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Investissements au Brésil Les Français y croient... sans complexe

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Le Brésil, « ce pays qui est en train de devenir la première puissance agricole au monde » selon l’économiste Jean-Yves Carfantan, qui y réside, attire de nombreux investisseurs dont les Français. Ce nouvel Eldorado qui exporte 10 à 15 fois en France ce qu’il achète à notre pays a plus d’un atout. En premier lieu : 182 millions d’habitants qui coûtent peu cher... au travail. La main d’œuvre est ici l’une des moins chères du monde. Le gain de compétitivité frôle les 30 à 35 %. Deuxième volet de notre reportage au Brésil .

Des rangées de palmiers bien alignées à l’entrée de la sucrerie Guarani, à Olimpia, dans l’État de Sao Paulo. Des plantes vertes dans l’usine à ciel ouvert qui survivent dans une chaleur étouffante. « En 2000, lorsqu’on est arrivés ici, je croyais que toute cette végétation c’était en l’honneur notre venue,se souvient Jean-Claude Religieux, représentant du groupe Tereos au Brésil. Cela me changeait d’Origny (site de la première sucrerie créée en 1869 dans l’Aisne : ndlr) mais les Brésiliens se montrent simplement très sensibles aux problématiques liées à l’environnement ! ».

Un bilan positif pour Tereos

Le groupe Tereos, né du rapprochement entre Union SDA et Béghin-Say, est implanté au Brésil depuis quatre ans. Le groupe est présent au Brésil par l’intermédiaire de FBA (Franco Brasileira de Açucar e Alcool) et Guarani. Un bilan très positif. Les trois objectifs fixés par Tereos à son arrivée ont été atteints explique Jean-Claude Religieux. Alors que l’exportation sur les pays tiers tend à se fermer à l’Europe, le groupe Tereos entendait participer à la croissance du marché mondial du sucre (en progression de 2 millions de tonnes par an), satisfaite à 50 % par le Brésil, premier producteur et premier exportateur mondial de sucre. La croissance du marché mondial du sucre et celle de la production du Brésil sont confirmées : de 130 à 143 millions de tonnes au niveau mondial et de 16,2 à 27,4 millions de tonnes pour le Brésil au cours des quatre dernières campagnes. Deuxième enjeu : le marché des biocarburants en bénéficiant de la grande expérience du Brésil, premier producteur mondial d’éthanol. En effet, le Brésil maîtrise parfaitement l’incorporation à 25 % dans les essences et utilise l’alcool en direct dans les moteurs polycombustibles (essence/éthanol). La consommation de sucre au Brésil est équivalente à 50 kg/habitant/an ce qui équivaut à 30 litres d’alcool ou 25 litres d’essence. Ce volume correspond à la consommation d’essence par... semaine et non par an, explique Jean-Claude Religieux. L’enjeu est de taille. En résumé, l’objectif est « de valoriser le savoir-faire de Tereos dans le pays le plus prometteur au monde en matière de sucre et d’alcool». Les résultats de Guarani et de FBA « sont très positifs et les perspectives de développement sont favorables », conclut Jean-Claude Religieux. Aujourd’hui, Tereos travaille 9,5 millions de tonnes de canne pour produire 850 000 tonnes de sucre et 310 000 m3 d’hectolitres d’alcool.

La machine remplacera l’homme

Au chapitre du bilan social des usines Tereos au Brésil, le groupe devance les questions, habitué aux critiques habituellement faites sur ces dossiers. Dans son dossier de presse, il révèle les salaires minimums par mois de ses salariés du secteur agricole, à savoir 150 euros alors que le salaire minimum au Brésil est de 75 euros depuis le 1er mai 2004. Quant aux coupeurs de canne, payés à la tâche, ils reçoivent en net 0,70 euro/tonnes avec un rendement moyen par jour de 10 tonnes indique le groupe. Les plus efficaces d’entre eux atteindront 15 tonnes par jour. Difficilement imaginable quand on les voit à l’œuvre sous un soleil de plomb par une température dépassant les 35 degrés. Tels des Martiens avec des machettes, les coupeurs de canne ont les corps couverts de bas en haut avec des protections aux jambes et aux bras. Pour l’un d’entre eux, c’est la première saison. Il gagne mieux sa vie comme coupeur de canne, explique-t-il, même si le travail est difficile. La machine finira par remplacer l’homme coupeur de canne, même au Brésil. Une loi prévoit que la substitution de l’homme par la machine sera progressive, afin d’éviter un désastre social. Plus efficace, « une machine peut remplacer jusqu’à 80 coupeurs» explique Jean-Claude Religieux. Le calcul est simple... trop simple.

