d’un voyage récent au Mexique. Cet homme, ainsi que l’éleveur et sa famille, avait présenté des symptômes de la grippe entre le 14 et le 29 avril.

De son côté, la Commission européenne se montre rassurante à court terme sur l’évolution de la pandémie humaine. Selon ses experts, l’arrivée des premières chaleurs en Europe devrait permettre d’endiguer plus facilement le développement du virus. En revanche, insiste-t-elle, il convient de préparer un vaccin en vue d’une probable réapparition de cette forme de grippe à l’automne. Le 6 mai au matin, les autorités sanitaires de l’UE dénombraient 125 cas humains confirmés dont 17 liés à des contaminations intervenues sur le sol européen, essentiellement au Royaume-Uni et en Espagne.

Multiplication des embargos sur la viande de porc

Les services vétérinaires russes, qui justifient leur prudence par l’incapacité de leur pays à faire face à une épizootie de grande ampleur, ont confirmé leur intention de maintenir leurs restrictions sur les importations de porc en provenance de pays touchés par le virus. Le Canada, le Mexique, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Espagne figurent parmi les zones visées par Moscou. De même, la Chine a défendu le principe des embargos jugés compatibles avec les règles de l’OMC. Pékin estime n’avoir « pas d’autre choix » que d’instaurer de telles restrictions au commerce afin de protéger les populations et les animaux. La Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie, la Jordanie, le Japon et la Corée du Sud ont aussi interdit les importations de porcs ou instauré des mesures drastiques de contrôles sanitaires à leurs frontières. Pour sa part, l’Egypte a procédé, malgré les protestations de ses éleveurs, à l’abattage des quelque 250 000 porcs du pays.