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Les investissements dans la FoodTech ont moins baissé en Europe en 2023 qu'ailleurs dans le monde

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La FoodTech européenne pèse plus lourd que jamais. Crédits : © DigitalFoodLab

Le dernier rapport sur l’écosystème de la FoodTech européenne en 2023 vient d’être publié par DigitalFoodLab. Les start-up FoodTech européennes ont levé 4,3 milliards d’euros en 2023, soit une baisse de 35% par rapport à 2022. Mais les investissements restent bien plus élevés qu’en 2020, avant la période d’euphorie autour de la tech et surtout ils baissent moins en Europe qu’ailleurs. En effet, les investissements mondiaux dans la FoodTech ont baissé de 56% entre 2022 et 2023. La France, quant à elle, a enregistré un nombre d’opérations records l’an dernier avec 200 transactions. 

DigitalFoodLab a publié le 3 avril 2024 son 7ème rapport annuel sur l’écosystème de la FoodTech européenne en 2023. Comme les dernières estimations le laissaient à penser, les investissements dans le secteur ont baissé l’an dernier par rapport à 2022. « Les start-up FoodTech européennes ont levé 4,3 milliards d’euros en 2023, soit une baisse de 35% par rapport à 2022 et de 56% par rapport à 2021 », indique ce bilan. Mais qu’on se rassure : « les investissements restent bien plus élevés qu’en 2020, avant la période d’euphorie que la tech en général a connu en 2021 », souligne DigitalFoodLab dans son communiqué. « Les chiffres ne sont certes pas très bons en 2023, mais très honnêtement, je m’attendais à pire, avoue Matthieu Vincent, cofondateur de DigitalFoodLab. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que les investissements baissent moins en Europe qu’ailleurs et que certains investissements se passent même plutôt bien ». En effet « les investissements mondiaux dans la FoodTech ont baissé eux de 56% entre 2022 et 2023 », indique le rapport.

Lire aussi : Matthieu Vincent (DigitalFoodLab) : « 2024 sera une année particulière pour le financement des start-up de la foodtech »

Un mouvement qui n’est certes peut-être pas étranger au fait que la FoodTech en Europe a mis plus de temps à décoller qu’aux États-Unis. Toujours est-il qu’aujourd’hui, « que si l’on compare le Vieux continent par rapport aux investissements mondiaux, il faut retenir que l’Europe récolte 30 % des investissements, avec de belles start-up dans tous les secteurs, contre 14% en 2020.  Souvenons-nous qu’en 2014, les investissements dans la FoodTech étaient quasiment à 100% aux États-Unis. Aujourd’hui, ils se répartissent sur trois grands blocs : Europe, Asie et Etats-Unis » se réjouit Matthieu Vincent. « En effet l’Europe a démarré plus tard, grâce à un écosystème qui n’a pas forcément bonne presse, celui du quick commerce. C’est pourtant bien ce secteur, et il ne faut pas l’oublier, qui a mis l’Europe sur la carte des investisseurs étrangers », rappelle-t-il. 

Lire aussi : Agtech et Foodtech en France en 2023 : des levées de fonds plus nombreuses, mais un montant total en baisse

Un autre point à retenir en 2023 porte sur « l’augmentation du nombre de financements vers de jeunes start-up d’une année sur l’autre ». Un plus grand nombre d’opérations early stage au détriment des très gros deals, qui atteste selon le spécialiste « de la vitalité de l’écosystème ». 

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Intérêt pour l’innovation autour de l’environnement

Par secteurs, la répartition des financements est assez disparate. Hormis le secteur de la livraison qui baisse de 90%, « les investissements sont eux quasiment stable, ce qui est particulièrement remarquable dans la FoodTech à l’échelle mondiale et aussi dans la tech de façon générale » détaille DigitalFoodLab. 

L’AgTech tire son épingle du jeu avec des investissements dans les bio-intrants et les outils de gestion de la ferme qui augmentent. On retiendra par exemple dans les bio stimulants, le cas de la start-up belge Aphea.bio qui a mobilisé 70 millions d’euros en juillet 2023. Un financement qui doit lui permettre « de faire progresser davantage la recherche et le développement dans le domaine des produits biologiques, d'étendre les lancements de produits, d'élargir la portée du marché et de commercialiser ses offres de produits », explique la start-up. En France, on notera également le financement de 16 millions d’euros annoncé par Toopi Organics qui développe des biostimulants issus de la fermentation de l’urine humaine. 

Autre secteur : les outils de gestion, c’est-à-dire tout ce qui concerne la mise en œuvre d’outils et de solutions pour accompagner les agriculteurs et les éleveurs dans la gestion des émissions de gaz à effet de serre. « De l’agriculture de précision avec un objectif de productivisme, les solutions évoluent vers la durabilité, notamment parce que leurs clients entreprises demandent à aller plus loin sur tous ces critères environnementaux », explique Matthieu Vincent.

Plus de transactions en France

Enfin, la France a gagné ses galons dans l’écosystème européen. Elle a même enregistré une augmentation du nombre de transactions avec 200 opérations réalisés en 2023, « le plus haut niveau jamais atteint », précise DigitalFoodLab. « La France, qui se différenciait avec une double force jusqu’à l’année dernière dans l’agriculture autour des insectes et de leurs applications et dans le food service, des sujets moins porteurs actuellement, compte enfin de belles start-up dans toutes les catégories de l’AgTech à la FoodTech. Il y a 5 ans, les investisseurs parlaient de Londres et Berlin, maintenant ils parlent de Londres et Paris », constate Matthieu Vincent. Les investissements en France ont baissé de 37% en 2023 par rapport à 2022, et de 33% au Royaume-Uni. Mais en 2023, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne restent les trois leaders en Europe

Matthieu Vincent insiste « sur ce qu’on ne voit pas, mais qui mériterait que l’on s’y intéresse », selon l’expert. « Aujourd’hui, un certain nombre de start-up européennes sont là pour répondre à des enjeux dans des pays qui ne comptent aucune start-up, tels que le continent africain et l’Asie du sud-est. Et c’est là, je pense, qu’il y a un axe de développement à capter, soit pour faire émerger un écosystème dans ces zones-là, soit pour les aider à trouver des solutions sur place, plutôt qu’à construire quelque chose depuis la France ou l’Europe ».