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Tempête Les forestiers menacent de ne pas dégager les bois abattus

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Furieux que les aides gouvernementales annoncées le 12 février ne comprennent aucune mesure d’indemnisation, les sylviculteurs oscillent entre menaces et découragement. Le syndicat des sylviculteurs du Sud-ouest appelle ses adhérents à « ne rien faire » pour dégager le bois des parcelles.

Le torchon brûle-t-il entre les professionnels et les pouvoirs publics ? Pour le syndicat des sylviculteurs du sud-ouest, il n’y a pas de doute. « Une fois de plus, les forestiers seront les seules victimes non indemnisées (…) Le ministre de l’Agriculture a fait l’impasse sur la forêt. C’est dire la haute idée que le gouvernement a du développement durable, de la réduction du CO2 et du changement climatique », déplore la structure professionnelle au lendemain des annonces gouvernementales Agra Presse hebdo n°3190 du 16 février 2009. en faveur des forestiers du Sud-ouest. « La confiance est rompue. Nous ne reboiserons pas », lance le syndicat, ajoutant que le mot d’ordre adressé aux sylviculteurs est de « ne rien faire, de ne pas vendre les bois, de ne pas bouger tant que le ministre n’aura pas accepté le principe de l’indemnisation ». « Avec ce qui nous a été annoncé, je ne pense pas que nous ressortirons les bois, ils vont rester sur place », déclare Bruno Lafon, le président du CRPF (Centre régional de la propriété forestière) d’Aquitaine. Selon lui, les sommes annoncées le 12 février « sont dérisoires par rapport au travail qui reste ».

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Motiver les forestiers pour reboiser

Moins radical dans la forme, le ton de la Fédération nationale des syndicats de forestiers privés n’en est pas moins inquiet. « Où sont les indemnisations pour les forestiers qui ont tout perdu ? », interroge le syndicat. « Comment imaginer que les sylviculteurs qui ont tout perdu accepteront d’entrer dans une démarche de mobilisation de leurs bois alors que, de l’avis des opérateurs de l’exploitation forestière et industriels du bois, aujourd’hui la valeur du bois dans ces forêts est proche de… zéro euro par m 3 ? », questionne l’organisation. Un découragement majeur des sinistrés est à craindre, estime la fédération professionnelle. Un point de vue partagé par Pierre Ducray, le directeur de l’Union des coopératives forestières françaises (UCFF). « Il faut remotiver les forestiers sinistrés pour replanter. Les propriétaires sont écoeurés. Il est nécessaire de débloquer des aides importantes et d’apporter des garanties sur les investissements », insiste le représentant des coopératives. L’urgence est également à la définition du dispositif technique permettant de sortir et stocker les bois. « Tant que ce dispositif n’aura pas été arrêté dans le détail, on sera coincé pour évacuer et commercialiser le bois », souligne-t-il, l’objectif étant de mettre l’essentiel des bois de qualité « au moins en stockage sous eau » d’ici les mois de juin-juillet. « Ce qui est important, ajoute Pierre Ducray, c’est de connaître très rapidement le cadre dans lequel les gens vont travailler. Après, ce sera le sprint. On n’aura pas beaucoup de temps… C’est un énorme pari ».