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Les maïsiculteurs tournés vers la gestion du risque

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Les Journées Maïs, des 17 et 18 novembre à Toulouse, ont été placées sous le thème de la gestion du risque. Une assurance « coup dur » a notamment été votée par la FNPSMS (interprofession des semences de maïs et de sorgho). Mais face aux aléas, les maïsiculteurs ont aussi réclamé une politique ambitieuse dans le stockage de l’eau.

Le réchauffement de la planète conduit « vers des amplitudes climatiques : des excès (en termes) d’eau et de chaleur, a souligné Daniel Peyraube, président de l’AGPM (producteurs de maïs). On ne peut pas envisager de sortir d’un mécanisme assurantiel. »

Si 90 % des surfaces en cultures spécialisées (semences, maïs doux) sont assurées, d’après le chiffrage des producteurs, la refonte de l’assurance récolte change la donne. Pierre Blanc, président de l’AGPM maïs semence, s’est inquiété de la subvention désormais conditionnée à la souscription au contrat socle des autres grandes cultures. Réponse du président de la FNSEA, Xavier Beulin : « La proposition actuelle permettrait de sortir 30 % de la sole (totale) pour souscrire un contrat particulier, notamment sur la partie maïs semence ».

Lancement d’une assurance « coup dur »

La FNPSMS (Fédération nationale de la production des semences de maïs et de sorgho) a, elle, voté la création d’une assurance sur les chutes de rendement. « L’assurance rendement “coup dur” vient compléter les dispositifs existants (assurance multirisques climatiques, caisses de risques…) », a expliqué le président Joël Arnaud, annonçant un lancement « au printemps 2016 ». Un groupe de travail interprofessionnel, associant l’AGPM et l’UFS (semenciers), travaille depuis plus d’un an sur un outil assurantiel permettant de sécuriser la filière vis-à-vis d’un fort décrochage de rendement en toutes circonstances. L’assurance « coup dur », bâtie avec l’assureur Swiss Re, doit être alimentée par les fonds interprofessionnels. Son déclenchement est prévu quand le rendement réel est inférieur à 85 % du rendement assuré (moyenne décennale d’un rendement brut égrainé régional moyen). Une franchise de 15 % est fixée avec une indemnisation maximale de 10 % sur la base d’un capital garanti de 1 000 euros/ha. La tarification s’élève à 0,762 %. Une simulation sur dix ans passés montre un déclenchement des indemnisations en 2003 et 2013, variable selon les grandes régions définies (Sud-Ouest océanique, Sud-Ouest continental, Grand Est, Grand Ouest).

« Rétablir l’accès à l’eau »

« L’année 2015 a montré que la meilleure assurance, c’est l’irrigation, a considéré Daniel Martin, président d’Irrigants de France. L’irrigation est un gage de qualité, de régularité de la production, elle est indispensable au revenu de l’agriculteur. Il faut avancer dans le stockage de l’eau. » Xavier Beulin a souligné les chantiers en cours : simplification des procédures de construction d’ouvrages, relèvement des seuils d’autorisations, recours à la réutilisation des eaux usées, débits réservés. Et l’AGPM d’y voir « autant de sujets à retravailler pour rétablir l’accès à l’eau », selon un communiqué. Des applaudissements ont retenti dans la salle quand Xavier Beulin a annoncé la détermination de la FNSEA et des JA à combattre toute tentative d’installation de nouvelles Zad (zones à défendre) sur un ouvrage de stockage de l’eau : « Nous irons nous-mêmes faire (le travail) des forces de l’ordre », a-t-il lancé.

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Dix recommandations en gestion du risque

La Confédération européenne de la production de maïs (CEPM) s’est pour sa part livrée à une expertise des systèmes assurantiels dans le cadre d’une réflexion sur la Pac d’après 2020. « L’UE et les Etats-Unis ont des politiques orthogonales », a souligné le professeur Jean Cordier (Agrocampus Ouest), auteur pour le Parlement européen d’une analyse comparative des outils de gestion du risque supportés par le Farm Bill et la Pac. Quand l’UE privilégie l’aide directe au revenu (72 % du budget), les Etats-Unis ont d’abord recours aux instruments privés (47 %) de type assurance rendement, chiffre d’affaires, marge, d’après l’étude. « L’UE n’a pas de vision stratégique sur la gestion du risque », a-t-il estimé.
Pour améliorer la politique européenne en la matière, Jean Cordier a formulé dix recommandations. L’une d’elles vise à favoriser le développement de tests de terrain sur des « solidarités locales ». Avec notamment une dimension « verticale » assez nouvelle, qui joue entre le producteur et le consommateur.

Protection des cultures : les agriculteurs en manque de produits

Selon une enquête ADquation, les producteurs de semences de maïs manquent de phytos, étant confrontés à une réglementation très stricte. Les sondés estiment avoir moins de solutions efficaces en herbicides (53 %), insecticides (51 %), fongicides (62 %). Interrogés sur l’impact du retrait de produits, ils estiment que leur potentiel de production a baissé un peu (31 % des réponses) voire fortement (8 %). « On veut se battre avec les mêmes armes que les autres », a protesté le vice-président de l’AGPM maïs semence Pierre Pagès, réclamant notamment « d’arrêter les suppressions de molécules sans alternative crédible ». Pour Eugenia Pommaret, directrice générale de l’UIPP (industriels), « la réglementation ne doit pas changer tous les jours, surtout quand seule la France en change ».

Electricité : la fin des tarifs réglementés, une opportunité pour Irrigants de France

Les Irrigants de France, réunis en assemblée le 17 novembre à Toulouse, ont souligné l’opportunité de la fin des tarifs réglementés de vente d’électricité. « La fin des tarifs réglementés de vente (d’électricité) ou TRV jaunes et verts le 1er janvier prochain et l’ouverture du marché sont une vraie opportunité pour les irrigants : reprendre la main sur sa facture énergétique et mieux maîtriser sa consommation », a déclaré le président Daniel Martin. Et de saluer les cinq fournisseurs présents aux Journées Maïs pour un « speed dating » avec les agriculteurs. « La profession est la mieux organisée en vue de l’échéance (de libéralisation du marché de l’électricité), même par rapport à des acheteurs publics comme les hôpitaux », a constaté Christophe Leininger, directeur du développement des marchés à la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Un guide méthodologique et un recueil des fournisseurs, conçus par Irrigants de France, étaient aussi à disposition des congressistes. D’après la CRE, seuls 150 000 sites de consommation en France ont déjà basculé dans l’offre de marché sur un total de 450 000. Christophe Leininger a souligné le « remarquable effort d’anticipation » des irrigants, d’autant plus intéressant que « les prix de l’électricité devraient rester assez bas sur les trois ans à venir ».