Les acteurs du marché naissant des additifs anti-méthane ont conscience que leurs produits doivent trouver un modèle de financement dans des élevages aux équilibres financiers fragiles. La réglementation pourrait jouer en leur faveur, tout comme le développement des crédits carbone. Pour les experts, ces additifs devraient être utilisés comme un complément aux leviers zootechniques bien connus et moins onéraux pour réduire les émissions.
« Pour que les éleveurs aient intérêt à acheter un additif, il faudra que leurs réductions de méthane soient monnayées, ou que le produit leur apporte un avantage en matière de conduite », prévient Benoit Rouillé, responsable de projets alimentation au sein de l’Idele. Seul le Silvair, dont Cargill a accepté de dévoiler les coûts, donne pour l’heure une idée des efforts financiers à consentir : à raison de 0,15 €/vache et par jour, un éleveur à la tête d’un troupeau de 60 vaches aurait environ 3 300 euros à débourser par an pour voir ses émissions de méthane réduites de 10 %.
D’après les fabricants interrogés, trois pistes pourraient conduire les agriculteurs à engager cette dépense : un renforcement réglementaire, qui obligerait à réduire drastiquement les émissions de méthane, le développement de filières bas-carbone, dont le cahier des charges favoriserait les additifs, ou encore l’essor du marché des crédits carbone, qui apporterait le souffle financier nécessaire. « On est au début de quelque chose, tout dépendra des politiques européennes et des demandes du consommateur », résume Ghislain Boucher, chef de produit ruminant chez Cargill.
Bleu-blanc-cœur serait actuellement le projet le plus abouti du point de vue du modèle économique en France. Comme le confirme Philippe Charlotin, responsable du marché nutrition ruminants chez Eureden, « c’est la seule méthode labellisée, où le progrès est mesuré, et qui fait rentrer les agriculteurs dans une logique de rémunération ». Validée fin août par le ministère de la Transition écologique, la méthode Ecométhane développée par Bleu-blanc-cœur devrait même bientôt intégrer l’outil Cap2ER de l’Idele, qui fait référence en matière de bilan climatique des exploitations, et d’évaluation des crédits carbone.
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Les dernières tonnes de méthane
Comme Bleu-blanc-cœur, Cargill ambitionne de faire valider son Silvair par la méthode Cap2ER de l’Idele « dans l’année », selon Ghislain Boucher. Pour faire face à ce type de demandes, l’Institut de l’élevage ambitionne d'ailleurs de mettre au point un processus pour valider ou non les différents additifs. Les fabricants espérant entrer dans la méthode, « devront soit nous fournir des dossiers scientifiques avec des publications dans des revues à comité de lecture, soit nous permettre de faire au moins un essai dans des conditions que l’on maîtrise », détaille Benoit Rouillé.
Pour réduire le méthane, avant même d’imaginer ajouter des additifs à la ration, Ghislain Boucher de Cargill rappelle l’existence « de gros leviers à actionner en matière de gestion de l’élevage, par exemple dans l’âge au premier vêlage ou le nombre de génisses de renouvellement ». Dans le cadre du projet Carbon Dairy et de la méthode Cap2ER, l’Idele estime par exemple que le potentiel d’atténuation moyen d’une meilleure gestion du troupeau pourrait atteindre 10 à 15 % des émissions totales (en équivalent-CO2). De même, une attention plus forte portée aux haies ou aux prairies permettrait d’augmenter le stockage de carbone jusqu’à 8 % sur la ferme.
Au total, près de 20 % des émissions totales d’une ferme laitière pourraient ainsi être réduites selon l’Idele par des modifications de pratiques supposant peu d’investissement. Pour les fabricants comme pour les experts, les additifs n’auront de pertinence que s’ils sont utilisés dans les fermes qui ont déjà mis en œuvre tous ces leviers. Comme l’envisage Benoit Rouillé, de l’Idele, « les systèmes déjà optimisés, par exemple avec des hauts niveaux de production, qui ont peut-être peu de surfaces en prairie, pourront faire appel à ces additifs pour aller encore plus loin ».