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Grande-Bretagne Les filières veulent que Londres parte avec sa part de contingents

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À l’instar de la filière sucrière, les filières viande blanche, ovine et bovine souhaitent que le Royaume-Uni quitte l’Europe en emportant avec elle sa part de contingents d’importations à droit nuls.

Sur de nombreux marchés agricoles, le Royaume-Uni est un importateur de produits issus des pays tiers, et utilise largement à ce titre des contingents d’importation à droits nuls négociés par l’Europe. Bon nombre de filières craignent qu’une fois le Royaume-Uni parti, les contingents restent à l’échelle de l’Europe au même niveau qu’actuellement. En somme, que le Royaume-Uni ne parte pas avec la part de contingents tarifaires qu’il lui revient, c’est-à-dire une part correspondant à l’usage qu’elle en faisait ces dernières années.

20 à 30 % du sucre qui entre dans l’UE vont en Grande-Bretagne

La filière sucrière est l’une des plus inquiètes. Pour les pays Afrique-Caraïbe-Pacifique (ACP) et les pays les moins avancés (PMA), il n’y a aucun droit de douane. Mais, pour certains d’entre eux, il existe des contingents d’importation à droit réduit (voire à droit nul pour l’Inde) qui avaient été instaurés dans le cadre de l’OMC au moment de l’entrée de certains États dans l’UE (comme la Bulgarie, la Roumaine ou la Croatie) de sorte que les pays exportateurs conservent leurs débouchés. Ces contingents représentent environ 800 000 t de sucre. « Aujourd’hui, on sait que 20 à 30 % du sucre qui entre dans l’UE sont à destination de la Grande-Bretagne », précise l’économiste de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB), Timothé Masson.

« En cas de hard Brexit, explique l’économiste, les pays déficitaires en sucre, c’est-à-dire ceux du sud de l’Europe, se retrouveraient avec des contingents d’importation à droit réduit gonflés de 30 % qui leur permettraient d’importer du sucre roux, au détriment des pays producteurs, notamment la France, l’Allemagne et la Belgique ».

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Un accord entre l’UE et le Royaume-Uni envoyé à l’OMC

Les représentants permanents à l’OMC de l’UE et du Royaume-Uni ont fait parvenir à leurs homologues des membres de l’OMC une lettre conjointe pour proposer une méthode afin de séparer les contingents à droits réduits entre l’UE et le Royaume-Uni au prorata des importations de chacun. Ainsi, pour les contingents fixés dans le cadre de l’OMC, même si celle-ci ne s’est pas encore prononcée, l’affaire est bien engagée. En revanche, les choses sont bien plus complexes pour les accords bilatéraux, dont les contingents cumulés représentent 720 000 tonnes de sucre. « Nous demandons une séparation des contingents pour chaque accord bilatéral, de la même façon que pour l’OMC », insiste Timothé Masson.

Comme le sucre, les filières volaille de chair sont particulièrement inquiètes du sort qui sera fait aux contingents d’importation sans droits de douane après le Brexit. Malgré le protocole proposé à l’OMC, la filière se demande si les pays concernés, la Thaïlande par exemple, se sentiraient contraints de le respecter. La filière ovine soulève de son côté les contingents accordés à la Nouvelle-Zélande ou à l’Australie dont la majorité part vers le Royaume-Uni.

Dans la filière bovine, c’est le récent accord avec le Canada que l’on veut renégocier. Dominique Langlois illustre : « Les 65 000 tonnes de viande bovine négociées à Vingt-huit dans le cadre du Ceta, comment vont-elles être réparties ? Sans Brexit, des tonnages seraient allés sur le Royaume-Uni. Que vont devenir ces tonnages ? » L’idée de « scinder les contingents en se référant aux flux historiques ne semble pas absurde », explique l’économiste de l’institut de l’élevage, Philippe Chotteau.