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Les ministres de l’agriculture de l’UE tentent de faire entendre leur voix dans les négociations climatiques

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Dans l’optique des négociations climatiques de Paris, début décembre, les ministres de l’agriculture de l’UE tiennent à faire savoir que le secteur agricole a des solutions à apporter. Ils souhaiteraient notamment que les absorptions de l’agriculture et de la sylviculture soient mieux prises en considération.

Les ministres de l’agriculture des Vingt-huit réunis le 22 octobre à Luxembourg devaient envoyer un message aux négociateurs de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) pour que l’agriculture soit prise en compte comme solution dans la lutte contre le réchauffement planétaire plutôt que comme une de ses causes. L’agriculture et la sécurité alimentaire doivent jouer un « rôle central » dans les discussions qui se tiendront du 30 novembre au 11 décembre à Paris, a prévenu le ministre français de l’agriculture Stéphane Le Foll.

Dans un document sur cette question, qui devait initialement être discutée à l’occasion de la réunion informelle des ministres de l’agriculture au mois de septembre, le Luxembourg qui préside le Conseil souligne que l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre (GES) défini au niveau de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) « ne permet pas de bien rendre compte des responsabilités réelles de l’agriculture, de la sylviculture et des bio-industries dans les émissions de GES ni de leurs contributions positives à la séquestration du carbone et à la réduction des émissions dans d’autres secteurs ». En effet, les bilans de l’agriculture et de la sylviculture sont éclatés entre plusieurs secteurs de l’inventaire : celles résultant de l’utilisation d’énergie fossile sont comptabilisées au niveau du secteur « énergie » ; celles liées à la production d’engrais minéraux ou d’aliments pour animaux sont rapportées sous « processus industriels », celles dues à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie sont traitées à part et les effets d’absorption, de stockage et de substitution d’usages en aval de la production agricole « ne sont carrément pas pris en considération ».

Une solution

Ainsi, selon ce mode de calcul, le secteur agricole européen serait émetteur net de 469 millions de tonnes d’équivalents CO2, soit 10,3 % des émissions de GES de l’UE, alors que si étaient prises en compte les absorptions liées à l’utilisation des terres et à la foresterie, le bilan serait inférieur de 304 millions de tonnes de CO2.

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À la différence des autres secteurs économiques, l’agriculture et la sylviculture par leur fonction de puit, ont la capacité de fixer le carbone atmosphérique par la photosynthèse et de le séquestrer au niveau du sol et de la biomasse, rappelle le Luxembourg. Et la biomasse utilisée à des fins énergétiques ou comme matière première (biomatériaux, chimie du végétal) est un autre moyen d’accroître la séquestration biologique du carbone.

L’agriculture a donc le potentiel d’être un acteur clé de la réduction des émissions et de l’atténuation du changement climatique notamment par la biométhanisation des déchets, l’usage de cultures fixatrices d’azote ou encore une meilleure gestion des effluents d’élevage (qui a un potentiel de réduction des émissions agricoles de 2 %).

Énergies renouvelables : le secteur alimentaire à la traîne

Un rapport récent du Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) analysant l’utilisation de l’énergie dans l’industrie alimentaire de l’UE estime que la part des énergies renouvelables reste relativement faible dans le secteur à seulement 7 %, par rapport au mix énergétique global (15 %). De plus, l’énergie nécessaire pour assurer l’approvisionnement alimentaire dans l’UE représentait environ 26 % de la consommation l’énergie finale de l’UE en 2013. La phase de production agricole (culture et l’élevage) est celle qui demande le plus d’énergie, soit environ le tiers du total. Vient ensuite la transformation qui en consomme 28 %. Mais ces deux secteurs ont déjà entamé leur transition vers une production moins énergivore. Les consommateurs ont donc leur rôle à jouer, souligne le JRC, en réduisant leur consommation de viande (les produits d’origine animale demandent généralement beaucoup plus d’énergie que les végétaux pour être produits), en favorisant des achats locaux et saisonniers et en réduisant leur gaspillage alimentaire.