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Les exportations des amidonniers en chute

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L’amidonnerie française a vu son chiffre d’affaires dégringoler en 2024 de plus de 20 %, conséquence de la chute de ses carnets de commandes. La filière hexagonale et européenne souffre d’un manque de compétitivité à l’export. Elle dénonce les freins réglementaires nationaux et européens.

Lors d’une conférence de presse organisée le 25 septembre avant son assemblée générale à Paris, l’Usipa (représentant les amidonniers français) a annoncé un chiffre d’affaires de l’amidonnerie nationale entre 2023 et 2024 en recul de 21 %, à 3,1 milliards d’euros. Selon les industriels, cette chute s’explique essentiellement par la baisse des exportations hexagonales. Le syndicat rappelle que la filière exporte 71 % de ses volumes, dont un peu plus de deux tiers sont destinés à l’UE et le reste vers les pays tiers. « 2024 a été marquée par un recul généralisé du chiffre d’affaires réalisé à l’export. Celui-ci a reculé de 18 % en un an, passant de 2,7 à 2,2 milliards d’euros », peut-on lire dans le dossier de presse.

En plus de l’export, l’Usipa pointe la faiblesse de la demande alimentaire et du secteur de la chimie-pharmacie en France et en Europe, ce dernier étant en crise. « L’inflation a certes baissé, mais pas de manière homogène concernant l’alimentation. Nous constatons une baisse dans nos carnets de commandes émanant de l’agroalimentaire mais aussi du secteur petfood (alimentation des animaux de compagnie, NDLR) », pointe Marie-Laure Empinet, sa présidente.

Les amidonneries françaises ne tournent pas à pleine capacité

Ce repli des carnets de commandes oblige les usines françaises à tourner en sous-capacité, indique le syndicat. En conséquence, la consommation de grains par les sites est en recul. D’après l’Usipa, 5 Mt de matières premières ont été utilisées dans les amidonneries en 2024 (2,7 Mt de blé, 1,6 Mt de maïs et 0,6 Mt de pomme de terre), contre 5,2 Mt en 2023.

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L’organisation pointe le manque de compétitivité à l’export de la filière, que ce soit au niveau européen et hexagonal. Elle déplore les quotas carbone, plus sévères en UE qu’en Chine et aux États-Unis, les principaux concurrents. Et d’ajouter l’interdiction du recyclage des eaux usées traitées par les stations d’épuration extérieures aux amidonneries (Step). « D’autres pays européens concurrents peuvent le faire, notamment la Belgique, mais pas nous », dénonce Marie-Laure Empinet. L’industrie de l’amidonnerie a pourtant fait des efforts massifs, réduisant sa consommation d’eau de 29 % entre 2019 et 2024. Néanmoins, « nous avons atteint un plafond. La seule marge de progression se trouve dans la possibilité de réutiliser ces eaux usées », alerte-t-elle. Ainsi, le syndicat réclame que ce frein soit levé.

L’industrie ne se montre guère optimiste pour 2025-2026, voire au-delà. Certes, les prix des matières premières (blé, maïs, pomme de terre), qui représentent 65 à 75 % des coûts de production des amidonniers, ont chuté. De plus, il semble que la récolte française de maïs soit bien meilleure en qualité en 2025 qu’en 2024, mais le changement climatique pourrait multiplier les mauvaises années à l’avenir. Pour rappel, bon nombre de lots de maïs avaient subi des contaminations aux mycotoxines l’an dernier, en raison des pluies, augmentant les coûts de traitement pour l’industrie. « Les débouchés de l’alimentation animale ont beaucoup souffert », précise Marie-Laure Empinet. En effet, les mycotoxines se sont concentrées dans les drêches et l’huile, qui n’ont, dans certains cas, pas pu être livrés aux usines de production d’aliments pour animaux.

Ensuite, l’énergie, représentant 15 % à 25 % des coûts de la filière, reste onéreuse. Sans oublier que les freins réglementaires sont toujours là. Ajoutons à cela la concurrence états-unienne et surtout chinoise qui s’intensifie. « Avec les taxes de Donald Trump, l’amidonnerie française et européenne a du mal à poursuivre ses exportations aux États-Unis. Et la Chine, ne pouvant plus exporter vers les USA, risque de se tourner vers l’UE », pointe Marie-Laure Empinet. Enfin, le contexte économique européen reste atone, pesant sur la demande générale.

La Chine, ne pouvant plus exporter vers les USA, risque de se tourner vers l’UE, craint l’Usipa