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Diversification Les industriels s’attaquent à la paille

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Jusque là, seul le grain des céréales intéressait les nouvelles industries de valorisation des végétaux, parce que l’amidon du grain est la partie la plus facile à transformer. Mais les industriels s’attaquent maintenant à la paille. Des recherches sont en cours, sur le plan international, mais aussi en France, avec l’espoir de développements industriels. La paille peut servir de matière première à la fabrication de papier et d’alcool.

Depuis cinq ans, la Compagnie industrielle de la matière végétale travaille à la mise au point d’une nouvelle technologie de transformation de la paille en papier. Cette technologie de séparation de la matière végétale «permet de séparer sans les dégrader ses principaux composants que sont la cellulose, la lignine et les sucres», indiquent la CIMV et la société anonyme ARD (Agro-industrie recherches et développements).

Paille pour le papier : bientôt un pilote

Elle a mis au point un procédé qui consiste en une extraction de pâte par utilisation d’acides organiques (acétique et formique) ce qui donne de multiples avantages : une pâte à papier de haute qualité contenant de la silice, une valorisation possible des co-produits lignines et hémicelluloses puisque ceux-ci ne sont pas dégradés par le procédé, pas ou peu de rejets dans l’environnement.

La CIMV en est aujourd’hui à la phase du développement de ce procédé. Elle aborde l’ultime étape avant la phase industrielle : la construction d’une installation pilote pour valider le procédé en quart de grand. «Les synergies des travaux de CRD (l’union de coopératives Céréales-recherche-développement basée à Reims) et d’ARD sur les tensio-actifs issus de paille, la complémentarité scientifique, le potentiel de matière première dans la région Champagne Ardenne ont conduit CIMV à monter ce pilote sur le site d’ARD à Pomacle, dans la Marne».

À plus long terme, faire de l’alcool avec de la paille

La paille, et la cellulose en général, intéressent aussi les chercheurs pour la fabrication d’alcool. Le grain est la partie la plus facile à transformer en alcool. D’où plusieurs projets de distilleries en Europe (Allemagne, Espagne, pays de l’Est) à partir de blé, orge et de plus en plus seigle, dont le prix est moins élevé.

Pour le plus long terme, les biotechnologistes réfléchissent à la fabrication d’alcool à partir de ligno-cellulose. La technique n’est pas encore mûre. Les prix des enzymes sont encore trop élevés. «Ils doivent être divisés par vingt. Ils ont déjà été divisés par douze», témoigne Lionel Picart, directeur du marketing pour la société Novozymes-France.

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Au Brésil, un pilote industriel de transformation de bagasse de canne démarre prochainement, avec 1 000 hectolitres par jour, recourant à une autre technique que celle des enzymes. Traditionnellement, la bagasse sert de combustible aux sucreries-distilleries brésiliennes, mais le gaspillage d’énergie est de 15 à 20%. Les industriels et les chercheurs sont à l’affût de tout gisement pouvant être valorisé. Dans le cas du Brésil, économiser 15 à 20% d’énergie dans les sucreries reviendrait à préserver des montagnes de bagasse, pouvant ainsi être transformées en alcool et rendre l’alcool brésilien encore plus compétitif... Dans cette perspective, on comprend pourquoi la recherche met les bouchées doubles pour mettre au point les meilleurs procédés.

Développement d’un procédé de transformation de la pulpe de betterave en méthanol

Autre avancée, la société Atlantic Biomass Conversions (États-Unis) développe outre-Atlantique un processus bactérien génétiquement amélioré pour transformer directement les pulpes de betterave en méthanol, en collaboration avec le département américain de l'Agriculture, indique le Bureau interprofessionnel français d’études sucrières, dans sa dernière synthèse. Le projet permettrait de produire près de 950 000 mètres cubes de méthanol par an, alimentant 500 000 véhicules au moins. Le procédé serait intégré aux sucreries existantes, notamment celles du Dakota du Nord où seraient construites des installations-prototypes, et ne nécessiterait pas d’étape de conversion gazeuse. La synthèse du BIES rapporte par ailleurs que General Motors construira cette année davantage de voitures et de camions fonctionnant à taux élevé d’éthanol (85%). Sur les trois millions de véhicules roulant à 85 % d’éthanol, un million sont des modèles GM. La demande d’éthanol à 85%, dont le coût à l’achat peut, grâce aux subventions fédérales, être inférieur d'environ 4 à 7 cents par litre à celui de l’essence sans plomb, est passée en cinq ans de 3,8 à 38 millions de litres.

Bois-énergie : le programme d’installation de 1 000 chaufferies avance

Enfin, le programme 2000-2006 d’installation de 1 000 chaufferies fonctionnant en France avec du bois a atteint un rythme de croisière, avec 200 installations par an, apprend-on auprès de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Il s’agit aux deux-tiers de chaufferies collectives (pour hôpitaux, lycées, mairies, administrations, chambres consulaires...) et pour un tiers de chaufferies industrielles. Environ 750 chaufferies ont été installées entre 2000 et 2003, selon Christophe Barel, ingénieur «bois-énergie» à l’Ademe d’Angers. Entre 1994 et 1998, environ 250 chaufferies avaient été installées. L’Ademe co-finance en général les investissements des chaufferies collectives à 15%, la région à 15% également et le budget européen à 20 ou 25%.