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Les GMS répondent à l’appel du made in France en produits frais

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À partir du 23 mars, toutes les enseignes se sont engagées à mettre en avant les produits frais français les plus pénalisés par les conséquences du coronavirus : fraise, asperges et agneau notamment. Des annonces qui suivent une séquence de pression syndicale.

Des fraises, des asperges… oui, mais produites en France : l’ensemble des distributeurs ont entonné cet air dès le 23 mars en s’engageant à mettre en avant les produits frais d’origine France. « Nous avons pris l’engagement de mettre encore plus de produits français », a lancé Jacques Creyssel, président de la FCD (distributeurs intégrés), le 24 mars sur BFMTV. Une annonce qui concerne les fraises et les asperges, donc, qui rentrent en pic de production et se voient privées d’un débouché important par la fermeture des marchés de plein air. Mais aussi l’agneau, qui se prépare à une Pâques catastrophique pour cause de confinement (voir même numéro).

« Toutes les chaînes sont en train de passer à un approvisionnement français. Les produits étrangers qui sont présents en rayon seront écoulés, mais après il n’y aura pas d’approvisionnement hors de France », explique la FCD au quotidien Les Echos. Un engagement qui se traduit aussi sous forme de campagnes de publicité, à l’image d’Intermarché dans la presse quotidienne régionale.

Leclerc « stoppe toute origine autre que France » pour plusieurs légumes

De son côté, le patron des magasins E. Leclerc a indiqué s’être engagé auprès de la FNSEA à « stopper toute autre origine que France sur les filières asperges, tomates et concombres ». « Idem pour la fraise française, qui sera poussée en priorité », a déclaré Michel-Edouard Leclerc dans un billet posté sur son blog le 23 mars. Il a précisé qu’il pourrait y avoir des exceptions dans quelques magasins afin d’honorer les contrats passés, mais que « ce sera anecdotique ». L’enseigne Système U s’est aussi engagée auprès de la FNSEA à faire valoir le made in France sur ses étals, révèle un communiqué paru ce même jour. Le groupe coopératif assure mettre « tout en œuvre pour promouvoir les ventes des produits de saison de France et ainsi soutenir la production nationale ».

En matière d’origine France, les distributeurs ne partaient pas d’une feuille blanche : « Concernant les fruits et légumes, l’origine France est majoritaire en grandes surfaces », affirmait la fédération dans un bilan de 2019. Dans ce document, on apprend qu’en 2017, 94 % des magasins proposaient de l’asperge française (contre 68 % pour l’origine Espagne), d’après FranceAgriMer. En fraises, 90 % des magasins proposaient des gariguettes françaises en 2018. La première variété espagnole, Fortuna, n’était présente que dans un magasin sur cinq. Un bilan également élogieux en viande bovine (plus de 98 % des références en libre-service) et en lait liquide (à 97 % d’origine française.)

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« Ils ont compris le message »

Mais, avant de s’engager à favoriser, encore plus, le made in France, les enseignes ont tout de même subi plusieurs jours de pression syndicale agricole. « Dimanche matin (le 22 mars, NDLR), j’ai appelé un par un les sept grands distributeurs. Tous m’ont répondu favorablement pour dire " OK on bascule en français dès la semaine prochaine " », racontait Christiane Lambert lors de son point presse sur Twitter le 24 mars. « Il nous revenait beaucoup de photos prises dans les magasins d’asperges et de fraises espagnoles qui étaient arrivées sur place, peu chères en plus, ajoutait la présidente de la FNSEA. Nos producteurs voyaient passer ces produits et eux ne peuvent pas récolter. Ce n’est pas supportable. »

Un appel relayé par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire : « J’appelle les grands distributeurs à un nouvel effort : approvisionnez-vous en produits français », a-t-il lancé le 24 mars sur FranceInfo. « Je sais que [ces enseignes] le feront parce qu’elles sont solidaires dans cette crise […] de façon à ce que nos agriculteurs ne soient pas pénalisés par cette décision » de fermer les marchés, a-t-il ajouté. De son côté, Michèle Boudoin, présidente de la FNO (éleveurs ovins, FNSEA), raconte une réunion interprofessionnelle du 16 mars, où elle a laissé parler sa « colère contre la grande distribution ». « Je pense que, maintenant, ils ont compris notre message, ils jouent globalement le jeu », affirme l’éleveuse.

« Il nous revenait beaucoup de photos prises dans les magasins d’asperges et de fraises espagnoles »