La Fnil a lancé une série d’attaques contre les regroupements d’achat à l’échelle internationale et appelle les éleveurs à en faire de même. Mais les distributeurs et les organisations de producteurs ne l’entendent pas de cette oreille.
Feu sur les centrales d’achat européennes ! Tel est le mot d’ordre pour la Fnil (industries laitières) alors que les négociations commerciales fournisseurs-distributeurs entrent dans leur dernière ligne droite. À l’occasion d’un point presse le 5 février, François-Xavier Huard, le p.-d.g. de la Fnil, s’est montré particulièrement offensif. Selon lui, une centrale d’achat comme Everest (Intermarché, Auchan, Casino, Edeka, Picnic, etc.) déréférence actuellement 100 % des produits de grande consommation de Lactalis en Allemagne et 30 % en France depuis deux semaines, dans le cadre des négociations commerciales annuelles. Or cela est « illégal », a-t-il souligné. Lactalis, Danone, Savencia et Bel sont représentés par la Fnil.
Autre grief : l’obligation faite aux industriels par les distributeurs d’acquérir des données auprès des centrales de services, alors que ces données sont « inutilisables », avant même de pouvoir accéder aux centrales d’achat. Cette pratique est niée par Everest, comme par les distributeurs auditionnés récemment par les sénateurs réunis en commission d’enquête sur leurs marges. Cette commission cherche notamment à savoir quels industriels achètent ces services, en quoi ils consistent et si leur acquisition est libre ou contrainte. Pire, la Fnil juge les tarifs des centrales de services relèvent d’un « racket » auquel sont soumis les industriels.
Face à ce constat, la Fnil demande d’exclure des alliances internationales les produits à forte composante agricole comme les produits laitiers et d’imposer la négociation à l’échelle française pour les produits fabriqués, vendus et consommés en France. La Fnil veut aussi alourdir les sanctions infligées aux distributeurs qui cherchent à contourner la loi Egalim et le respect de la date butoir pour terminer les négociations commerciales, fixée au 1er mars.
Les laiteries allemandes vendent plus cher aux GMS
Voulant passer un message aux éleveurs, la Fnil a souligné qu’il ne fallait pas cibler « le couple éleveurs-laiteries qui est interdépendant » alors que « l’outil industriel est à risque en France ». Un message destiné aux organisations professionnelles représentant les éleveurs comme la FNPL (FNSEA) qui accusent les industriels de ne pas payer le lait assez cher par rapport à l’Allemagne, et de faire des éleveurs leur variable d’ajustement. Pour soutenir sa démonstration, la Fnil a dévoilé une étude commandée par les collèges du Cniel (interprofession). Elle explique comment se distribue, segment de marché par segment de marché, le différentiel de valorisation du lait entre la France et l’Allemagne, où le prix aux producteurs est supérieur. L’étude, qui ne fait pas mention des coûts de transformation des laiteries, se base sur un prix du lait sur 9 mois de 2025 à 470 euros/1 000 litres en France et 520 euros/1 000 litres en Allemagne ; 15 à 20 euros de différence viennent d’une meilleure valorisation auprès des grandes surfaces, et 10 à 15 euros s’expliquent par le segment des fromages. Vient ensuite une meilleure valorisation à l’export (10 à 15 euros). Enfin, 5 à 10 euros restent inexpliqués ; une hypothèse étant une volonté des laiteries d’assurer la pérennité des élevages situés autour d’elles. Cette étude permet d’étayer l’argument selon lequel les distributeurs achètent les laitages français à un prix trop faible.
L’argumentation de la Fnil n’a pas manqué de faire réagir la FCD (distributeurs) qui a dénoncé « l’instrumentalisation d’un graphique extrait de cette étude du Cniel, présenté partiellement, sur une période très spécifique et sans restitution du périmètre ni des hypothèses méthodologiques », et qui conduit à des « interprétations inexactes ».
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Les usines françaises peu compétitives
Selon les distributeurs, « les difficultés rencontrées aujourd’hui par les producteurs français s’expliquent avant tout par les conditions de compétitivité à l’export », les industries laitières allemandes ayant des coûts de transformation plus compétitifs que les françaises, ce que la Fnil ne nie pas. Par ailleurs, les distributeurs rappellent que le marché intérieur ne pèse que 37 % des volumes de la production laitière française (40 % sont exportés) et que leur taux de marge nette sur les produits laitiers est de l’ordre de 1 % du chiffre d’affaires.
Selon France OP Lait, la fédération nationale qui regroupe 20 organisations de producteurs (OP), « les industriels font peser une pression importante sur la rémunération des producteurs, en se retranchant derrière des arguments de marché sans transparence sur la réalité de celui-ci. Les références évoquées (PGC export, beurre-poudre…) sont jugées peu représentatives de la valorisation réelle. »
France OP Lait demande l’application pleine et entière de la loi Egalim, dont la construction du prix en marche avant, et déplore que les tensions entre distributeurs et industriels soient répercutées systématiquement dans les relations entre les OP et les industriels.
Ces passes d’armes entre éleveurs, transformateurs et distributeurs illustrent les tensions toujours vives, comme chaque année, alors que les négociations commerciales doivent se terminer le 1er mars.
CB