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Les ondes sonores pour accélérer la régénération des sols

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Les cultures de T. harzianum se sont développées davantage et ont produit plus de spores après exposition au son. Crédits : © Jake Robinson/Flinders University

Des chercheurs ont enregistré une accélération rapide de la croissance des champignons du sol lorsque des sons leur sont diffusés dans un environnement contrôlé. Cette découverte pourrait permettre d'accélérer le compostage des déchets organiques et la restauration des sols. 

« Plus de 75 % des sols de la planète sont dégradés, nous devons prendre des mesures radicales pour inverser la tendance et commencer à restaurer la biodiversité », explique Jake Robinson, écologiste microbien à l'université de Flinders (Australie), dans le communiqué émis par son université le 6 février 2024. Pour essayer de contrer la dégradation des sols, son équipe a voulu tester le potentiel de l’éco-acoustique. D’après les chercheurs, cette discipline basée sur l’importance des paysages sonores dans la nature a le potentiel d’agir « comme soutien à la restauration des écosystèmes, à la production d'aliments frais et aux industries de compostage ».  La prépublication réunissant leurs observations a été publiée le 15 janvier 2024 par BioRxiv, une archive de dépôt de préprints consacrée aux sciences biologiques. 

Pour tester l’application de son pour améliorer la santé du sol, l’équipe australienne a enterré des sachets de thé dans des boîtes insonorisées pour permettre la croissance de la biomasse à mesure que la matière organique se dégradait. Certains échantillons ont été exposés à des ondes sonores monotones fortes d’environ 80 décibels à une fréquence de 8 kHz jusqu’à huit heures par jour pendant 14 jours. 

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Plus de décibels pour plus de croissance

Après cette période, les chercheurs ont comparé ces sachets avec ceux du groupe témoin, exposés à seulement 30 décibels. Ils ont observé que les sachets de thé de l’échantillon témoin ont vu moins de croissance de Trichoderma harzianum, un champignon microscopique, que ceux exposés à 80 décibels de bruit. Ces derniers ont vu une croissance de la biomasse fongique d’environ 0,5 g de grammes par rapport à peu de changement dans le groupe de contrôle. Dans leurs conclusions, les chercheurs remarquent que Trichoderma harzianum a « multiplié sa biomasse initiale de spores par près de cinq par rapport au groupe témoin où les ondes sonores étaient aux niveaux ambiants ». 

En plus de faire croître les champignons plus rapidement, les ondes sonores semblent aussi stimuler l’activité des microbes du sol. Christian Cando-Dumancela, coauteur de l'étude, l’explique ainsi : « Il se pourrait que les microbes, y compris les champignons, puissent convertir l'énergie des ondes sonores en une charge électrique, ce qui stimulerait leur activité. » Les chercheurs affirment qu’un effet piézoélectrique ou une stimulation des mécanorécepteurs fongiques sont les mécanismes à l’œuvre. 

Pour son collègue et coauteur Jake Robinson, à l’origine du projet, l’étude « met en évidence le potentiel de la stimulation acoustique pour modifier d'importants composants fonctionnels du sol, qui pourraient, avec un développement ultérieur, être exploités pour faciliter la restauration des écosystèmes ». À terme, les chercheurs espèrent que cette découverte conduira à « augmenter la biomasse de champignons désirables, y compris les espèces commerciales, favoriser la croissance des plantes et supprimer les champignons indésirables tels que les agents pathogènes humains ».