Les sucreries de Tereos sont situées dans des zones rurales où la qualité de vie est sensiblement comparable à celle que nous connaissons en France, explique le groupe qui insiste sur les efforts des entreprises pour « pallier aux insuffisances du système éducatif brésilien » ou « lancer des programmes d’amélioration de la santé de leurs employés ».

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Gain de productivité de 30 à 35 %

Le groupe Doux, présent au Brésil depuis janvier 1999, réalise par l’intermédiaire de la société Frangosul un tiers de son chiffre d’affaires dans ce pays. Doux Brésil réalise un chiffre d’affaires de 500 millions de dollars. Le groupe, qui emploie près de 8 200 salariés, propose un « plan de santé » équivalent à une « sécu privée », explique le directeur. Les 3 500 éleveurs sous contrat gagnent l’équivalent de 1 000 dollars par mois.

Les discussions pour une implantation au Brésil ont commencé dès 1997 : l’idée était de diversifier les approvisionnements et de se protéger contre la réduction des restitutions à l’export. Frangosul affiche un objectif de croissance de 5 à 10 % par an. « Cette perspective de croissance est extrêmement sensible au taux de change », prévient Christophe Akli, directeur général. La société Frangosul, qui fêtera ses 35 ans en mai 2005, produit 50 % du volume du groupe Doux. « Le gain de compétitivité est de 30 à 35 % », souligne le directeur, résolument optimiste sur la reprise de croissance du groupe en Europe.

Des délocalisations à craindre ?

Interrogé au sujet des risques de délocalisation des outils industriels d’Europe vers le Brésil, Christophe Akli assure qu’au niveau français « il n’y a pas grand chose à craindre car les produits élaborés frais ne sont pas fabriqués au Brésil». « Les risques d’un transfert des outils au Brésil est néant pour l’instant », explique-t-il. Doux Brésil représente 5 % du total de la production brésilienne qui affiche 8 millions de tonnes avec 470 000 tonnes. La première destination à l’export, à savoir Cuba, ne représente que 27 000 tonnes de Doux Brésil. Le Brésil représente le troisième marché mondial de la volaille après la Chine et les États-Unis avec 34 kg de poulets/habitants/an. « Il est possible de développer ce marché, très sensible au pouvoir d’achat ». La population de base « continue à acheter des protéines bon marché ». Le groupe Carrefour, présent au Brésil depuis 30 ans, « de la volonté des cadres dirigeants de l’époque », possède 86 hypers, 100 supermarchés Champion et 200 magasins DIA dont certains « sont proches des favelas », explique Pierre Frank, directeur de Carrefour Brésil. « Il y a 30 ans, une grosse partie de notre marge s’évaporait sur les marchés financiers en raison d’une inflation galopante », rappelle le directeur. En 1993, le taux d’inflation au Brésil était de 2 709 %. »

« Le droit d’exporter »

« On ne voit pas de famine dans ce pays », lance pour sa part Marcus Pratini de Moraes, ancien ministre de l’Agriculture brésilienne et actuel président de l’Abiec, Association brésilienne des exportateurs de viande. Tout au plus « le problème de la famine est concentré sur une petite région du Nord Est et dans des grandes villes», poursuit l’ancien ministre. « Nous avons le droit d’être compétitif et d’exporter», se persuade-t-il. Quant au mouvement des paysans sans terre, « c’est un mouvement politique qui ne marche pas», affirme l’ancien ministre malgré l’organisation de manifestations d’envergure dans six États du pays au même moment. Il s’agit de donner des terres à des gens qui n’ont pas de travail : « C’est un fantasme rétrograde », résume l’économiste Jean-Yves Carfantan. « La réduction du nombre d’agriculteurs est inexorable », conclut-il. L’Europe ne ferait donc pas exception.