Les négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, dont une nouvelle session vient de se tenir à Bruxelles, soulèvent toujours autant d’inquiétudes pour les produits agricoles sensibles. La commissaire européenne au commerce espère parvenir à un accord politique en décembre, même si « beaucoup de travail reste à faire ».
L’UE « espère annoncer un accord politique » sur la libéralisation des échanges avec le Mercosur « pour Noël prochain à Buenos Aires », où se tiendra du 11 au 14 décembre la 11e Conférence ministérielle de l’OMC, a déclaré Cecilia Malmström le 3 juillet à Madrid, alors que s’ouvrait à Bruxelles la troisième session de négociations avec le bloc sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). « Il y a des chapitres difficiles où les positions sont encore éloignées », a toutefois reconnu la commissaire européenne au commerce. « Beaucoup de travail reste à faire, mais il y a un ferme engagement des deux côtés ».
Des importations qui « aident les agriculteurs européens à rester compétitifs »
« La plupart des importations agricoles que nous recevons du Mercosur, par exemple les aliments pour le bétail, aident les agriculteurs européens à rester compétitifs », a déclaré à Madrid Cecilia Malmström.
« Du côté des exportations, en prenant seulement en compte les boissons, l’huile d’olive et les autres huiles végétales, nous payons actuellement des tarifs annuels de 90 millions € pour entrer sur ce marché. Nos produits alimentaires font face à des tarifs élevés, mais aussi à de longues procédures pour la certification et l’autorisation », a-t-elle fait valoir, soulignant aussi l’importance de protéger les indications géographiques de l’UE dans les pays de la région.
« Incohérent »
Mais les conséquences d’un accord commercial avec le Mercosur sur les produits agricoles sensibles continuent d’inquiéter, y compris au sein du Conseil de l’UE (1).
Les eurodéputés français du groupe des socialistes et démocrates Eric Andrieu, Emmanuel Maurel, Jean-Paul Denanot et Louis-Joseph Manscour redemandent que ceux-ci – bœuf, volaille, porc, éthanol, sucre – soient « exclus du champ des négociations ».
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« Il est incohérent de mettre dans la balance nos filières sensibles, alors que nos partenaires de négociation refusent d’ouvrir leur marché à nos intérêts offensifs comme les vins, les produits laitiers, l’orge et le blé dur », affirment-ils.
Selon eux, des « précautions » sont « d’autant plus nécessaires que les révélations sur le scandale de la viande avariée brésilienne ont significativement entamé la confiance des Européens quant à la crédibilité du Brésil comme partenaire commercial » (2).
Sucre et éthanol : ambitions brésiliennes
Quatre organisations européennes – le CEFS (fabricants de sucre), la Cibe (betteraviers), ePure (producteurs d’éthanol) et l’Effat (syndicats de l’alimentation et de l’agriculture) – ont d’ailleurs appelé le 3 juillet dans un communiqué, les négociateurs de l’UE à ne pas faire au Mercosur de « concessions sur le sucre et l’éthanol ».
Elles relèvent que, « à partir d’octobre 2017, l’accès préférentiel du Brésil au marché européen augmentera jusqu’à plus de 0,7 million de tonnes par an, soit 52 % du quota total de l’OMC », ces importations étant soumises à un droit « très réduit ».
« Non content de sa position dominante à la fois sur le marché mondial et dans les concessions commerciales bilatérales de l’UE, le secteur brésilien du sucre et de l’éthanol a demandé un accès supplémentaire substantiel au marché européen pour ces produits », s’insurgent les quatre organisations, appelant Bruxelles à refuser une telle requête.
(1) et (2) Voir n° 3600 du 19/06/17