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Biotechnologies Les fabricants de maïs doux redoutent la levée du moratoire sur les OGM

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Bruxelles devait lever le moratoire sur les OGM, le 19 mai, en autorisant la commercialisation, pour l’alimentation humaine en Europe, du maïs doux Bt 11. A un mois des élections du Parlement européen et de la période estivale, traditionnel pic de consommation de maïs doux, cette décision des commissaires suscite la polémique dans la classe politique et chez les industriels.

Le maïs doux provenant du maïs Bt 11 (…) peut être placé sur le marché communautaire comme un nouvel aliment ou un nouvel ingrédient alimentaire ». Sauf coup de théâtre, voici l’article 1 de la principale décision que devait adopter le collège des 30 commissaires européens, le 19 mai. Le maïs Bt 11 devait donc mettre fin au moratoire sur les OGM décrété en 1999 par les ministres de l’Environnement d’alors. Dûment étiqueté, cet OGM ne sera autorisé que pour la commercialisation, non pour la culture au sein de l’Union européenne.

« La consommation avait chuté de 6% »

Pas moins de sept commissaires ont cosigné la décision soumise au vote de la Commission, David Byrne, le commissaire en charge de la Santé et de la protection des consommateurs, en tête. Avant le vote, seuls quatre commissaires affichaient des « réserves ». Ainsi, les services de Jacques Barrot, le nouveau commissaire français, en charge de la Politique régionale, s’interrogent sur « l’opportunité politique » d’une telle décision à quelques semaines des élections parlementaires.

« Jusqu’au dernier moment, nous espérons que cette décision sera reportée», estimait de son côté Vincent Truelle, de l’Adepale (Association des entreprises de produits alimentaires élaborés) quelques jours avant le vote. Les producteurs de maïs doux français craignent l’impact de la levée du moratoire sur la consommation de maïs, d’autant qu’elle intervient à l’ouverture de la période de forte consommation. « Lors de l’autorisation d’un maïs OGM pour l’alimentation animale, en 1999, la consommation avait chuté de 6 % en France», s’inquiète Vincent Truelle.

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« Fin décembre, cela aurait été mieux ! »

Cette inflexion était d’autant plus spectaculaire que le marché enregistrait à cette époque, et depuis plusieurs années, des taux de croissance de 5 à 6 % par an, indique-t-il. Les fabricants de maïs doux redoutent donc que le scénario se répète, même si les règles d’étiquetage assurent aux consommateurs une information claire. Les fabricants de maïs doux ne sont pas hostiles a priori aux OGM. « Ce qui guide notre politique, c’est les consommateurs. Et aujourd’hui, ils n’en veulent pas », insiste Vincent Truelle.

« Autoriser le maïs Bt 11 en mai n’est pas habile (…), fin décembre, cela aurait été mieux !», poursuit-il, quelques jours avant le lancement par son organisation, l’Adepale, d’une campagne visant à rassurer les consommateurs sur le thème : « Pas d’OGM dans le maïs doux vendu par les fabricants français ». Ces derniers représentent 90 % du marché hexagonal. « Dans l’hypothèse, très peu probable, où du maïs doux OGM importé serait mis en rayon par des distributeurs (…) les consommateurs seront très clairement informés », prévient l’Adepale.

Personne aujourd’hui n’a l’intention d’importer en Europe du maïs doux confirmait d’ailleurs un fonctionnaire européen en charge de ce dossier, il y a quelques semaines. Voilà qui relativise la décision prise par les commissaires. Quoi qu’il en soit, le moratoire est maintenant entre les mains des consommateurs.