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Distribution/Etude Les marges ne pourront que se resserrer en 2008

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La course à la rentabilité devient plus ardue dans la grande distribution. C’est elle qui explique que le repositionnement stratégique des grands distributeurs mondiaux s’accélère depuis un an. La plupart des opérateurs français participent au mouvement, mais cela n’empêchera pas qu’en moyenne les exploitants de magasins vont voir leurs marges s’éroder encore en 2008, si l’on en croit les experts de l’assurance-crédit. La première raison de cette fragilisation des acteurs réside dans la hausse des prix dont les répercussions affectent chaque maillon de la filière avec plus ou moins de décalage.

Comme il y a un an, le service de recherche de Euler Hermes SFAC a analysé un échantillon de 4310 bilans – hors centrales d’achat – et montré le resserrement des contraintes dans la distribution. Sans doute en 2006, il y a eu un léger rattrapage de marge pour les magasins du périmètre étudié mais le taux de marge opérationnelle des sociétés exploitantes s’est sensiblement contracté par rapport à 2004 (- 0,7 point) pour tomber à 2 % en moyenne (1,5 % pour les plus petits exploitants et 1,8 % pour les entreprises de plus de 500 M EUR). Pour les grands groupes, la marge d’exploitation en France, en hausse sensible depuis la loi Galland, retombe un peu depuis deux ans : par exemple pour Casino de 3,4 % du CA à 6,1 % en 2004 mais 4,8 % en prévisionnel 2007-08, tandis que Carrefour a suivi le même mouvement pour retomber à 4,1 %.

Parmi les causes de cette érosion figure la flambée des prix à la production des produits alimentaires qui se propage certes, mais souvent avec retard, sur les prix consommateurs : après une période d’accalmie sur le front des prix de l’ensemble des PGC suite à la signature de l’accord Sarkozy du 17 juin 2004, on a assisté à une forte poussée des prix de détail alimentaires à partir du dernier trimestre 2007, rappelle l’étude d’Euler Hermes. En effet, les prix consommateurs ont augmenté de 4 % sur 12 mois glissants en 2007, conséquence de la forte hausse des tarifs des industriels à hauteur de + 8 %, elle-même induite par l’explosion des cours des matières premières qui pourtant n’a pas encore été intégralement répercutée par les transformateurs. Cet écart de 4 points n’est pas négligeable et face à ces hausses répercutées quelques mois plus tard, la rentabilité des distributeurs ne peut que se dégrader. L’augmentation des prix au détail devrait donc se poursuivre sur le 1 er semestre 2008.

« Nous nous dirigeons vers une nouvelle dégradation de la rentabilité des grands groupes : la marge d’exploitation moyenne en France des groupes de distribution est passée de 5,5 % en 2004, à 4,5 % estimés en 2007 et 4,4 % prévus en 2008 », pronostique Annie Girac, conseiller sectoriel distribution.

« Les marges d’exploitation des sociétés exploitant des magasins (échantillon Euler Hermes SFAC) devraient s’éroder également : de 2,7 % en 2004, elles diminuent progressivement à 2 % en 2006, 1,9 % estimés en 2007 et 1,8 % prévus en 2008 », ajoute Frédérique Diavet, arbitre spécialiste distribution de l’assureur-crédit.

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Impact négatif d’une réduction des délais de paiement

A vrai dire, pour 2008, de nouveaux facteurs de fragilisation se font jour. Le premier est lié à la réforme Chatel visant à faire disparaître les marges arrière, avec un maintien de l’interdiction de revente à perte. Le second est le projet très probable du gouvernement d’abaisser les seuils d’autorisation pour l’ouverture de magasins (réforme de la loi Raffarin) pour relancer la concurrence. Enfin, la réduction annoncée des délais de paiement ne sera pas sans impacter négativement les marges des distributeurs, à commencer par un abaissement qui pourrait atteindre 45 jours, voire ultérieurement 30 jours.

La réduction du délai fournisseur entraînerait une baisse de rentabilité pour les sociétés de plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires (y compris les centrales d’achat) : pour elles, passer de 56 à 45 jours équivaudrait à une baisse de la rentabilité représentant près de 9 % du résultat d’exploitation, soit 120 millions d’euros. Si le délai moyen était réduit à 30 jours, plus de 20 % du résultat d’exploitation, soit 283 millions d’euros, seraient absorbés pour ces entreprises. Un processus qui devrait se répercuter aussi aux magasins indépendants du commerce organisé ou franchisé.

Davantage encore de défaillances en 2008

Un tel mouvement a toute chance d’accentuer la sinistralité du secteur. Déjà en 2007 le nombre de défaillances de magasins (hypers, supers et supérettes) a augmenté de 36 % en glissement annuel à fin novembre et avoisine la barre des 100 défaillances. Les supermarchés notamment ont vu leur sinistralité augmenter de 51 % dans cette période : 48 supermarchés ont fait faillite, soit 14 de plus qu’en 2006 et deux fois plus qu’en 2004. Pour les supérettes, la tendance n’est pas nouvelle mais s’accentue (58 défaillances en 2007 après 45 en 2005 et 48 en 2006). En 2008, le pronostic d’Euler Hermes SFAC est que « le nombre total de faillites se situera dans une fourchette de 140 à 150 ».